Paris : les fossés de la Concorde appartiennent à l’Etat, Marcel Campion définitivement expulsé

Les derniers vestiges du règne de Marcel Campion au cœur de Paris sont tombés avec ces deux stands de souvenirs et de crêpes démontés, après avoir pourtant fait de la résistance grâce à des archives de 1828.

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 C’est fini pour les deux stands qui étaient place de la Concorde, à Paris (8e), depuis 1945.
C’est fini pour les deux stands qui étaient place de la Concorde, à Paris (8e), depuis 1945.  LP/Eric Le Mitouard

Les deux stands de souvenirs et de crêpes situés place de la Concorde à Paris (8e), et qui ont longtemps monté la garde de chaque côté de la grande roue de Marcel Campion, ont été démontés. Comme un symbole de la fin de règne du roi des forains. Ils avaient eu un répit de deux ans, en mai 2019, sauvé par un plan daté de 1828, de Charles X, semant la confusion chez les juges de référé sur le titre de propriété du site. Les stands avaient pu rester sur la place malgré un avis d'expulsion de la Ville.

Mais aujourd'hui, plus aucune trace de la roue depuis 2002. Et plus de baraquements depuis dix jours. Le rideau s'est définitivement baissé sur les belles heures d'un site concédé historiquement aux forains depuis 1945. Ces dernières années, ils représentaient huit emplois et rapportaient à la mairie de Paris environ 100 000 euros annuels de loyer.

« Les avocats des forains nous ont bien baladés. Ils ont bien joué. C'était très fort de sortir ainsi un plan daté et signé de la main de Charles X », reconnaît sans rancune Me Stéphane Desforges, avocat de la Ville de Paris, celui-là même qui avait imposé juridiquement le retrait de la grande roue qui trônait en bas des Champs-Elysées depuis son installation, en 1993, sans l'accord de la Ville de Paris dirigée alors par Jacques Chirac.

Un doute sur le titre de propriété de la Ville

Tout est parti du refus de renouvellement annuel d'occupation du domaine public pour ces deux stands, l'un de souvenirs (Loisirs Assoc, tenu par Singrid, la fille de Marcel Campion) et l'autre de crêpes et sandwichs (Crêpe Concorde, tenu par l'un de ses amis). La décision d'expulsion leur avait été confirmée avec menace de mise sous séquestre.

Marcel Campion, pour défendre ses intérêts, était capable de bloquer le périphérique avec des manèges et des camions. Cette fois-ci, ce sont les archives historiques qui étaient venues à sa rescousse. « A la suite de la demande d'expulsion, nous avons demandé à la Ville son titre de propriété, explique Me Charles-Edouard Forgar, avocat des forains. Or, de notre côté, nous avons pu retrouver des plans complets datant de 1828, par lesquels le roi Charles X a transmis la propriété de la place de la Concorde au prévôt de Paris, sauf le fossé de 20 mètres de large entre la rambarde toujours existante et le mur du jardin des Tuileries, sur lequel sont installés ces deux stands. »

Dans ces conditions, « la situation ne permettait pas au juge des référés d'exercer son contrôle sur la réalité du droit de propriété », indique l'ordonnance de référé rendue le 10 mai 2019 rejetant ainsi la demande d'expulsion municipale des deux baraquements. « L'affaire est alors renvoyée au fond, devant le tribunal de grande instance… avec les délais de la justice que l'on connaît », se réjouit Me Charles-Edouard Forgar.

« Il a gagné la première mi-temps, mais nous avons fini par gagner le match », se réjouit Stéphane Desforges. Le secours est venu de la préfecture de police de Paris, qui, en décembre dernier, a finalement revendiqué la propriété du site pour le compte de l'Etat. « Désormais, il s'avère que l'Etat est propriétaire de l'emprise des anciens fossés et qu'il a laissé à la Ville la gestion du domaine public. Paris avait donc bien qualité pour expulser les stands d'une occupation devenue sans titre. » Implacable. Juridiquement incontestable.

A cause du Covid, le combat n'avait plus de sens

« On peut encore avoir des doutes. Ce terrain n'appartiendrait-il pas à l'établissement public du Louvre qui gère aussi le jardin des Tuileries? », s'interroge Me Forgar. Mais pour lui aussi, le combat est bien fini : « Ces kiosques à souvenirs sont fermés depuis un an, faute de touristes. Cela n'avait plus de sens de se battre. » Victimes du Covid!

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Pour la préfecture de police, il s'agit de créer une piste cyclable. Fausse raison, puisque la piste existe déjà bel et bien. « La première décision de l'Etat a été de demander, sans aucune compensation, le démontage des stands. Ce que nous avons fait parce que nous sommes des gens responsables, note Me Stéphane Colmant, avocat des forains. Ils n'ont même pas tenu compte des difficultés rencontrées par le monde forain et ils n'ont pas cherché à proposer un autre site pour leurs exploitants. »