Paris : les bonnes recettes de Nathalie George pour cuisiner dans une chambre de bonne

Dans son livre de recettes autobiographique, cette Parisienne du XVIe qui vit depuis 15 ans dans une chambre de bonne, démontre que «bien cuisiner avec peu de moyens, c’est possible». Rencontre insolite et pleine de surprises.

 « La classe, vous l’avez ou vous ne l’avez pas et ce n’est pas une question de milieu social », estime Nathalie George, ici dans le couloir au 6ème étage de l’immeuble du XVIe où elle habite.
« La classe, vous l’avez ou vous ne l’avez pas et ce n’est pas une question de milieu social », estime Nathalie George, ici dans le couloir au 6ème étage de l’immeuble du XVIe où elle habite.  Philippe Baverel

« L'argent ne fait pas le bonheur, même s'il y contribue peut-être. Vous en avez, vous n'en avez plus, ce n'est pas grave. L'important, c'est le bien manger, la cuisine, le plaisir de partager un bon repas », lance Nathalie George un peu comme si elle donnait une leçon de vie, quoique ce ne soit pas le genre de la maison. Tel est en tout cas le message empreint de joie de vivre, que cette Parisienne de 68 ans livre au fil des pages de son ouvrage, à la fois cahier de recettes et autobiographie, « La cuisine du 6e étage. Du Piano au réchaud ! »*

Recettes héritées de sa grand-mère paternelle Gigi qui l'a élevée et bonnes adresses à l'appui, l'auteure démontre que « bien cuisiner avec peu de moyens, c'est possible et qu'on peut bien manger pour pas cher ». Y compris quand on vit dans une chambre de bonne au 6ème étage sans ascenseur… Et même à l'heure du confinement dont elle estime qu'« il ne change pas ma vie tant que ça. Je cuisine de la même manière. Et je continue à prendre mon café à la brasserie Le Galliera où j'ai mes habitudes, simplement l'expresso m'est proposé dans un gobelet à emporter et non pas servi à la table ». Seul regret à ses yeux : « Que les librairies soient fermées ainsi que certains musées ».

Très chic avec sa jupe Chanel

Très chic avec sa jupe Chanel et son petit chapeau, cette grande bourgeoise du XVIe, persuadée que « La classe, vous l'avez ou vous ne l'avez pas et ce n'est pas une question de milieu social », ne laisse rien paraître des terribles revers de fortune qu'elle a subis à la fin du XXe siècle.

Tour à tour « ramasse-miettes », selon son expression, vendeuse, emballeuse, caissière… chez Dior dans les années 70 puis styliste pour Christofle, la Réunion des musées nationaux, Air France (dont elle dessine la vaisselle)… Nathalie George, fille d'« un architecte plutôt anar », a profité de la vie naguère, entre deux voyages à Venise où elle retrouvait l'homme qu'elle aimait, un compositeur de musique aujourd'hui disparu, ou au Japon où elle fit la rencontre du chef Joël Robuchon.

/Ph.B.
/Ph.B.  

Rattrapée par le fisc, « cette dame au cœur tendre et aux recettes gourmandes », selon la formule du chef trois étoiles Yannick Alléno qui signe la préface de son livre, finira par quitter l'appartement de 80 mètres carrés qu'elle loua quinze ans durant avenue de l'Opéra (Ier). « Je suis un panier percé, une flambeuse », confie en guise d'introspection, cette femme généreuse qui, suite à un incroyable retour de manivelle, se retrouve, « exsangue », à devoir emménager un mauvais jour de 2006 dans une chambre de bonne du XVIe, « 6,50 mètres carrés gracieusement mis à disposition par une amie de pension ».

Un vasistas avec vue sur la tour Eiffel

Au fil des années, Nathalie George a annexé une pièce voisine, pas plus grande et dont elle a fait sa chambre : un futon posé à même le sol tient lieu de lit et des penderies courent le long des murs pour ranger « mes costumes de scène », ironise-t-elle. Sans oublier le lavabo caché dans un coin, seul endroit pour se laver puisqu'il n'y pas de douche -les WC sont dans l'escalier, à mi-étage. Quant au bureau salle à manger, éclairé également par un vasistas avec vue sur la tour Eiffel, il est envahi par les livres, bien rangés sur les étagères qui tapissent les parois.

N'en déplaise à la note du syndic du 26 janvier 2006 placardée sur le palier et stipulant que « les parties communes ne doivent pas être encombrées », Nathalie George a installé sa cuisine dans le couloir. Réfrigérateur, réchaud électrique, four… C'est ici que la reine du sixième étage concocte les petits plats, du ragoût de mouton aux bananes flambées, dont elle régale ses voisins étudiants qu'elle invite régulièrement à dîner dans sa soupente.

«On sent, à la lecture de ce livre que, lorsque Nathalie cuisine, c'est de l'amour qu'elle partage à chaque pincée, chaque cuillerée...; l'amour du simplement bon pour rendre ses convives heureux», souligne Yannick Alléno dans sa préface. De la soupe à l'oignon agrémentée d'»une cuillère à soupe de rhum » à la tarte au sucre («recette écrite par mon grand-père ardennais », précise l'auteure) en passant par les endives au jambon (avec cette notule : «recette économique mais très bonne ! »), c'est la cuisine de tous les jours que fait revivre en toute simplicité cette femme au caractère bien trempé, attachée à cuisiner les produits de saison...

Désormais bénéficiaire d'une petite retraite, Nathalie George qui vit avec son chat de gouttière Athos, a fait il y a trois ans une demande de logement social à la mairie du XVIe. Après 15 ans passés dans une mansarde, « j'aspire à avoir un peu de surface, dans le XIIIe, le XVIIIe, le Ier, peu importe, pourvu que l'endroit ait du charme », conclut la cuisinière du 6ème étage.

* Hérodios, 208 pages, 20 euros.

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