Paris : le temps d’une coupe de cheveux, Seloua redonne le sourire aux sans-abri

Après avoir dû fermer sa société de transports de personnes en raison de la crise sanitaire, la jeune femme reconvertie dans la coiffure coupe gratuitement les cheveux des personnes à la rue une fois par semaine

 En alternance pour devenir coiffeuse, Seloua, une habitante d’Antony (Hauts-de-Seine) qui travaille à Paris, a offert ses services pour couper les cheveux des sans-abri, une fois par semaine en mairie du Ve.
En alternance pour devenir coiffeuse, Seloua, une habitante d’Antony (Hauts-de-Seine) qui travaille à Paris, a offert ses services pour couper les cheveux des sans-abri, une fois par semaine en mairie du Ve. LP/DR

Covid oblige, seuls ses yeux d'ébène apparaissent sur son visage masqué. Mais dans son seul regard, on voit transparaître toute la générosité et la bienveillance de Seloua. Cette habitante d'Antony, dans les Hauts-de-Seine, offre ses services pour couper les cheveux des sans-abri, une fois par semaine à la mairie du Ve.

À 27 ans, la jeune femme a eu son lot de galères. L'an dernier, avec la crise sanitaire et le confinement, Seloua a tenté tant bien que mal de garder son entreprise de transport à flot avant de se résigner à mettre la clé sous la porte.

Seloua tente de se reconvertir en passant un concours pour une compagnie aérienne. Mais là aussi, la crise sanitaire l'oblige à renoncer à son plan. « Je ne supportais pas de rester les bras croisés chez moi. Je n'aime pas profiter du chômage non plus », raconte la jeune femme.

« La coiffure ne peut pas connaître de crise ! »

C'est sa mère qui lui souffle alors l'idée de reprendre… les ciseaux. Petite, Seloua accompagnait et aidait régulièrement sa mère au salon de coiffure où elle travaillait. Ni une, ni deux, la jeune femme suit ses conseils. « Après tout, la coiffure ne peut pas connaître de crise : les cheveux ne s'arrêtent jamais de pousser ! » sourit-elle.

C'est quelques mois à peine après ses débuts en tant qu'apprentie que le projet de la mairie du Ve d'offrir les services d'un coiffeur aux sans-abri lui revient aux oreilles. « J'ai tout de suite été emballée et j'ai dit à la mairie que j'étais disponible dès que le service serait lancé. Avec la maire du Ve (NDLR : Florence Berthout), ça n'a pas traîné! Elle a trouvé tout le matériel nécessaire pour que je puisse travailler sur place », se souvient Seloua.

Tendre la main aux plus démunis, la jeune femme l'a déjà fait en partant en Afrique pour creuser des puits. L'entraide et la générosité font partie des valeurs familiales. « Ma mère m'a toujours appris qu'il fallait partager son pain. La pauvreté, elle l'a vécue », raconte Seloua.

Pause confort et réconfort

Depuis un mois, lors de sa journée de repos, l'apprentie reprend donc les transports en commun direction Paris. Pas de session shopping pour cette accro de la mode. Mais cap sur la place du Panthéon pour venir s'occuper des SDF du quartier.

« Je m'installe dans le foyer pour femmes sans abri aménagé dans la mairie du Ve, de 13 heures à 17 heures », explique Seloua. La jeune femme aime offrir une pause de confort et de réconfort à ces personnes sans toit. « Ils sont tous traités comme des clients : je leur demande ce qu'ils souhaitent comme coupe, je prends de leurs nouvelles… » raconte Seloua.

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Un shampoing, un massage de la tête qui détend : des soins vécus comme de petits luxes pour ces personnes à la rue. « Lundi dernier, j'ai reçu un homme qui ne s'était pas coupé les cheveux depuis un an ! »

Le temps de cette pause, certains se laissent aller aux confidences. « La dernière fois, c'était un monsieur qui me racontait les grandes études qu'il avait faites… et maintenant, il dort sous les ponts. Ça me fait mal toutes ces histoires mais je ne dois pas leur montrer ! » avoue la jeune femme.

Chaque lundi, 5 à 6 personnes passent entre ses ciseaux. Elle aimerait en faire plus, mais les contraintes du protocole sanitaire limitent le nombre de passages possibles. « J'espère que lorsque cette crise sera derrière nous, je pourrai recevoir plus de monde ! » imagine déjà la jeune femme.