Paris lance son «pack» pour aider les locataires des HLM en difficulté

Les bailleurs sociaux de la ville de Paris et l’adjoint chargé du logement proposent de généraliser des mesures qui ont porté leurs fruits pour aider les locataires à surmonter la crise. Voici le détail de ce «pack pouvoir d’achat».

AbonnésCet article est réservé aux abonnés.
 Quartre nouveaux magasins gérés par l’association VRAC verront le jour dans les quartiers populaires pour aider les locataires à traverser la crise.
Quartre nouveaux magasins gérés par l’association VRAC verront le jour dans les quartiers populaires pour aider les locataires à traverser la crise. LP/B.H.

Un abonnement numérique à moins de 2 euros par mois, des produits alimentaires de qualité au prix plancher, des commandes groupées d'électricité pour réduire les charges… Trois bonnes initiatives prises par l'un ou l'autre des trois bailleurs sociaux de la Ville de Paris qui vont être généralisées à l'ensemble du parc HLM municipal. La mairie centrale, Paris Habitat, la RIVP et Elogie-Siemp, ont décidé d'unir leurs forces et leurs idées pour aider les locataires du parc social à surmonter la crise.

« La crise que nous traversons touche les principaux secteurs économiques de notre ville - tourisme, culture, hôtellerie -restauration et services - et fragilise des jeunes, des mères isolées, qui étaient déjà sur la brèche, mais aussi, et c'est nouveau, des familles de la classe moyenne qui craignent de ne plus pouvoir joindre les deux bouts, explique Ian Brossat, adjoint (PCF) au logement. Notre objectif est d'améliorer leur pouvoir d'achat grâce à des économies d'échelle sur leurs principaux postes de dépenses. » Ce « pack pouvoir d'achat » concerne les dépenses d'énergie, la facture numérique, le budget alimentation, les familles précaires et les jeunes.

120 euros d'économie sur les dépenses énergétiques

Celles-ci représentent environ 35% des charges locatives et ont augmenté avec le confinement et le télétravail. « Notre ambition est de réduire la facture d'énergie des familles du parc social de 15% par an en jouant sur les volumes d'achats », détaille Ian Brossat. D'ici à deux ans, les contrats d'énergie pour la consommation en collectif seront remplacés par un achat groupé interbailleurs, ce qui devrait permettre de « faire baisser les charges locatives de 120 euros par an par foyer ».

Un abonnement Internet à moins de deux euros

Les dépenses numériques ne sont pas négligeables non plus, surtout pour les familles nombreuses et monoparentales ayant des enfants étudiants. Pour réduire cette facture, l'ensemble des locataires du parc social de la ville de Paris aura accès à une offre triple-play (Internet, TV, téléphonie fixe) à 1,53 euro par mois. « Nous la proposons depuis 10 ans avec SFR. Près de 20 000 locataires, soit 1 sur 6, ont souscrit à cette offre imbattable. Elle permet à des personnes qui n'ont pas les moyens de se payer un abonnement classique d'envoyer des mails ou de consulter des sites de services publics par exemple et d'avoir accès aux chaînes de la TNT et à une ligne téléphonique fixe », indique le directeur général de Paris Habitat, Stéphane Dauphin. Elle sera généralisée aux deux autres bailleurs de la Ville de Paris, qui lanceront les appels d'offres cet été.

Des achats groupés de fruits et légumes

Après le logement, l'alimentation est l'autre poste de dépenses qui pèse le plus lourd sur le budget des locataires. Pour permettre de « manger mieux et moins cher », la Ville et les bailleurs vont multiplier dans les quartiers prioritaires les locaux gérés par l'association VRAC (Vers un Réseau d'Achats en Commun) qui s'est implantée à Paris en 2018 après s'être lancée à Lyon.

Grâce à des achats groupés, les consommateurs peuvent, moyennant une adhésion d'1 euro, s'approvisionner en produits locaux. Des fruits et légumes locaux issus de l'agriculture paysanne, biologique, équitable mais aussi des produits d'hygiène et d'entretien sont proposés à des prix bas grâce à une politique de réduction des intermédiaires et des emballages. Les commandes se font sur Internet et sont récupérées dans des locaux en pied d'immeubles mis à la disposition de l'association par les bailleurs sociaux.

« J'ai été prof, je sais pour l'avoir vu, qu'on ne réussit pas de la même manière à l'école si le matin ou le soir, à la maison, on ne mange pas comme on le voudrait, rappelle l'adjoint. C'est pourquoi, d'ici à la fin de l'année, nous allons ouvrir quatre nouveaux sites qui permettront à 3000 locataires supplémentaires d'accéder à VRAC. » Ces ouvertures prévues dans les quartiers de la Porte de Vanves (XIVe), à la porte d'Aubervilliers (XIXe), à la porte de Bagnolet et aux Amandiers (XXe) porteront à une dizaine le nombre de points gérés par l'association subventionnée par la ville (30 000 euros par an) et les bailleurs sociaux.

Pas d'expulsions pour les locataires de bonne foi

Comme en 2020, la mairie de Paris promet de prévenir les expulsions locatives. « Il n'y aura aucune mise à la rue pour les locataires de bonne foi impactés par la crise. En revanche nous renforcerons les mesures d'aides aux locataires en difficulté comme l'accompagnement social et l'étalement des loyers pour les familles en difficulté », assure Ian Brossat en excluant d'emblée les fauteurs de troubles de jouissances ou ceux qui pratiquent des trafics en tout genre, en particulier de stupéfiants.

Selon la mairie de Paris, « les impayés de loyer ont légèrement augmenté globalement ». Plus de 37 000 locataires du parc social de la Ville ont des retards de paiement. La mairie souhaite également augmenter le budget du Fond de loyer solidarité de 5 millions d'euros pour le porter à 16 millions en 2021 afin d'aider les familles modestes et les jeunes dans la précarité à payer leur loyer. Cette aide sera étendue aux résidents des logements temporaires (foyers de jeunes travailleurs et résidences sociales).