Paris : la policière rackette un commerçant «pour rendre service» à une copine

A plusieurs reprises, cette adjointe de sécurité de 22 ans et ses trois complices, dont deux femmes, ont organisé de faux contrôles de police musclés chez un boulanger du XVIIIe pour lui soutirer de l’argent.

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 Le boulanger de la rue de l’Evangile (XVIIIe) a été visité quatre fois par la fausse équipe, qui lui a soutiré quelques milliers d’euros.
Le boulanger de la rue de l’Evangile (XVIIIe) a été visité quatre fois par la fausse équipe, qui lui a soutiré quelques milliers d’euros. LP/Julien Constant

Sur le rideau de fer de sa boulangerie, il a résumé pudiquement sa situation avec l'expression «Fermé suite à un problème». En vrai, c'est «en pleurs», selon la procureure, qu'il a vidé son sac devant les enquêteurs après leur coup de filet de mardi soir.

Ce commerçant de la rue de l'Evangile (Paris XVIIIe) a été victime à quatre reprises d'une étrange bande de racketteurs. Quatre jeunes – trois femmes et un homme – qui se faisaient passer pour des policiers venus contrôler l'établissement. L'une d'elle avait le profil idéal pour ce rôle : c'est une véritable policière. En fait, une adjointe de sécurité au commissariat du XVe arrondissement.

Fouille du commerce, photocopie de la carte d'identité...

Ce vendredi après-midi, le président du tribunal a placé le quatuor sous contrôle judiciaire en attendant leur procès. «Ils ont tous un casier judiciaire vierge et ils ont reconnu les faits», décrypte un observateur.

Ce mardi à 19 heures, la bande est interpellée en flagrant délit devant le commerce. «Il y avait trois véhicules de police c'était impressionnant», décrit «L'ancien», une figure du quartier, dans le bistrot du coin de la rue. C'était la quatrième fois que le boulanger prenait un coup de pression des vrais-faux policiers.

Des contrôles musclés avec fouille du commerce, photocopie de la carte d'identité avec obligation de fermer le rideau de fer pendant l'intervention. Le butin obtenu avec ces extorsions : «Quelques milliers d'euros», avance une source proche du dossier.

«Je me rends compte de ce que j'ai fait. Je suis sidérée»

Comment le boulanger s'est-il laissé abuser ? L'une des filles exhibe notamment une carte de police authentique mais aussi un brassard et une réplique de l'arme utilisée par les forces de l'ordre. Il finit tout de même par avoir un doute et appelle le commissariat. Les enquêteurs, grâce notamment à la vidéosurveillance, ne mettent pas longtemps à identifier les membres de l'équipe, dont deux copines qui habitent ensemble à deux rues de là.

Ce vendredi après-midi, la policière de 22 ans et ses complices affichent profil bas dans le box des prévenus. «Je tiens à m'excuser, lâche-t-elle. J'en ai parlé aux OPJ (NDLR : officiers de police judiciaire, qui l'ont interrogée) et je me rends compte de ce que j'ai fait. Je suis sidérée.» Quelques minutes plus tôt, le président s'était emporté : «Madame, est-ce que vous vous rendez compte de la gravité des faits, eu égard au respect de la loi lié à votre métier ?»

Les mensonges de l'ancienne vendeuse

Les complices de la jeune femme baissent également la tête. C'est la première fois qu'ils se retrouvent dans un tribunal. Une seule des filles manque à l'appel, victime d'un malaise, explique le président. D'après le parquet, c'est la «pierre angulaire» de la bande. Ancienne vendeuse dans cette boulangerie, elle aurait raconté à ses copines que son employeur avait commis des attouchements sur elle et ne l'avait pas payé pendant des mois. Une ardoise de 10 000 euros. C'était faux.

«Ma cliente y a cru et elle a senti de la détresse chez sa copine, a argumenté Sabrina Scolari, l'avocate de la policière. Depuis novembre, elle était en burn-out, sous médicaments, en raison de son métier très compliqué à gérer. Elle a été manipulée et voulait rendre service.» Selon le parquet, l'ancienne vendeuse se serait montrée «insistante» avec ses amis pour l'aider.

«Vous vous doutez qu'il y aura une procédure disciplinaire»

Un placement en détention provisoire avait été requis pour l'adjointe de sécurité ainsi que pour les deux autres filles, en raison du «risque de pression sur la victime». Le jeune homme, un livreur de Brétigny-sur-Orge (Essonne) n'avait participé qu'à la dernière extorsion. Lui aussi est «inséré socialement», s'est étonnée la magistrate du parquet. «Ma garde à vue et mon passage devant le tribunal, ce n'est pas du tout une expérience que j'ai envie de revivre», a-t-il plaidé.

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Ils seront tous les quatre jugés le mois prochain. Quant à sa carrière dans la police, l'adjointe de sécurité peut d'ores et déjà faire une croix dessus. «Vous vous doutez qu'il y aura une procédure disciplinaire», a pudiquement précisé le président.