Paris : l’étonnante campagne d’affichage sauvage en faveur d’Emmanuel Macron

La Ville a envoyé ses équipes d’urgence de propreté après que le parti présidentiel a collé 200 000 affiches en France dont une grande partie à Paris. Une campagne d’affichage sauvage pas du tout du goût de la municipalité.

 Paris, mercredi 30 septembre. Des dizaines d’affiches montrant Emmanuel Macron de dos, avec le slogan « Ensemble nous réussirons » ont été colées sur les murs de la capitale.
Paris, mercredi 30 septembre. Des dizaines d’affiches montrant Emmanuel Macron de dos, avec le slogan « Ensemble nous réussirons » ont été colées sur les murs de la capitale.  Patrick Legantu

Le président de la République peut-il s'offrir une campagne d'affichage sauvage et gratuite sur les murs de la capitale ? Faire coller illégalement ses affiches de campagne, à presque deux ans de l'élection présidentielle, par dizaines, sur des monuments de Paris, des barricades de chantier, des rideaux de fer de magasins, des boîtes à lettres de la Poste, des placards de rue EDF… Tout y est passé.

Ce mercredi, la Ville a envoyé en urgence des armadas d'agents municipaux de ses équipes propreté. « Les opérations de décollage vont prendre plusieurs jours », prévient un porte-parole de la mairie.

« A l'initiative du président de la République et de sa formation »

« C'est dommage, regrette un brin cynique François Vauglin, le maire PS du XIe, dont l'arrondissement a été particulièrement ciblé, que les impôts des Parisiens servent à décoller des affiches politiques sauvages, qui de plus, étonnamment, sont à l'initiative du président de la République et de sa formation. »

Place de Catalogne, à côté de la gare Montparnasse. LP/C.C.
Place de Catalogne, à côté de la gare Montparnasse. LP/C.C.  

Les affiches en question, placardées aussi bien place de la République, sur les avenues du XIe arrondissement, XIIe, IXe, qu'à Montparnasse, face à la gare ou dans le VIIe arrondissement, sont toutes les mêmes.

« En pleine crise, il s'occupe de sa réélection… »

Patrick, jeune Parisien, a « découvert cette campagne en allant au bureau. Sur les 20 minutes de mon trajet à vélo, j'ai dû voir 150 affiches ! » estime-t-il. « On est en plein coronavirus et attentats, s'insurge-t-il. Et que fait le Président de la République ? Il s'occupe de sa réélection ! ». On y voit Emmanuel Macron de trois-quart, entouré, la main levée, ambiance meeting, avec comme slogan « Ensemble, nous réussirons. La République en marche ».

Les affiches ont-elles été collées par des militants du parti présidentiel qui ont arpenté le pavé parisien avec leur pot de colle ? Ou par de grosses entreprises et annonceurs ? A la direction de la République en marche, qui assume ces 200 000 affiches envoyées à tous les comités locaux, « partout en France » ces derniers jours, on précise que c'est l'œuvre des militants, qu'elle encourage toutefois à « respecter les espaces dédiés », tout en reconnaissant que certains militants peuvent s'adonner à de l'affichage « sauvage ». Un cadre du parti souffle : « J'ai déjà fait du militantisme, je sais ce que cela peut-être ».

Patrick Legantu
Patrick Legantu  

« Je doute qu'il s'agisse de collage des militants, recadre cependant un élu parisien. Le mode opératoire, la rapidité, les cibles choisies comme les barricades de chantier et autres points inaccessibles montrent plutôt l'œuvre d'une entreprise ».

« Un aveu de faiblesse après une série de déconvenues électorales »

Nelly Garnier, élue parisienne du XIe et nouvelle porte-parole du groupe les Républicains au Conseil de Paris tacle « cette pollution visuelle qui dégrade Paris, l'environnement architectural et urbain ». Et au passage dézingue Emmanuel Macron : « Cette campagne d'affichage est un aveu de faiblesse après une série de déconvenues électorales ».

Côté Paysages de France, l'association qui lutte contre ces affichages sauvages, on dénonce « une opération inadmissible venant de l'Elysée et de gens qui devraient être exemplaires. ». Pour Pierre-Jean Delahousse, son porte-parole, le message que LREM envoie, c'est « On se fout de l'environnement ». Et « on est au-dessus des lois ».

A la direction de la LREM, au contraire, on y voit « l'importance […] de continuer à avoir du lien social et d'aller à la rencontre des gens avec des tracts ou des affiches, dans le respect des conditions sanitaires […] ».

Près de 500 nouveaux affichages sauvages par semaine

A la ville, on n'a pas tout à fait le même point de vue. Chaque semaine près de 500 nouveaux affichages sauvages fleurissent, signalés dans l'application DansMaRue. Chaque semaine, ce sont près de 1600 m² d'affiches qui sont enlevés. Résultat : la Ville dépose plainte, facture les opérations de nettoyage et saisit le parquet.

En 2019, la ville a récupéré 356 000 euros de dédommagement pour 724 opérations de collage qui ont été attaquées. Pour ce début d'année, ce sont 124 000 euros qui sont déjà rentrés dans les caisses pour 230 opérations de collage. Mais ce collage de LREM passera entre les mailles du filet. « A la différence des cas d'affichage sauvage à visée commerciale, lâche-t-on à l'Hôtel de ville, la Ville ne fait pas de démarche de recouvrement pour l'affichage politique. »