Paris : aux Halles, une exposition pour rendre hommage aux homosexuels chassés de chez eux

Sous la canopée des Halles (Ier), l’exposition « Du rejet au Refuge » présente 17 portraits de gays et lesbiennes rejetés par leurs parents et secourus par la fondation Le Refuge.

 « Ma mère a vu l’expo. Elle a beaucoup aimé la photo », se réjouit Valentin, aujourd’hui âgé de 26 ans
« Ma mère a vu l’expo. Elle a beaucoup aimé la photo », se réjouit Valentin, aujourd’hui âgé de 26 ans Pascale Loussouarn/DR.

Valentin n'est pas près d'oublier le 2 décembre 2015. « Ce jour-là, mes parents sont tombés sur une photo où j'étais avec mon copain. C'était une image de leur fils qui ne leur convenait pas. Mon père m'a dit : Dehors, pas de faible dans la famille, tu dégages ! » Voilà comment ce jeune homme de 21 ans, originaire du Val-de-Marne et passionné d'équitation, s'est retrouvé à la rue « à 23h37 ».

Il y passera une semaine avant d'être pris en charge par la fondation Le Refuge spécialisée dans l'hébergement temporaire et l'accompagnement socio-éducatif, médical et juridique des jeunes homosexuels, garçons et filles, rejetés par leurs parents et chassés du domicile familial en raison de leur orientation sexuelle. Une exposition, « Du rejet au Refuge », est consacrée à ces jeunes sus la canopée des Halles (Ier) jusqu'à dimanche.

Le Refuge pour reprendre son souffle

Les cinq mois passés dans un appartement relais mis à disposition par Le Refuge ont permis à Valentin de « me poser, dormir, me retrouver et repartir ». Cinq ans plus tard, il poursuit ses études en alternance en deuxième année de BTS de management. Rémunéré par l'enseigne de matériel de sport pour laquelle il travaille, il précise : « je paie le loyer de mon studio parisien et je me débrouille tout seul ».

Valentin a-t-il repris contact avec ses parents ? « Oui, après un an et demi de thérapie avec un psy, répond-il. Ce n'est plus comme avant mais ça va. Je les vois pratiquement toutes les semaines. Ils ne m'ont pas dit qu'ils regrettaient mais ils me le font comprendre. Je les aime ».

Une exposition témoigne de ce rejet

Valentin qui a présenté son copain à ses parents, fait partie des 17 jeunes accueillis ces dernières années par Le Refuge qui ont accepté de poser devant l'objectif de la photographe Pascale Loussouarn. Les tirages sont en noir et blanc. Au verso de chaque portrait, un texte relate brièvement l'histoire de l'intéressé. « Ma mère a vu l'expo. Elle a beaucoup aimé la photo », se réjouit Valentin.

Chaque année, Le Refuge, créé en 2003, accueille près de 500 jeunes LGBT (lesbienne, gay, bi et trans) de 14 à 25 ans rejetés par leur famille. Parmi eux, 187 sont hébergés par la fondation. A Paris, Le Refuge propose un accueil de jour du lundi au vendredi de 10 à 18 heures au 108, rue de la Folie-Méricourt (XIe), local acquis l'an dernier grâce à une subvention de 500 000 euros de la région Ile-de-France. La fondation qui perçoit aussi chaque année une aide de 10 000 € de la Ville de Paris, dispose également de 60 mètres carrés à la maison des Ensemble rue d'Aligre loués à la municipalité.

Des places dans un appartement parisien

Outre une douzaine de places dans le Val-de-Marne, Le Refuge dont 80 % des financements proviennent de dons privés (particuliers, entreprises…), met à disposition dix places d'hébergement à Paris, dont six dans un grand appartement loué à la RIVP (Régie immobilière de la ville de Paris). Sans compter un « studio-tremplin dans le nord de Paris, dernière étape avant que le jeune ayant retrouvé un travail, puisse voler de ses propres ailes », explique Olivier Rouchon, délégué du Refuge Ile-de-France et Paris.

Au-delà de la cellule familiale, les violences homophobes sont en hausse dans l'espace public. Selon la Dilcrah (Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l'antisémitisme et la haine anti-LGBT) qui ne dispose pas encore de chiffres pour le premier semestre 2020, 1 870 infractions à caractère homophobe ou transphobe (injures ou agressions) ont été commises en France en 2019, soit « une augmentation de 36 % du nombre de victimes d'actes anti-LGBT » par rapport à 2018 (1 380 infractions recensées). A Paris, 53 plaintes à caractère homophobe ont été déposées au cours du premier semestre 2019.