Chantier du Grand Palais à Paris : ce sera la restauration plutôt que la révolution

Les travaux du monument qui doit accueillir une partie des JO 2024 ont été revus à la baisse. Le projet de 2018 privilégiant la casse d’une partie du bâtiment est abandonné au profit d’un gros chantier de restauration.

 Les travaux au Grand Palais ont à peine commencé, que le projet vient d’être revu par le Centre des monuments nationaux (RMN-Grand Palais) et le ministère de la Culture. Il faudra être prêt pour les JO de 2024.
Les travaux au Grand Palais ont à peine commencé, que le projet vient d’être revu par le Centre des monuments nationaux (RMN-Grand Palais) et le ministère de la Culture. Il faudra être prêt pour les JO de 2024. LP/Eric Le Mitouard

« Le projet ne rentrait plus dans les cases», reconnaît l'un des responsables du dossier. Ce lundi, la Réunion des musées nationaux-Grand Palais et le ministère de la Culture ont annoncé que le gigantesque chantier de restauration du Grand Palais serait « réorienté vers un concept plus sobre et écologique ».

Entre bord de Seine et avenue des Champs-Elysées (8e), une haute palissade de bois a déjà été dressée sur la façade de l'édifice qui accueille les grands événements culturels de la capitale. Des filets de sécurité ont été posés sur les deux hautes statues qui surmontent l'escalier d'honneur donnant à la verrière. Mais les vrais travaux démarrent en 2021 et seront moins spectaculaires que prévus.

Objectifs : respecter le calendrier afin d'être prêt pour les JO de 2024 — c'est ici que doivent se dérouler les épreuves d'escrime et de taekwondo — et tenir le budget.

Gros risques de dérapage dans le calendrier

« Les retards infligés au projet depuis mars 2020 par la crise sanitaire ont conduit le ministère de la Culture et la Réunion des musées nationaux - Grand Palais (RMN-Grand Palais) à prendre acte des risques, désormais non soutenables, de dérapage du calendrier de réalisation des travaux et de dérive financière significative du projet », déclare dans un communiqué le Grand Palais.

La case financière est le second argument redoutable. Conçu en 2013, le projet de Local Architectures Network (LAN), présenté lors d'une annonce officielle en 2018, par Françoise Nyssen, ministre de la Culture de l'époque, prévoyait de transformer en profondeur le Grand Palais, construit pour l'exposition universelle de 1900.

Selon le cahier des charges de l'époque, les architectes avaient vu grand. Très grand. Ils prévoyaient de creuser l'espace central des 72 000 mètres carrés du bâtiment, de rendre les toits accessibles et de créer une artère traversante, appelée « la rue des Palais », présentée à l'époque comme le cœur et le symbole même du projet.

Le projet de rue du Palais est abandonné. /RMN-Grand Palais
Le projet de rue du Palais est abandonné. /RMN-Grand Palais  

Roselyne Bachelot, la ministre de la Culture, après s'être rendue sur place mi-juillet, a compris les enjeux et a décidé de « repartir d'un autre pied », comme elle l'a précisé dans le Figaro.

Il est toujours prévu que le chantier débute en 2021 après la fermeture des espaces ouverts au public, alors que l e Grand Palais éphémère se construit sur le Champ-de Mars (7e), capable d'accueillir les événements culturels pendant les quatre années de travaux.

«On sera davantage dans la restauration que dans la transformation»

Mais Chris Dercon, président de la RMN-Grand Palais, a dû annoncer au cabinet d'architecte LAN la résiliation de son contrat. Le budget initial de 466 millions d'euros est maintenu. Mais il réintègre désormais la restauration des façades (rendue urgente après la fragilisation des statues) et l'ensemble des opérations nécessaires à l'ouverture du site au public, comme le mobilier, la muséographie, la signalétique… autant de chapitres qui, petit à petit, avaient été retirés de l'enveloppe globale.

Le Grand Palais rouvrira entièrement au public en 2025.  LP/Eric Le Mitouard.
Le Grand Palais rouvrira entièrement au public en 2025. LP/Eric Le Mitouard.  

« On sera davantage dans la restauration que dans la transformation », résume François Chatillon, architecte en chef des monuments historiques, déjà en charge du site. « On ne creuse plus, on ne casse plus. On sera hypervertueux et sobres. On prend le bâtiment tel qu'il est, et on modernise tous les éléments techniques totalement obsolètes, comme que la climatisation, la sécurité et l'électricité. »

Sur les plans comme dans la réalité, l'architecte du Patrimoine prend possession des lieux. Le concours du chantier pharaonique n'est plus. François Chatillon assurera la maîtrise d'œuvre de la restauration et de mise aux normes, sous le contrôle de la Conservation régionale des Monuments historiques.

Le monument rouvert entièrement au public en 2025

Architectes, designers et artistes seront appelés à intervenir à travers des concours spécifiques.« Le projet de restauration actuel n'est pas du tout passéiste. Le bâtiment est assez moderne et il convient dans sa géométrie aux ambitions du projet culturel », insiste encore François Chatillon.

La rénovation apportera cependant une certaine modernité avec des ouvertures retrouvées./RMN
La rénovation apportera cependant une certaine modernité avec des ouvertures retrouvées./RMN  

Quatre principes sont dès lors maintenus : « Il faudra mettre le monument aux normes, notamment en matière de sécurité incendie et d'accessibilité ». Il est aussi prévu de « retrouver les circulations historiques du bâtiment, du nord au sud (entre Champs-Elysées et Seine) et de l'est à l'ouest (entre la Nef du Grand Palais et le Palais de la découverte) ». « Restaurer la Nef pour augmenter sa jauge et réguler sa thermie » reste une priorité. Et il est toujours prévu de « créer une entrée commune du Grand Palais et du Palais de la découverte ».

Les responsables du chantier devront en outre prendre en compte les considérations écologiques et avoir des espaces de circulation adaptés aux exigences sanitaires.

La Nef et les galeries devront être accessibles d'ici au printemps 2024 pour l'accueil les Jeux. L'intégralité du monument devra rouvrir au public au printemps 2025, assure le Grand Palais.