Paris : apprenez à danser comme au Lido, c’est du sport !

Si vous rêvez de danser comme les danseuses du célèbre cabaret des Champs-Élysées propose des «Bootcamps» entraînés par ses danseuses. Glamour, performance et magie au menu.

 Lido de Paris, 116 avenue des Champs-Élysées (VIIIe). Ce jeudi-là avec Laura, les participants au bootcamp ont appris un morceau du tableau Barricade de la revue « Paris Merveilles ».
Lido de Paris, 116 avenue des Champs-Élysées (VIIIe). Ce jeudi-là avec Laura, les participants au bootcamp ont appris un morceau du tableau Barricade de la revue « Paris Merveilles ». LP/Delphine Goldsztejn

« C'est physique, oh là oui c'est physique ! Mais qu'est-ce que c'est joyeux ! À refaire, à refaire vraiment ! » Les yeux brillants, le sourire radieux, Charlotte et Emma reprennent leur souffle et se font prendre en photo, une dernière fois, devant le grand escalier. Mais pas n'importe quel escalier : celui-ci est lumineux, et jette ses halos bleu nuit sur un parquet que les deux jeunes femmes n'auraient jamais imaginé fouler.

Un peu moins de 2 heures plus tôt, un peu impressionnées, Charlotte la consultante et Emma, qui travaille dans le marketing, avaient franchi les portes et le hall à mosaïques dorées du Lido, le célèbre cabaret des Champs-Élysées (VIIIe).

Des répétitions tous les jours

Au vestiaire, elles avaient enfilé baskets, collant de sport et « le » débardeur noir et or qu'elles garderont comme un trésor, à l'effigie du « Bootcamp Lido de Paris ». Direction le parquet central de 200 mètres carrés, la véritable scène entourée de travées rouge et or de la salle panoramique, entre lustres à pampilles et tables nappées de blanc, auxquelles ne manquent que la vaisselle fine et les flûtes à champagne, rangées depuis bientôt 7 mois.

Toujours fermé pour cause de coronavirus, le Lido reste toutefois une ruche dont les danseuses et les danseurs, BlueBell Girls et Lido Boys, mènent la revue chaque jour, répètent comme s'ils devaient enfin reprendre demain, devant plus de mille personnes.

Un rêve à portée de main pour 50 euros

En attendant ces jours meilleurs, que la direction du Lido entrevoit avec espoir « pour la mi-décembre », le cabaret s'entrouvre de la plus conviviale des façons : en proposant au grand public, jusqu'au 16 octobre, un programme « Bootcamp » (*), c'est-à-dire des sessions d'entraînement sportif et de danse accessibles à tous, menées par les danseuses elles-mêmes.

Pour 50 euros et une dépense physique plutôt intense, à en juger par la fatigue assumée des stagiaires du jour, le rêve éveillé de danser (presque) comme une BlueBell Girl, avec des BlueBell Girls, dans l'incroyable écrin du cabaret créé il y a 75 ans, est à votre portée.

Entraînement intensif avec Alicia, coach de la partie fitness du bootcamp. LP/Delphine Goldsztejn
Entraînement intensif avec Alicia, coach de la partie fitness du bootcamp. LP/Delphine Goldsztejn  

Ce jour-là au Lido, une dizaine de jeunes femmes et deux hommes se sont offert leur part de rêve et ont pu faire leurs abdos au pied de l'escalier bleu, entourés de quelques « trucs en plume » et sous les lustres inondés d'or.

Au programme de ce jeudi midi : 45 minutes de fitness avec la sculpturale Alicia, puis 45 minutes de danse avec Laura, pour apprendre un extrait d'un tableau de la revue « Paris Merveilles », qui enchante le public depuis 5 ans. De l'intensif pour les abdos et les fessiers, mais dans une ambiance joyeuse. Selon le programme choisi, les stagiaires enchaînent pilates, fitness ou bodypump, puis apprentissage d'un extrait du tableau « Barricade » ou du tableau final de la revue.

Venue exprès de Toulouse

C'est ce qui a enthousiasmé Océane, 24 ans, venue exprès de Toulouse pour participer à 3 séances en 2 jours. La jeune femme est affûtée, mais elle a un atout : « Je suis danseuse de cabaret et je fais partie d'un spectacle de music-hall, raconte-t-elle, mais en ce moment on ne peut plus jouer… En attendant que nos tournées reprennent, j'ai saisi l'occasion, pour moi c'est un rêve éveillé, une chance, tout ce que j'aime ! Le Lido c'est le cabaret typique ».

En la voyant évoluer, les « coaches » du Lido ont elles-mêmes noté son talent. Oui mais… Océane ne pourra jamais être une BlueBell, car elle est… trop petite ! « Hélas il me manque 5 cm » sourit-elle.

«On a envie d'assister à la revue»

Charlotte et Emma, les deux Parisiennes, sont elles aussi venues pour la magie. « Taper du pied sur un plancher aussi célèbre, dans un cadre aussi exceptionnel, ça n'arrivera pas tous les jours ! » s'enthousiasme Charlotte, qui a « fait beaucoup de danse il y a longtemps » mais affirme avoir un peu lâché le sport. À la voir suivre les consignes d'Alicia, on se dit qu'elle n'a pas tout perdu. Expérience unique aussi pour Emma, ultra-sportive à qui le rythme soutenu de la BlueBell ne fait pas peur.

« Pour ce prix je préfère venir découvrir le Lido qu'aller dans une salle, c'est génial », estime-t-elle. « Dès que le cabaret rouvre on a envie d'assister à la revue », s'enthousiasment les deux copines à l'heure de quitter le Lido, des paillettes dans les yeux et une minute 30 de chorégraphie de « Paris Merveilles » dans les jambes. Étrangement, les deux hommes de la session ont quant à eux disparu à l'heure de la chorégraphie, repus par la séance sportive. « C'est super de venir bouger dans un lieu pareil et de rencontrer les danseurs, mais je ne suis pas à l'aise en danse », s'excuse Thibault, 26 ans.

(*) Jusqu'au 16 octobre le mercredi, jeudi et vendredi, durée 1h30. Tarif 50 euros (T-shirt Bootcamp Lido inclus). Certificat médical obligatoire à l'inscription via le site www.lidobootcamp.com.

«C’est bon d’ouvrir les portes du Lido»

Elles sont deux parmi les 27 déesses de la revue « Paris Merveilles ». Alicia, la brune aux jambes interminables, et 300 % muscles, coach de la séance fitness du jour, et Laura la « Capitaine », qui enseigne les chorégraphies aux danseurs amateurs.

Depuis 7 mois, les deux BlueBells ne s’ennuient pas, sauf du public qui aurait dû être là chaque soir pour applaudir la revue d’1 h 30 et la soixantaine d’artistes de chaque soirée. « C’est bien sûr frustrant pour un artiste de ne pas être sur scène, mais on s’entraîne tous les jours, on répète comme si le Lido rouvrait le soir même », explique Alicia, Bluebell Girl depuis 16 ans, dont elle est une « Sublime », c’est-à-dire l’une des quelques solistes de la revue.

Choisie pour piloter le fitness et le bodypump, cette athlète accro aux sports « qui font se dépasser » a fait comprendre sa discipline quotidienne aux amateurs des bootcamps ! Mais elle leur fait aussi découvrir la magie. « C’est bien de pouvoir montrer comment s’entraîne une show girl, dans un endroit qui fait rêver beaucoup de gens », explique-t-elle.

Pour Laura, une Britannique de 29 ans, BlueBell depuis 5 ans et maîtresse du ballet de novices pendant 45 minutes, « la proximité avec les gens est une belle occasion de partager différemment notre art. Quand on aime ce que l’on fait, c’est un plaisir de leur apprendre des morceaux de la revue », raconte cette ancienne danseuse de comédie musicale, passée par des scènes de bateaux de croisières avant d’intégrer les BlueBells.« Nous sommes dans une situation que nous ne pouvons changer, seulement regarder évoluer au jour le jour, rappelle de son côté la directrice des équipes artistiques, Jane Sansby, avec un peu de fatalisme.

Pour cette ancienne danseuse, capitaine des BlueBell Girls pendant 15 ans, « Il y a une véritable attente des artistes, mais il faut rester positif et les bootcamps permettent de montrer cet endroit mythique. Nos danseuses coaches sont ravies de partager un peu de leur métier, qui est un métier difficile et très discipliné. Et puis c’est tellement bon de voir s’ouvrir les portes du Lido… »