Paris : un deuxième cygneau trouvé mort près du radeau écolo de la Villette

Un couple de cygnes avait élu domicile avec ses petits sur le radeau végétal du canal de l’Ourcq. Il a disparu lorsque la Ville a retiré les protections qui l’entouraient. L’association PAZ demande le déplacement de cet îlot, refuge de biodiversité.

 Quai de l’Oise (XIXe). Le radeau végétalisé du canal de l’Ourcq a dû être complètement rénové, 8 mois après son installation. La famille de cygnes qui y avait élu domicile a disparu depuis.
Quai de l’Oise (XIXe). Le radeau végétalisé du canal de l’Ourcq a dû être complètement rénové, 8 mois après son installation. La famille de cygnes qui y avait élu domicile a disparu depuis. LP/Benoit Hasse

Pas facile de concilier les demandes (parfois contradictoires) des partisans de la végétalisation de la ville, des défenseurs des animaux, des riverains… Le feuilleton - à rebondissements - de l'aménagement du « radeau végétalisé » du canal de l'Ourcq (XIXe) illustre ces difficultés.

Conçu sur le même modèle que l'îlot écolo installé en 2019 sur le canal Saint-Martin, ce radeau de 35 m 2 avait été amarré en début d'année sous le pont de la rue de Crimée, à la sortie du bassin de la Villette. Avec un objectif affiché : offrir un refuge de biodiversité pour les oiseaux aquatiques, les insectes, les poissons et les crustacés (le radeau est équipé de casiers subaquatiques) qui peuplent le canal.

Un refuge couvert de déchets

L'objectif avait très rapidement été atteint. Un couple de cygnes s'y était installé au printemps pour nicher et couver les 7 œufs pondus par la femelle. Arrivés en pleine période de confinement, les volatiles (baptisés par des riverains Odette et Siegfried, en référence au Lac des cygnes), étaient vite devenus des attractions dans le quartier et le « nichoir flottant » du pont de Crimée… un lieu de promenade très couru par les passants.

Alertée par l'association animaliste PAZ (Paris Animaux Zoopolis) qui s'était alarmée d'éventuelles intrusions malveillantes sur le radeau facilement accessible depuis le quai, la mairie avait fait installer des barrières de protection autour de l'équipement en mai. Le dispositif s'est révélé efficace. Odette, Siegfred et leurs cygneaux, nés fin mai, ont pris leurs aises sur le radeau végétalisé.

Trop même ! Puisque les volatiles ont mangé les 350 jeunes pousses qui avaient été plantées dans le radeau. L'équipement censé végétaliser le canal s'est peu à peu transformé en paillasson flottant couvert de déchets plastiques jetés ou collectés par les cygnes. Il a dû être totalement replanté, le 14 octobre dernier, à peine 8 mois après sa création. Les barrières de protection, qui avait été posées sur le quai durant le confinement, ont été retirées à cette occasion.

Un cygneau mort

Outre une salve de commentaires ironiques sur les réseaux sociaux, l'opération menée par le service municipal des espaces verts s'est attirée les critiques de l'association Paris Animaux Zoopolis, inquiète pour la sécurité des cygnes. « Coïncidence ou pas ? Un des cygneaux de la couvée est mort juste après. Un autre est porté disparu… », s'est aussitôt alarmée Amandine Sanvisens, la présidente de PAZ. Ce dimanche, l'association a publié la photo prise sur place d'un deuxième cygneau trouvé mort, en réclamant son autopsie.

La très militante association animaliste, qui a multiplié les alertes auprès de la mairie, a obtenu la réinstallation des barrières de sécurité moins d'une semaine après leur retrait. Pas suffisant toutefois pour rassurer les défenseurs de la faune liminaire (les animaux qui vivent à proximité des hommes) qui notent qu'Odette, Siegfried et leurs cygneaux ne viennent plus sur le petit radeau depuis sa restauration…

Les défenseurs des animaux demandent le déplacement du radeau

L'association vient de redemander officiellement à la mairie le déplacement du radeau « écolo » jusqu'à la darse du Rouvray, un bras mort du canal située le long du parc de la Villette tout proche, et la « sanctuarisation » du site pour les animaux. Au risque de créer un nouveau conflit d'intérêts.

Les berges de la darse du Rouvray, déjà quasiment inaccessibles au public, sont en effet investies tous les samedis par les jeunes « élèves » de la Naturlish Academy. Cette école de pêche associative est autorisée à profiter du site par l'établissement public de la Villette (donc l'Etat), gestionnaire de la rive est de la darse.

« Nous avions eu une réunion de travail avec Pénélope Komitès (NDLR : l'adjointe à la maire chargée des espaces verts durant la précédente mandature) avant les élections, pour évoquer le sujet », rappelle Aurélien Fiaux qui dirige la Naturlish Academy. « Nous n'avons pas été recontactés par la mairie depuis », note le pêcheur urbain… pas prêt à abandonner le spot de la darse du Rouvray.