Paris : 5G, urbanisme, affaire Girard… entre Hidalgo et les écolos, la discorde se fait jour

Entre la maire de Paris et ses alliés historiques l’heure est à l’apaisement. Mais pour combien de temps ? Les dossiers polémiques ne manquent pas.

 En juin 2020, Anne Hidalgo, la maire socialiste de Paris, candidate à sa succession, et David Belliard, tête de liste d’Europe Ecologie Les Verts EELV, à la mairie de Paris, avaient officialisé leur union avant le second tour. Mais la nouvelle mandature réserve encore sujets de discorde.
En juin 2020, Anne Hidalgo, la maire socialiste de Paris, candidate à sa succession, et David Belliard, tête de liste d’Europe Ecologie Les Verts EELV, à la mairie de Paris, avaient officialisé leur union avant le second tour. Mais la nouvelle mandature réserve encore sujets de discorde.  LP/Olivier Corsan

Début de mandature houleuse pour Anne Hidalgo (PS). Réélue en plein déconfinement, la maire de Paris ne doit pas seulement affronter les crises sanitaire et économique liées à la Covid. Sa seconde mandature démarre aussi de manière particulièrement agitée sur le plan politique.

Le départ de Girard déclencheur de crise

Dès le premier Conseil de Paris au mois de juillet, sa majorité a explosé sur la nomination polémique de Christophe Girard au poste d'adjoint. Après une manifestation décriée sur les bancs socialistes pour des pancartes jugées insultantes pour l'Hôtel de Ville, le monsieur Culture a fini par démissionner.

Mais ce départ fracassant a laissé des traces au sein de la majorité. Les socialistes ulcérés par les méthodes des deux élues Raphaël Rémy Leleu et Alice Coffin qui s'étaient mêlées aux manifestantes féministes les avaient rayées des organigrammes de plusieurs institutions parisiennes.

Aujourd'hui après moult réunions de crise, le climat est à l'apaisement entre l'équipe d'Anne Hidalgo et ses alliés écologistes. Les deux élues ont retrouvé leurs postes. A quel prix ? Les écologistes se sont-ils engagés à être moins « turbulents » lors des prochaines séances ? « Il n'y a pas eu de contrepartie, nous demandions simplement notre dû. Je me réjouis que nous ayons trouvé une porte de sortie », se félicite Fatoumata Koné, la présidente du groupe écologiste de Paris.

Une alliance fragilisée avec les Régionales

L'adjoint EELV chargé des Transports David Belliard admettait néanmoins ce dimanche dans le JDD que la majorité sortait « fragilisée » par ces affaires. Un climat délétère dont la droite espère tirer profiter pour fragiliser Anne Hidalgo.

L'approche des élections régionales ne devrait pas aider à pacifier le climat puisque les écologistes auront leur propre candidat face à l'adjointe chargée de l'agriculture urbaine, l'ex journaliste Audrey Pulvar propulsée par la maire de Paris pour mener cette prochaine bataille électorale.

D'autant que les sujets de crispation ne manquent. A l'approche du second tour des municipales, Anne Hidalgo avait fait de nombreuses concessions sur les projets d'urbanisme pour ne pas compromettre l'union avec ses alliés historiques. Mais tout n'est pas réglé.

Les Verts en position de force

Si la gauche est largement majoritaire avec 96 élus contre 55 à droite, 5 MoDem et seulement 6 LREM, le groupe Paris en Commun qui soutient la maire de Paris ne peut pas se passer des voix des écologistes qui n'ont pas hésité à voter avec la droite pour tenter de faire capoter le projet de la tour Triangle (XVe). Les Verts qui comptent deux fois plus d'élus qu'en 2014 revendiquent toujours « leur rôle charnière ».

En ce début de nouvelle mandature, le premier adjoint d'Anne Hidalgo veut éviter à tout prix que l'exécutif ne se retrouve à nouveau mis en minorité sur des projets stratégiques. « Emmanuel Grégoire nous a dit qu'il voulait que les dossiers soient discutés au sein de la majorité avant d'être débattus au Conseil de Paris. Il veut éviter que les tensions ne réapparaissent », confie Fatoumata Koné, présidente du groupe écologiste au Conseil de Paris. Du moins en public…

C'est une partition toute en nuance que la maire de Paris va devoir jouer dans les prochains mois pour, pourquoi pas, asseoir une ambition présidentielle.

Les sujets qui fâchent

Bras de fer sur la 5G. A Paris, le déploiement des antennes relais pour la téléphonie mobile a toujours été un sujet de crispations entre l’exécutif et les alliés écologistes. L’arrivée de la 5G relance le débat. Alors que les écologistes parisiens auraient aimé qu’Anne Hidalgo s’aligne sur d’autres maires de grandes villes socialistes et écologistes et réclame un moratoire sur le sujet, la maire de Paris, elle, préfère organiser une conférence citoyenne afin d’évaluer les bénéfices/risques de l’arrivée de cette nouvelle technologie. « Mais les débats ne peuvent pas avoir lieu sereinement alors qu’à la fin de la concertation les antennes auront été déployées », insiste Fatoumata Koné, la présidente du groupe écologiste de Paris. Les élus verts déposeront un vœu pour exiger un moratoire.

L’avenir de la cimenterie Lafarge. C’est l’autre dossier d’actualité qui divise la majorité municipale. Hostiles au projet de rénovation et extension des installations dans le port de Javel (XVe), les écologistes ont manifesté début septembre devant la cimenterie du port de Bercy aux côtés, des riverains et des défenseurs de l’environnement pour demander le départ de l’entreprise ou au mieux l’abandon du projet. Ils ont également bataillé pour que la Ville se porte partie civile contre l’entreprise soupçonnée fin août d’avoir rejeté dans le fleuve parisien un mélange de « particules de ciment, de liquides de traitement et des microfibres de plastique ». L’exécutif d’Anne Hidalgo pourrait se trouver bien isolé sur ce projet au Conseil de Paris puisque la droite demande elle aussi l’abandon du projet.

Les dossiers d’urbanisme dans le viseur des écologistes. Sous la précédente mandature, les projets de la Ville ont donné lieu à des bras de fer extrêmement virulents. Après la bataille homérique de la Tour Triangle (XVe) en 2015, le futur quartier de la ZAC Bercy-Charenton (XIIe) a fait voler en éclats la majorité de gauche et les écologistes ont fini par obtenir que le dossier soit remis à plat. Ils ont gagné aussi la bataille sur le très controversé projet de construction de 85 logements sociaux et d’un centre de tri sur l’ancien terrain de sport de Ménilmontant (XIe). Les écologistes se sont aussi mobilisés contre la bétonisation des anciennes friches ferroviaires d’Ordener-Poissonniers (XVIIIe). Ils ont obtenu que la Ville intègre dans son projet un parc. Mais « les discussions se poursuivent sur les logements », indique-t-on dans l’entourage d’Emmanuel Grégoire, premier adjoint d’Anne Hidalgo. Malgré la volonté affichée par la maire de Paris d’éviter les sujets de discorde avec ses alliés, les écologistes restent en embuscade. « Nous avons obtenu des engagements sous la précédente mandature mais nous veillerons à ce qu’ils soient respectés », promet Fatoumata Koné, la présidente du groupe écologiste au Conseil de Paris.

Le Grand Palais éphémère aux Invalides. Alors que ce bâtiment de 10 000 m2 est en cours de montage sur le Champs de Mars, les écologistes redéposent un vœu pour que ce projet soit suspendu en attendant que tous les recours contre cette infrastructure éphémère soient purgés. Mettront-ils la maire de Paris Anne Hidalgo en difficulté sur ce projet ? « La maire du VIIe a une nouvelle fois changé d’avis sur le sujet. Elle est redevenue une opposante au projet, nous aurons peut-être une majorité pour faire voter notre vœu demandant la préservation du Champs de Mars. Le projet de rénovation du Grand Palais est revu à la baisse. Ce Grand Palais éphémère doit aussi l’être », insiste l’élu écologiste Jérôme Gleizes