«On fait du bien au quartier» : menacés d’expulsion, ces squatteurs parisiens ne lâchent rien

Alors qu’elle passe en procès ce mardi et risque d’être délogée d’un de ses derniers squats, dans le Xe, l’association le «H de Sainte-Marthe» défend son utilité, et notamment ses actions en faveur des SDF.

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 Paris (Xe), ce dimanche. Les militants «anti-gentrification» sont installés dans ces locaux depuis le 26 septembre dernier.
Paris (Xe), ce dimanche. Les militants «anti-gentrification» sont installés dans ces locaux depuis le 26 septembre dernier. LP/Lola Dhers

Retour devant le tribunal pour « le H de Sainte-Marthe ». Ce mardi, l'association saura si elle doit évacuer le local vide qu'elle occupe depuis le 26 septembre dernier, rue Jean-et-Marie-Moinon, dans le Xe arrondissement de Paris. « Il faut que l'on reste. Il y a de plus en plus de gens pauvres avec la crise et on fait du bien au quartier », affirme Setha, une bénévole.

En janvier dernier déjà, « le H de Sainte-Marthe » avait fait parler en investissant un local du restaurant le Petit Cambodge, dont elle avait été expulsée après plusieurs semaines. Discrets jusque-là, ses membres, qui dénoncent la gentrification de l'arrondissement, ont fini par nous ouvrir leurs portes.

Distribution de plats cuisinés aux plus précaires

En ce dimanche ensoleillé, en fin de matinée, on s'active près du local. Alors que certains disposent des cageots de fruits et légumes devant, d'autres sortent avec des gamelles bien remplies. A quelques mètres, place Sainte-Marthe, de longues tables ont été disposées pour distribuer des plats cuisinés à partir des aliments que les membres de l'association et autres bénévoles ont récupérés.

Dobax, 35 ans, vient tous les jours ici. « J'ai la haine. Des gens ne peuvent même plus payer leur loyer. On ne se rend pas compte », s'énerve le jeune homme. Assis devant le local sur une chaise branlante, il discute avec des habitants du X e en tirant sur sa cigarette électronique.

L’association propose régulièrement des paniers de fruits et légumes, récupérés grâce aux bénévoles./LP/Lola Dhers
L’association propose régulièrement des paniers de fruits et légumes, récupérés grâce aux bénévoles./LP/Lola Dhers  

Il y a notamment Christine, 43 ans, propriétaire d'un appartement dans l'immeuble où se trouve le local squatté. Depuis juillet, elle participe aux actions de l'association qui, avant d'occuper le local vide, se mobilisait déjà pour venir en aide aux plus démunis.

C'est comme ça que Setha a découvert le « H ». Intérimaire dans la restauration collective, cette femme de 60 ans s'est retrouvée au chômage pendant le premier confinement. Elle a eu connaissance des actions de l'association un jour où il ne lui restait plus qu'un euro en poche après avoir fait des courses. En quête d'un café, on lui en a offert un et rempli son panier de fruits et légumes. Depuis, Setha a proposé ses services et cuisine sur place presque tous les jours.

«Même le 115 nous a envoyé des gens»

« L'idée, c'est de partager repas, discussions et chaleur humaine avec des gens qui vivent à la rue », reprend Christine d'une voix douce et posée. « Même le 115 nous a envoyé des gens, dont une femme enceinte », raconte celle qui regrette que la mairie du Xe, socialiste, ne les soutienne pas.

Sur la place, les gens arrivent petit à petit. Aimé, François et d'autres membres du « H » leur servent à manger. Parmi la petite troupe, il y a notamment des étudiants venus soutenir l'association. Comme David, 20 ans, qui participe aussi au mouvement Youth for Climate. « Quand il y a une injustice dans la société, il faut la réparer », estime-t-il. A ses côtés, Damien, 26 ans, déplore que « Paris devienne intouchable et que les milieux populaires soient poussés vers l'extérieur ». « Ne laissons pas le quartier aux riches », est-il ainsi écrit sur une de leurs affiches, pour justifier le squat.

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Si certains donnent quelques euros après avoir reçu à manger, d'autres ne peuvent se le permettre. C'est notamment le cas de Marco, 52 ans, SDF. Christine parle de lui comme d'une « figure du quartier ». Entre deux bouchées de riz aux légumes, Marco fait des blagues aux jeunes autour de lui. Mais l'homme semble las : « On est fatigué, nous, les gens de la rue. » Habitué de la place Sainte-Marthe et de ses environs, il affirme que « les personnes présentes ici sont extraordinaires ».

«Sans eux, ça aurait été vraiment dur»

C'est également l'avis d'Idriss, 27 ans, sans logement. Présent depuis les débuts du collectif, le jeune homme contribue à la préparation des repas et en bénéficie. Il lui arrive aussi de dormir dans le squat. « Les gens ici font de leur mieux pour aider ceux qui sont dans la précarité, alors j'essaie d'aider comme je peux. Sans eux, ça aurait été vraiment dur. »

Alors quand le « H » s'est retrouvé critiqué pour son squat au Petit Cambodge, ses membres se sont retranchés derrière leur vision du monde. « Nous respectons le droit de propriété, mais face à l'urgence il y a un droit humain qui doit préempter, appuie Aimé. Ce n'est pas arracher un bien aux propriétaires, c'est l'utiliser pour l'intérêt général. » Surtout qu'à force de se faire expulser, l'association, qui ne compte que sur les bonnes volontés de ses membres pour survivre, ne dispose presque plus de lieu où se retrouver. La réponse du tribunal de ce mardi sera en cela vitale pour eux.