Netflix, confinement, VOD... à Montmartre, le plus vieux vidéoclub de Paris résiste encore

Ouvert il y a 40 ans, le vidéoclub de la Butte (XVIIIe) est l’un des derniers loueurs de DVD de la capitale. Pour le soutenir face à la crise sanitaire, des clients fidèles ont lancé une cagnotte solidaire.

 Christophe Petit a repris le vidéoclub de la Butte (18e) avec sa femme il y a 18 ans. Il souhaitait garder l'âme de ce lieu de cinéphilie.
Christophe Petit a repris le vidéoclub de la Butte (18e) avec sa femme il y a 18 ans. Il souhaitait garder l'âme de ce lieu de cinéphilie. LP/Margaux Boscagli

Ils ne sont plus qu' une demi-douzaine dans la capitale. Le plus vieux d'entre eux, le vidéoclub de la Butte, situé au 49 rue Caulaincourt (XVIIIe), fait de la résistance depuis 40 ans. Avec un catalogue de 15 000 films et un « noyau de fidèles » du quartier, cet endroit hors du temps a survécu au téléchargement illégal, à Netflix et Amazon Prime, à l'essor des plateformes de VOD (vidéo à la demande) et, plus récemment, à la crise sanitaire. Non sans difficultés.

Une cagnotte toujours ouverte aux dons

Déjà affaibli depuis plusieurs années, le confinement du printemps dernier l'a fortement impacté, à l'instar de nombreux commerces physiques. Pour ce reconfinement, Christophe Petit, gérant du magasin depuis 18 ans, s'adapte : il propose un service de click and collect - « téléphone et retrait »*, précise-t-il avec le sourire, puisqu'il n'a pas de site Internet.

Le gérant cinéphile l'admet, ces nouvelles mesures de restriction pourraient lui être fatales. Alors pour lui venir en aide, deux clients réguliers ont lancé une cagnotte solidaire. Ouverte aux dons, sur le site Le Pot commun, elle a permis de récolter plus de 11 000 euros depuis mai. De quoi couvrir les loyers et les fournisseurs de l'établissement. Mais ce n'est pas tout : pour pallier la conception d'un site Internet, trop coûteuse, ses clients vont l'aider à filmer son impressionnante collection de films, pour pouvoir la mettre bientôt en valeur sur la page Facebook du magasin.

«On ne pourra pas faire des cagnottes éternellement »

« Mais on ne pourra pas faire des cagnottes éternellement, déplore Christophe Petit. Quand on voit que Spotify a fait 40% de chiffre d'affaires en plus pendant le confinement, ça signifie que Netflix et Amazon ont fait la même chose… ».

Protéger le disque et la vidéo « au même titre que le livre », dont le prix est imposé depuis 1981, serait pourtant possible selon le gérant. « Il suffirait d'éditer une charte encadrant le métier, de proposer une aide au loyer ou au fonctionnement », estime-t-il.

«Ma culture cinématographique, je l'ai faite dans les vidéoclubs»

Ce désintérêt pour le secteur est loin d'être inédit selon Christophe Petit. « Les gens se sont toujours un peu moqués de nous, se remémore-t-il. Pour eux, tu voyais les films au cinéma. Aller dans un vidéoclub, c'était un truc de beauf. Moi, ma culture cinématographique, je l'ai faite dans les vidéoclubs ! ».

Le vidéoclub propose un catalogue de 15000 films./M.B.
Le vidéoclub propose un catalogue de 15000 films./M.B.  

Et c'est bien ce qu'il vise à partager ici, dans cet espace de 70 mètres carrés regroupant classiques américains (de David Lynch à Jim Jarmusch en passant par Capra), œuvres françaises et cinéma étranger (coréen, italien, argentin, coréen, russe, danois…). « On est là pour offrir un large choix et pour porter la culture au plus grand nombre », résume-t-il.

Parmi les habitués, des professionnels du cinéma, des gens issus du milieu associatif et « beaucoup de curieux ». Outre la location au prix de 4 euros le film (avec des forfaits pour les inscrits), le vidéoclub vend aussi des DVD et proposait aussi, avant le confinement, plusieurs événements tels que des concerts privés.

15 000 films du monde entier

Une plus-value indéniable pour ce passionné : « Netflix, c'est 2 000 titres. Quand t'enlèves les séries, les productions de requins qui volent et toutes ces conneries, bah il reste plus grand chose. Les gens se disent « c'est 8 euros par mois », d'accord mais il te faut d'autres abonnements pour compléter, puis ta box… T'arrives vite à un package à 40 euros par mois. Chez moi, pour 40 euros par mois, tu peux louer 11 films parmi 15 000 films du monde entier et les films enfants sont gratuits. Dans l'absolu, si t'habites le quartier et que t'es pas trop stupide, tu choisis pas Netflix et tu viens chez moi ! ».

Au-delà de son large catalogue, Christophe Petit vante le « rapport humain » du vidéoclub. « On connaît nos clients, on donne de vrais conseils, défend-il. On n'est pas une intelligence artificielle, il n'y a pas d'algorithme ni de collecte de données ici. »

Le vidéoclub de la Butte, situé au 49 rue Caulaincourt. XVIIIe. Tél. : 01.42.59.01.23.