Marcel Lascar, fondateur de SOS Médecins, s’est fait vacciner pour donner l’exemple

A 92 ans, dans le XVIIe arrondissement de Paris, le praticien à la retraite a reçu une injection dans un centre de l’organisme qu’il a lui-même créé il y a… cinquante-cinq ans.

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 Paris (XVIIe), ce lundi. « Au début, SOS Médecins était critiqué, y compris par le conseil de l’ordre, se souvient le docteur Lascar, ici en train de se faire vacciner. Aujourd’hui, nous sommes devenus indispensables. »
Paris (XVIIe), ce lundi. « Au début, SOS Médecins était critiqué, y compris par le conseil de l’ordre, se souvient le docteur Lascar, ici en train de se faire vacciner. Aujourd’hui, nous sommes devenus indispensables. » LP/Benoit Hasse

« Bien sûr qu'il vaut mieux se faire vacciner ! Ne pas le faire, c'est prendre un risque inutile. » Le docteur Marcel Lascar, 92 ans, n'exerce plus depuis des années (il ne dira pas combien…). Mais ça ne l'empêche pas d'être toujours « prescripteur » de bons gestes de santé.

Ce lundi en fin de journée, cet ancien praticien du XIe arrondissement de Paris a reçu la première dose du vaccin Pfizer dans le centre SOS Médecins de la rue Francis-Garnier, dans le XVIIe (l'un des 19 centres de vaccinations installés dans la capitale) sous le regard bienveillant de ses confrères. Tous ont souligné la portée symbolique de cette vaccination.

En 1966, la nuit, des plombiers mais pas de docteurs…

Et pour cause : Marcel Lascar en connaît un rayon sur l'importance de la « médecine de ville » dans le système de santé publique. C'est, en effet, lui qui a inventé SOS Médecins … à une époque où le Samu n'existait pas encore et où les patients ne pouvaient appeler aucun médecin en dehors des horaires d'ouverture de leurs cabinets.

C'était en 1966, à la suite d'un terrible paradoxe : « La mort d'un patient que je connaissais parce qu'il n'avait pas réussi à joindre un médecin la nuit. Alors que la même nuit, j'avais appelé SOS plombiers et j'avais réussi à faire venir quelqu'un chez moi pour un dégât des eaux », raconte (pour la énième fois) Marcel Lascar à ses interlocuteurs.

Quelques semaines plus tard, l'ancêtre de SOS Médecins était né et Marcel Lascar commençait ses visites de nuit chez les patients, avec un équipement de fortune et quelques autres médecins pionniers. « 55 ans plus tard, SOS Médecins compte 63 associations, regroupe 1 300 médecins et couvre 70 % du territoire », rappelle Serge Smadja, président de SOS Médecins Grand Paris, en accueillant le fondateur de l'organisme dans le centre de vaccination ouvert dans les locaux du XVIIe.

Non éligibles, des candidats au vaccin viennent au cas où

« Au début, nous étions critiqués, y compris par le conseil de l'ordre. Aujourd'hui, SOS Médecins est devenu indispensable », confirme Marcel Lascar, en attendant qu'un box se libère pour être vacciné. « M. Lascar ? », appelle une infirmière. « Marcel, c'est à toi », embrayent les médecins tandis que le nonagénaire se dirige vers une petite salle. Suivi par sa femme, âgée de 82 ans, qui demande presque timidement si elle pourra aussi être vaccinée.

Encore un symbole. C'est Thaïs, 33 ans, la dernière arrivée il y a une semaine dans l'équipe du centre, qui va se charger de vacciner le « doyen » de SOS Médecins, dont il est toujours président d'honneur. Questionnaire de santé puis injection… cinq minutes plus tard, Marcel Lascar est de retour dans la salle d'attente où attendent encore quelques autres candidats au vaccin.

Parmi eux, des gens qui n'ont pas réussi à prendre rendez-vous sur Doctolib ou à joindre les plates-formes d'appel mais qui sont venus tout de même… au cas où. « Ils ne sont pas éligibles à la vaccination », explique un des membres du personnel médical en rappelant qu'elle est « pour l'instant » réservée aux plus de 75 ans et aux soignants de plus de 50 ans.

«La semaine dernière, un monsieur de 85 ans en a pleuré de joie !»

« La question de la limite d'âge pour la vaccination des soignants est un vrai sujet », reconnaît Serge Smadja, le patron de SOS Médecins France, en rappelant que près de 40 % des professionnels de SOS Médecins ont contracté le Covid. « Mais il y a des arbitrages à faire », poursuit-il sans parler de pénurie mais plutôt d'« une logistique complexe. »

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Le centre de vaccination du XVIIe reçoit 642 doses (sur la base de six doses par flacon ) chaque semaine. « Il y a des quotas établis en fonction de la population éligible au vaccin de chaque arrondissement. On ouvre les prises de rendez-vous tous les trois jours sur Doctolib. Tous les créneaux sont pris dans les minutes qui suivent », conclut Serge Smadja qui se dit tout de même très confiant dans la montée en puissance de la campagne vaccinale.

« Il y a un vrai espoir. Et ceux qui ont déjà été vaccinés nous disent tous combien ils sont soulagés », renchérit un autre médecin du centre. « La semaine dernière, un monsieur de 85 ans en a pleuré de joie ! » conclut le médecin. Selon le ministère de la Santé, en fin de semaine dernière, on recensait 1 026 000 vaccinations à l'échelle nationale dont environ 170 000 en Ile-de-France.