Le couvre-feu relance le débat politique à Paris

Le premier ministre et la maire de Paris ont visité un centre de dépistage avant de rencontrer l’état-major de l' AP-HP (Assistance publique-Hôpitaux de Paris). Les conditions du couvre-feu seront annoncées ce vendredi. Mais déjà les élus parisiens apportent leurs critiques.

 Jean Castex, a abordé la question du couvre feu, ce jeudi après-midi, alors qu’il terminait sa rencontre avec l’état-major de l' AP-HP (Assistance publique-Hôpitaux de Paris, IVe).
Jean Castex, a abordé la question du couvre feu, ce jeudi après-midi, alors qu’il terminait sa rencontre avec l’état-major de l' AP-HP (Assistance publique-Hôpitaux de Paris, IVe).  LP/Ph.B.

«Le gouvernement navigue à vue dans un climat très anxiogène qui n'est pas propice à la relance de l'économie, d'autant qu'il y a toujours aussi la menace d'un confinement localisé». Nelly Garnier, ancienne pore parole LR de Rachida Dati lors des municipales met les pieds dans le plat, après l'annonce, ce mercredi soir, d'un couvre feu à Paris.

«J'appelle tous mes concitoyens à mesurer la gravité de la situation et à être responsables», a pour sa part déclaré le premier ministre, Jean Castex, à l'issue de sa rencontre, ce jeudi après-midi, avec l'état-major de l' AP-HP (Assistance publique-Hôpitaux de Paris, IVe).

Au lendemain de l'annonce par Emmanuel Macron de l'entrée en vigueur du couvre-feu en Ile-de-France et dans huit métropoles, Jean Castex s'est d'abord rendu au centre de dépistage à l'ancienne mairie du IVe, accompagné d'Anne Hidalgo, maire PS de Paris et de Martin Hirsch, directeur de l'AP-HP.

L'occasion pour le directeur médical de l'AP-HP, Frédéric Batteux, de rappeller les chiffres: «A midi, ce 15 octobre en Ile-de-France, nous avons 533 patients Covid-19 en réanimation et 1629 malades hospitalisés pour la même raison sans être en réanimation». Le 5 octobre, ces deux chiffres étaient respectivement de 441 et 1 269.

Le couvre feu à Paris... une bonne mesure ? Directeur médical de la crise Covid-19 à l'AP-HP, Bruno Riou affirme: «Nous appuyons sans réserve les mesures prises pour limiter l'ampleur de la deuxième vague de l'épidémie. Notre espoir, Monsieur le premier ministre, est que vous ne soyez pas appelés à l'avenir à prendre des mesures plus restrictives».

Anne Hidalgo veut une dérogation pour les spectacles vivants

Les annonces sur la mise en oeuvre du couvre-feu seront faites ce vendredi par le préfet de police, Didier Lallement, et Anne Hidalgo, qui plaide pour qu'une dérogation soit accordée aux personnes assistant à un spectacle vivant.

Courtois et républicain, le dialogue entre la maire de Paris et le premier ministre a aussi été marqué par la façon dont Anne Hidalgo a coupé court à un échange entre Jean Castex et l'un des professeurs de l'AP-HP. «Transformez-moi les Français en Français aussi sages que ceux dans le grand Est !" lance comme une boutade le président de la commission médicale de l'AP-HP, Rémi Salomon.

"Est-ce qu'on ne pourrait pas dire que même des Latins comme nos amis Italiens ont des comportements différents des nôtres parce qu'ils ont plus souffert dans la première phase que nous ?" lui répond le premier ministre... "Si on prend le sujet comme ça, on n'y arrivera pas", s'exclame Anne Hidalgo. Et de poursuivre: "Si on s'adressait aux citoyens comme à des adultes responsables, plutôt que de vouloir les changer, on arriverait certainement à trouver des solutions plus satisfaisantes".

Et chacun, ce jeudi à Paris, d'apporter sa solution... Evoquant les «mesures coercitives» du gouvernement, le conseiller de Paris Nicolas Bonnet-Oulaldj (PC) estime: «On ne règlera pas le problème de fond sans moyens supplémentaires pour les hôpitaux. Depuis le déconfinement, aucun nouveau lit n'a été ouvert. Il n'y pas eu de revalorisation des salaires des soignants. Et notre demande de réouverture de l'Hôtel Dieu est restée lettre morte ».

La maire du IXe, Delphine Bürkli (divers droite) s'inquiète pour sa part du respect du couvre-feu. Et regrette que la Ville n'ait pas mieux régulé les terrasses éphémères restées ouvertes souvent tard, parfois sans respect des règles.

Fatoumata Koné, élue écologiste, réagit de façon très concrète: « Je m'attendais à ce que le chef d'Etat lance un appel en direction des chefs d'entreprise pour leur demander de renforcer le télétravail, notamment à Paris où les risques de contamination sont très importants dans les transports en communs toujours bondés aux heures de pointe. Il n'a pas non plus évoqué les possibilités de dédoublement des cours dans les écoles et les universités qui sont des clusters. Je m'inquiète en outre du respect des mesures dans la sphère privée alors que les restaurateurs et gérants de bar font respecter les mesures sanitaires dans leurs établissements ».