La journée sans voitures à Paris n’a pas incité les Parisiens à flâner

Météo exécrable et défiance de nombreux automobilistes, la 6e édition de l’opération n’a pas vraiment incité les Parisiens à profiter de la ville ce dimanche 27 septembre.

 Du boulevard des Capucines à la rue de Rennes, en passant par l’Opéra, la Concorde, etc... de nombreux automobilistes ont continué à circuler, malgré la journée sans voiture.
Du boulevard des Capucines à la rue de Rennes, en passant par l’Opéra, la Concorde, etc... de nombreux automobilistes ont continué à circuler, malgré la journée sans voiture.  LP/Elodie Soulié

« En fait là, on cherche la zone, on vient de voir ça sur un panneau, mais est-ce que le IXe est concerné? s'interroge la passagère d'une berline familiale, le regard franchement inquiet. Nous, on n'est pas d'ici… » En réalité ce dimanche, qu'ils soient « d'ici » ou « pas d'ici », peu d'automobilistes semblaient au courant de l'interdiction de circuler, entre 11 heures et 18 heures dans toute la capitale, pour cause de 6e édition de la Journée sans voiture. Beaucoup l'ignoraient, bon nombre aussi ont choisi de l'oublier sciemment, « parce que ça em… tout le monde! », ainsi que fulmine ce conducteur d'une minuscule Smart, pied au plancher à un feu rouge du boulevard des Capucines (IXe), bien décidé à traverser Paris s'il a envie.

Les rues aussi désertées par les piétons

Résultat : ce qui aurait dû, - ou pu -, être une fête des vélos, des piétons, des rollers, des transports en commun et des famille s en goguette sur des chaussées habituellement livrées au ballet des voitures, s'est avéré plutôt un fiasco. Sans embouteillages mais avec des voitures et pas trop de policiers pour contrôler tout le monde. « J'ai croisé un point de filtrage mais les policiers n'arrêtaient pas vraiment pour vérifier qui va où », s'étonne un peu, conscient de « passer au travers », un Parisien du XVIIIe que la pluie a incité à prendre sa voiture. Autour de lui des scooters passent à toute allure, d'autres voitures, des camionnettes… Et même une 2 CV vrombissante, inratable dans sa traversée de la place Vendôme (Ier). Derrière le pare-brise embué, le conducteur semble plutôt chercher sa route qu'une place pour se garer. Pas de quoi perturber une joggeuse, qui tient son souffle au milieu de la rue, puisque « aujourd'hui j'ai le droit, et je n'ai pas peur », lance-t-elle.

Rive droite comme rive gauche, de nombreux automobilistes ont négligé la journée sans voiture. LP/Elodie Soulié.
Rive droite comme rive gauche, de nombreux automobilistes ont négligé la journée sans voiture. LP/Elodie Soulié.  

Un peu désemparée, plan de Paris en main, une famille sort d'un parking public, presque à regret. Ces Lillois passent le week-end à Paris, ils sont venus en voiture mais ont découvert l'opération sur un panneau digital… « On l'a mise au parking pour ça, explique le père de famille, mais c'est vrai que pour le coup, avec ce temps, aujourd'hui on l'aurait bien prise ! » « Ce n'est pas très grave, on va au Louvre », relativise la mère, mais l'interdiction de circuler aura limité leur périmètre de tourisme autant que la pluie continue.

« La prochaine fois… je roule ! »

Aux abords de la Madeleine, même paysage de rues certes moins roulantes -mais comme tous les dimanches. « Vous vous rendez compte, on nous dit de laisser la voiture et de prendre les transports, et qu'est-ce qu'on a ce dimanche ? La ligne 14 fermée toute la journée pour travaux, alors qu'elle traverse Paris et permet d'accéder facilement et plus vite à des endroits stratégiques ! », tonne un Parisien, qui regrette ouvertement d'avoir joué les bons élèves, et cherche un moyen de rallier l'Est de la capitale. « La prochaine fois, je roule », annonce-t-il.

Paris Ier. Rosco n’a « pas de carte ni rien, mais je vais travailler ». Comme lui, les automobilistes ont tous leur bonne excuse. LP/Elodie Soulié
Paris Ier. Rosco n’a « pas de carte ni rien, mais je vais travailler ». Comme lui, les automobilistes ont tous leur bonne excuse. LP/Elodie Soulié  

Sur les avenues, aux taxis et bus se mêlent à l'évidence de nombreux autres véhicules, et pas tous en raison de nécessité professionnelle et sur dérogation. En tout cas chacun a sa bonne excuse. « Je n'ai pas le choix, je travaille ! », répond Rosco, animateur d'une radio Internet. « Je vais faire une émission dans le centre et je viens de Chaville, alors je fais comment ? Je n'ai pas de carte, rien… »

« Il faudrait commencer par bien informer »

Au débouché de la place de la Concorde, sillonnée de véhicules entre silences dus aux feux tricolores, « Je vais voir ma mère », explique un quadragénaire confortablement installé dans sa voiture haut de gamme. Et surpris d'apprendre qu'il est en infraction. « Vous me l'apprenez ! s'étonne ce Parisien. Si je l'avais su j'aurais laissé la voiture, ça ne m'aurait pas gêné, mais il faudrait peut-être commencer par bien informer les gens ! ».

De l'autre côté du pont de la Concorde, à l'angle du boulevard Saint-Germain, une patrouille de police arrête parfois un automobiliste, mais là encore, les taxis et les bus sont loin d'être les seuls à traverser Paris. Même situation rue de Rennes, dans les deux sens « on n'a pas vraiment l'impression que c'est sans voiture, c'est plutôt comme un dimanche d'automne ! », sourit une piétonne. « La preuve, je suis obligée d'attendre pour traverser, regardez combien de voitures sont au feu rouge ! »

Rue de Rennes (VIe). LP/Elodie Soulié.
Rue de Rennes (VIe). LP/Elodie Soulié.