L’appartement squatté depuis deux ans rue de Trévise à Paris… enfin évacué

La préfecture n’avait jamais fait appliquer un jugement de novembre 2019 ordonnant sa libération. La propriétaire se retrouvait elle-même dans l’impossibilité de payer ses loyers et sous la menace d’une expulsion.

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À peine son appartement récupéré, Emmanuelle Iches s'est-elle empressée de faire installer une porte blindée et une alarme pour ne plus jamais revivre pareil cauchemar. Son studio, squatté depuis bientôt deux ans, vient seulement d'être évacué ce mercredi matin par la police.

Mais alors qu' on l'avait quittée il y a une semaine furieuse contre l'inaction de l'Etat, désirant médiatiser son histoire pour faire bouger les lignes, et que l'on pensait la retrouver au moins soulagée, il n'en est rien. « Je n'arrive pas à me réjouir, déplore la femme de 49 ans, les larmes aux yeux. C'est n'est qu'une étape, pas la fin de mon calvaire. »

PODCAST. Son appart squatté, elle n'arrivait plus à payer son propre loyer : la fin du calvaire d'Emmanuelle

Un calvaire de deux ans

Un calvaire qui a commencé en mars 2019, lorsque le coquet studio d'Emmanuelle Iches, situé rue de Trévise dans le IXe arrondissement de Paris, est libéré par son locataire. De suite, une mère y installe sa famille. Si elle se dit victime d'une arnaque au faux bail, « il n'en était rien, assure la propriétaire. Elle a tout simplement forcé la porte de mon appartement pour le squatter. Ce qu'elle avait déjà fait pendant trois ans à Epinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis). »

Les frais de rénovation sont estimés à plus de 10 000 euros. LP/Florent Hélaine
Les frais de rénovation sont estimés à plus de 10 000 euros. LP/Florent Hélaine  

S'en suit alors une procédure d'expulsion à rallonge, et ce malgré un jugement en faveur de la propriétaire obtenu en novembre 2019. Mais la préfecture ne l'avait toujours pas fait appliquer. C'est désormais chose faite depuis ce mercredi. Dans la douleur toutefois.

« Je suis venue lundi pour essayer de voir l'état de l'appartement, de peur qu'ils partent avant l'intervention de la police avec tout ce qu'il y avait à l'intérieur, raconte la quadragénaire. J'ai entendu beaucoup de bruits, de scie notamment. Je me suis dit qu'ils étaient en train de tout saccager. J'ai donc frappé à la porte, et la squatteuse m'a dit qu'ils libéraient l'appartement dès mardi. »

Les squatteurs se font menaçant

Emmanuelle Iches revient donc le mardi, avec un huissier et son agent immobilier, pour reprendre possession de son bien. Mais le ton monte. « La squatteuse a voulu me taper. Son fils de 14 ans a mimé à mon encontre un signe d'égorgement. Et ils s'en sont pris à d'autres personnes. » Appelée, la police a placé en garde à vue une partie de la famille. Et l'appartement n'a donc pu être restitué que ce mercredi.

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Désormais, Emmanuelle Iches va devoir le remettre en état. Fenêtres cassées, humidité sur les murs, prises électriques arrachées, radiateurs défectueux, télévision envolée… Il y a du travail. « Le studio avait été refait à neuf. Mon agent immobilier estime qu'il y en a pour 10 000 à 15 000 euros. Mais je n'ai pas l'argent pour! » rappelle la blogueuse culinaire aux revenus limités. Une cagnotte a été lancée pour l'aider.

LP/Florent Hélaine
LP/Florent Hélaine  

Ne percevant plus de loyer pour son appartement depuis deux ans, elle est elle-même menacée d'expulsion du logement qu'elle loue dans le XVIIIe arrondissement, ne pouvant plus payer son propriétaire. Une audience est prévue devant le tribunal en mars.

Pas d'indemnisation de la préfecture de police

Pour s'en sortir, Emmanuelle Iches compte sur une réaction de la préfecture, qui lui refuse pour l'heure toute indemnité. « J'y ai pourtant droit, puisqu'ils n'ont pas fait appliquer le jugement de novembre 2019. Ils me doivent environ 10 000 euros. Mais là encore, il y aurait un problème dans mon dossier… »

Sollicitée, la préfecture de Paris n'a pour l'heure pas répondu à nos questions. « Toute cette histoire, c'est une succession de scandales, résume Emmanuelle Iches. Mon appartement a été squatté, la préfecture s'en est lavé les mains pour y loger une famille avec un enfant de 2 ans aujourd'hui, qui va désormais avoir droit à un relogement d'urgence dans le parc social avant tous les autres demandeurs. »