L’accident de voiture qui a fait deux blessés à Paris relance le débat sur la conduite des seniors

Après la sortie de route d’un octogénaire qui a grièvement blessé deux piétons mardi soir dans la capitale, des voix s’élèvent à nouveau pour réclamer des contrôles d’aptitude à la conduite obligatoires.

 Paris (15e), le 6 octobre 2020. Une voiture a percuté deux hommes, âgés de 30 et 34 ans, sur le trottoir de la rue de la Croix-Nivert.
Paris (15e), le 6 octobre 2020. Une voiture a percuté deux hommes, âgés de 30 et 34 ans, sur le trottoir de la rue de la Croix-Nivert. PHOTOPQR/Le Parisien/MAXPPP/Philippe de Poulpiquet

Ils sont dans un état « stationnaire ». Et leurs jours ne seraient plus en danger. Mais les deux hommes, âgés de 30 et 34 ans, fauchés par une « voiture folle » mardi soir sur le trottoir de la rue de la Croix-Nivert à Paris (15 e ), se trouvaient toujours ce mercredi dans un état qualifié de très préoccupant.

Le premier, qui souffre notamment d'un grave traumatisme crânien, a été hospitalisé à la Pitié-Salpêtrière. Le second, victime de multiples coupures, après avoir été littéralement projeté à travers la vitrine d'un commerce, est à l'hôpital Pompidou.

L'automobiliste qui les a renversés — un homme âgé de 80 ans qui se trouvait seul dans sa Tesla — n'a pas été blessé dans l'accident. Très choqué, il a d'abord été pris en charge par les pompiers avant les premières auditions. Laissé libre à l'issue, il va être convoqué au STJA (le service de traitement judiciaire des accidents) chargé de l'enquête.

Une embardée pour éviter un véhicule arrivant en face

Les dépistages alcoolémiques et toxicologiques de l'octogénaire se sont révélés négatifs. A « chaud », il a expliqué aux forces de l'ordre avoir perdu le contrôle de sa voiture après avoir fait une embardée pour éviter un véhicule arrivant en face.

« L'endroit où ce terrible accident s'est produit, à l'angle avec la rue Letellier, est assez accidentogène. J'ai déjà demandé à plusieurs reprises le réaménagement de ce carrefour, où il y a un problème de priorité mal signalé », note Philippe Goujon, maire (LR) du 15e, sans pouvoir indiquer si la configuration routière du site est en cause dans l'accident.

L'enquête qui débute à peine n'a pas encore permis de confirmer — ou de contredire — les explications de l'octogénaire. La violence de l'accident (la voiture a parcouru plus de 50 mètres sur le trottoir et pulvérisé pas moins de neuf potelets !) et différents témoignages faisant état d'une voiture qui s'emballe indiquent cependant que le conducteur a totalement perdu la maîtrise de son véhicule. Peut être sous l'effet de la panique.

«J'incarne, bien malgré moi, ce combat nécessaire»

De quoi relancer le débat sur la nécessité de vérifier l'aptitude des personnes âgées à prendre le volant. Cette question avait déjà agité le 15 e arrondissement après un accident « similaire » survenu il y a deux ans, presque jour pour jour, à quelques centaines de mètres de la rue de la Croix-Nivert.

Pauline Déroulède a perdu une jambe après avoir été percutée par une voiture en 2018. Avec des parlementaires, elle travaille  à la rédaction d’une proposition de loi pour que des tests d’aptitude à la conduite soient obligatoires. KMSP/Philippe Millereau
Pauline Déroulède a perdu une jambe après avoir été percutée par une voiture en 2018. Avec des parlementaires, elle travaille à la rédaction d’une proposition de loi pour que des tests d’aptitude à la conduite soient obligatoires. KMSP/Philippe Millereau  

C'était le 27 octobre 2018 à l'angle de la rue de la Convention et de la rue de Dantzig. Un automobiliste de 92 ans avait perdu le contrôle de sa voiture et avait fauché trois piétons sur le trottoir d'en face. Parmi eux, Pauline Déroulède, alors âgée de 27 ans, avait eu la jambe arrachée par la voiture folle.

« Après avoir appris cette affaire, mardi soir, je n'ai pas dormi de la nuit », avoue-t-elle ce mercredi, en s'identifiant aux victimes de ce nouvel accident. Depuis le drame qui lui a fait perdre sa jambe gauche, la jeune femme, qui tente de réapprendre à vivre, a engagé un combat pour inscrire dans la loi des tests d'aptitude à la conduite obligatoire.

« J'incarne, bien malgré moi, ce combat nécessaire », explique Pauline Déroulède, qui travaille depuis un an avec des parlementaires de tous bords à la rédaction d'une proposition de loi. « Nous avons des réunions de travail tous les deux mois à l'Assemblée nationale. Je dois voir prochainement la nouvelle déléguée à la sécurité routière. Le dossier avance… mais lentement ! »

Un système de contrôle en projet ?

La jeune femme et les parlementaires avec qui elle travaille plaident pour un système de contrôle d'aptitude à la conduite, non stigmatisant pour les personnes âgées. « Il pourrait s'agir de tests à passer obligatoirement, tous les dix ans dans un premier temps, tous les cinq ans à partir de 70 ans, tous les deux ans à partir de 80 ans… », explique Pauline Déroulède, confortée dans cette idée par un récent entretien téléphonique qu'elle a eu avec le nonagénaire responsable de son accident.

« J'avais demandé à la juge d'instruction à pouvoir le voir. Finalement, on s'est appelé. Il m'a avoué qu'il était conscient de ses capacités physiques déclinantes. Il avait d'ailleurs prévu d'arrêter définitivement la conduite en décembre 2018… Un mois après l'accident ! Cela m'a bouleversée », note la jeune femme. « Il m'a aussi dit que s'il y avait eu une loi l'empêchant de conduire, il l'aurait respectée ! », conclut-elle.