Julie, miraculée de l’incendie de la rue Erlanger : «Je ne dois pas gâcher cette chance d’être en vie»

Julie, professeur dans une école américaine, a retrouvé un logement, son travail, ses amis, la vie et même miraculeusement le manuscrit de son livre dans les gravats.

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 Julie a repris sa vie et a bien le sentiment «qu’il faut faire quelque chose de cette chance»… d’avoir attendu deux heures sur une corniche avant d’être secourue.
Julie a repris sa vie et a bien le sentiment «qu’il faut faire quelque chose de cette chance»… d’avoir attendu deux heures sur une corniche avant d’être secourue. DR

Deux ans après le drame du 4 au 5 février 2019, qui a coûté la vie à dix personnes, une commémoration sera organisée ce vendredi rue Erlanger ( Paris XVIe). A cette occasion, Le Parisien a rencontré trois femmes dont les vies ont basculé au cours de cette nuit atroce : Julie, qui ne veut pas «gâcher cette chance» d'être en vie; Claire, qui «ne peut pas oublier ceux qui sont partis» et Pascale, qui combat pour le souvenir de sa fille Adèle, qu'elle a accompagnée au téléphone jusqu'au dernier moment.

Chacun surmonte le drame à sa façon. «Mon père me dit que ce n'était pas mon heure. Et aujourd'hui, moi, je me dis que je suis en vie, et que je ne dois pas gâcher cette chance», réagit Julie, 53 ans, énergique professeur dans une école américaine de Saint-Cloud (Hauts-de-Seine).

Difficile cependant d'oublier les 18 années passées dans cet appartement de trois pièces au 7e étage du 17, bis rue Erlanger (XVIe). Ce réveil en pleine nuit et les flammes qui léchaient déjà ses murs. «A cet étage, une corniche fait le tour de la façade. J'ai rejoint trois autres personnes qui s'y étaient réfugiées. Je ne sais pas comment j'ai pu tenir deux heures à attendre que les pompiers nous sauvent. Il ne fallait pas bouger...»

«Pour rien au monde on n'oublierait son téléphone»

Sur sa corniche, Julie a pu prendre la photo de son appartement en feu. DR
Sur sa corniche, Julie a pu prendre la photo de son appartement en feu. DR  

Avant de sortir de chez elle, Julie avait pris un sac… et son téléphone. «Pour rien au monde on n'oublierait son téléphone», souligne-t-elle. A 20 mètres au-dessus du sol, elle a appelé son ami dans le Sud. Puis son père, pendant 45 minutes. «Heureusement, il était calme. Cela m'a aidée...»

Depuis, elle a retrouvé, par elle-même, un bel appartement dans le même quartier : «Mais à chaque fois que je rentre, je sais pourquoi je suis ici.» Dans les gravats de son ancien logement, elle a aussi miraculeusement retrouvé le manuscrit d'un livre de nouvelles qu'elle écrivait, alors que tout avait brûlé autour… Toutes les pages étaient imbibées d'eau. Elle a pu le reprendre dans l'espoir d'une publication. Aujourd'hui, elle pense travailler sur un second ouvrage : le récit des objets disparus dans l'incendie. Parce que vraiment, il est impossible d'oublier.

Dans les gravats… son manuscrit. DR
Dans les gravats… son manuscrit. DR