Une femme coincée dans un ascenseur à Paris, le technicien refoulé à cause de la journée sans voiture

Arrivé aux barrages installés aux portes de Paris ce dimanche, l’ascensoriste a été contrait de faire demi-tour pour cause de Journée sans voiture… La victime de cette mésaventure, Monique, 68 ans, fulmine.

 Paris, ce dimanche. La carte professionnelle de l’ascensoriste ne lui permettait pas de circuler dans les secteurs interdits aux voitures, au détriment d’une Parisienne restée coincée deux heures…
Paris, ce dimanche. La carte professionnelle de l’ascensoriste ne lui permettait pas de circuler dans les secteurs interdits aux voitures, au détriment d’une Parisienne restée coincée deux heures… LP/Jean-Baptiste Quentin

Monique s'en sort plutôt bien, mais la mésaventure que cette Parisienne de 68 ans a vécue dimanche, Journée sans voiture dans toute la capitale, la laisse plus agacée que jamais contre « cette mesure autocratique et dangereuse », dit-elle, de la maire de Paris.

En milieu de matinée, cette habitante de la rue de Bretagne (IIIe), en plein cœur de Paris, s'est retrouvée bloquée dans l'ascenseur de son immeuble, stoppé net entre le 1er étage et le rez-de-chaussée. Monique appelle alors le numéro d'urgence de l'ascensoriste de son immeuble, la compagnie Crealift, installée en banlieue parisienne.

«C'est scandaleux, absolument scandaleux»

L'entreprise envoie un dépanneur et le promet « dans la demi-heure », le temps d'arriver jusqu'au cœur de Paris… « Un dimanche, et en plus un dimanche de Journée sans voiture, ça devait bien rouler donc je n'étais pas très inquiète », raconte la retraitée, qui prend son mal en patience. Mais la demi-heure devient une heure, puis l'heure est dépassée…

« J'ai rappelé la compagnie car le dépanneur n'arrivait pas, le responsable a réussi à le joindre mais le technicien était coincé justement à cause de la Journée sans voiture ! continue-t-elle. Il était refoulé à un barrage policier installé porte Maillot ! C'est scandaleux, absolument scandaleux. »

Le dépanneur contraint de forcer les barrages

Plutôt débrouillard, le dépanneur finira par passer, en profitant d'un peu de distraction des policiers de contrôle, et Monique a été « libérée » de son ascenseur deux heures plus tard. Deux heures pendant lesquelles elle a eu le temps de beaucoup réfléchir à l'opération…

« J'ai la chance d'être en bonne santé et d'avoir un bon mental, mais si j'avais été quelqu'un de fragile, ou de malade, que serait-il arrivé ? De telles situations peuvent entraîner des conséquences graves, mettre la vie de personnes en danger, s'agace cette femme de médecin. Dans notre arrondissement du IIIe, nous sommes vraiment coincés à cause de ces mesures, des rues fermées tous les dimanches pour cause d'opération Paris Respire. Il est effarant que la mairie n'ait pas géré cet aspect de sa Journée sans voiture, et considère qu'une panne d'ascenseur n'est pas une urgence. »

Chez Crealift, on relativise, malgré le temps perdu aux portes de Paris. « C'est très rare, admet un responsable, nous mettons un point d'honneur à la rapidité d'intervention et généralement tout se passe bien, mais il est vrai que c'est parfois compliqué avec les policiers. La probabilité qu'il y ait des pannes un jour d'interdiction de rouler est faible, heureusement, mais comme nos techniciens n'ont pas de voitures siglées, leur seule carte professionnelle ne donne pas de passe-droit. »

Pas de dérogation pour les dépannages

De fait, leurs interventions ne sont pas considérées comme des urgences et, lors de l'annuelle journée sans voiture, la mairie de Paris ne délivre aucune dérogation. Seuls les médecins, pompiers, taxis, VTC, ambulances et autobus sont autorisés à rouler, en principe à la vitesse modérée de 30 km/h. Tous les autres, y compris un dépanneur en intervention, sont passibles d'une contravention à 135 euros.

Sollicitée, la mairie de Paris ne commente pas « l'incident », mais assure que « tous les artisans qui avaient des chantiers urgents ont été autorisés à passer ». En tout cas, dans le quartier de la rue de Bretagne, l'hypercentre de la capitale, chaque dimanche et toute l'année les habitants sont ainsi piétonnisés et le périmètre isolé par quatre barrages fixes et autant de barrages filtrants. « Si encore la maire de Paris nous proposait quelque chose à faire, mais non, ce qu'on nous propose c'est juste l'enfermement, et nous, on étouffe ! C'est une mesure autocratique », fulmine Monique au lendemain de sa mésaventure.

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