«Je suis prêt à prendre la température des clients» : des restaurateurs inquiets à Montmartre

Les restaurateurs du quartier touristique n’en sont pas encore à descendre dans la rue, mais redoutent de nouvelles restrictions du gouvernement si les indicateurs continuent de se dégrader dans la capitale face au coronavirus.

 Paris (XVIIIe), vendredi 2 octobre. Thierry Campion, gérant de la brasserie La Mascotte, Thierry Campion, gérant de la brasserie la Mascotte, se refuse à imaginer une nouvelle fermeture des restaurants.
Paris (XVIIIe), vendredi 2 octobre. Thierry Campion, gérant de la brasserie La Mascotte, Thierry Campion, gérant de la brasserie la Mascotte, se refuse à imaginer une nouvelle fermeture des restaurants. LP/Guillaume Georges

Pas de bruit de casseroles à Montmartre. Dans le quartier parisien Lepic - Abbesses, au pied de la célèbre Butte (XVIIIe), l'appel lancé par Philippe Etchebest, le médiatique chef bordelais aux restaurateurs, patrons de cafés et artisans, à faire du bruit ce vendredi à 11h45 n'a pas été relayé comme prévu. Tout juste quelques-uns ont fait une courte apparition sur leur pas-de-porte, un brassard noir au bras.

« Les commerçants sont en train de mourir », s'alarme pourtant Brice Moyse, président de l'association des commerçants Lepic Abbesses, qui regroupe 200 adhérents. Impactés par les attentats de 2015, les manifestations des Gilets jaunes, la grève des transports et maintenant le Covid, les commerçants de ce quartier déserté par les touristes ont le moral en berne. Plusieurs sont sur le point de baisser le rideau.

« Des établissements renommés vont mettre la clé sous la porte »

« Une douzaine de fonds de commerce ont été mis en vente aux Abbesses et plusieurs établissements renommés de la place du Tertre, qui vit uniquement avec les touristes, vont mettre la clé sous la porte », assure Brice Moyse, à la tête de cinq agences immobilières dans le secteur.

Octave Kasakolu, chef du bistrot Riwi et du restaurant gastronomique Les Tantes Jeanne/LP/Guillaume Georges
Octave Kasakolu, chef du bistrot Riwi et du restaurant gastronomique Les Tantes Jeanne/LP/Guillaume Georges  

Octave Kasakolu, chef des Tantes Jeanne, un restaurant gastronomique, et de Riwi, un établissement bistronomique, n'est pas dans son assiette. « Pendant le confinement, les charges se sont accumulées et on a reçu des mises en demeure des huissiers. On a hypothéqué le fonds de commerce du gastro et contracté un PGE (prêt garanti par l'Etat) de 150000 euros pour redémarrer grâce à la clientèle locale. Mais si demain les Tantes Jeanne devait une nouvelle fois fermer, l'établissement aurait bien du mal à survivre et nos fournisseurs et artisans seraient impactés eux aussi. »

LIRE AUSSI > Comment les restaurants pourraient rester ouverts dans les zones d'alerte maximale

Le restaurateur, qui déplore une perte de chiffre d'affaires de 80 % sur son établissement gastronomique et de 40 % sur son bistrot, attend du gouvernement qu'il annule les charges. « C'est la seule solution pour sauver le secteur de la restauration. »

En attendant, la perspective de nouvelles annonces sanitaires par le gouvernement inquiète Arnaud Wilhem, gérant du Nazir, une brasserie de la rue des Abbesses. « Une nouvelle fermeture des cafés et des restaurants serait catastrophique non seulement au plan économique et mais aussi sanitaire. Il est préférable de laisser les établissements ouverts car les règles sanitaires sont respectées. Sinon, les gens se retrouvent entre eux pour boire des verres, sans appliquer la distanciation sociale. »

Arnaud Wilhelm, gérant du café le Nazir, et Brice Moyse, président des commerçants Lepic-Abbesses./LP/Guillaume Georges
Arnaud Wilhelm, gérant du café le Nazir, et Brice Moyse, président des commerçants Lepic-Abbesses./LP/Guillaume Georges  

Un scénario que son voisin Thierry Campion, gérant de la brasserie la Mascotte, un des hauts lieux de la vie montmartroise, se refuse à imaginer. « Si le gouvernement met en place de nouvelles mesures sanitaires, pour limiter la propagation du virus, je les appliquerai, quitte à prendre moi-même la température des clients à l'entrée si tout mon personnel est sur le pont. »

VIDÉO. Philippe Etchebest : «Si on nous referme, c'est une mort assurée»