«J’ai honte pour vous» : le débat sur les violences sexuelles électrise le Conseil de Paris

Un collectif féministe a manifesté ce mardi, avant l’ouverture de séance, contre le retour de Christophe Girard en politique. La droite a de son côté attaqué la majorité d’Anne Hidalgo sur son inaction.

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 Paris, ce mardi. Le collectif de féministes les Grenades et des élues de gauche ont manifesté pour réclamer la démission de Christophe Girard et Maxime Cochard.
Paris, ce mardi. Le collectif de féministes les Grenades et des élues de gauche ont manifesté pour réclamer la démission de Christophe Girard et Maxime Cochard. LP/Christine Henry

« Pff… On pourrait passer à autre chose et arrêter de parler de harcèlement sexuel? » Dans les couloirs de l'Hôtel de Ville de Paris, au sein de l'équipe de la maire (PS) Anne Hidalgo, c'est peu dire que le climat ambiant succédant aux scandales sexuels liés à la sphère politique locale commence sérieusement à embarrasser.

Alors que ce mardi s'ouvrait le premier Conseil de Paris de l'année 2021, le sujet a une fois de plus été à l'ordre du jour. Car Christophe Girard, visé par les féministes en juillet pour ses relations avec l'écrivain pédophile Gabriel Matzneff et par une enquête préliminaire pour viol sur mineur classée sans suite en raison de la prescription des faits, a décidé de revenir siéger après sa mise en retrait.

L'ancien pilier de la majorité municipale, devenu simple conseiller de Paris au lendemain de sa démission de son poste d'adjoint, a siégé sur les bancs des non-inscrits après son exclusion, jeudi dernier, du groupe Paris en commun (PS et apparentés). De quoi attiser la colère de la poignée de féministes du collectif les Grenades, rassemblées sur la place Saint-Gervais (IV e ) derrière une immense banderole rouge sur laquelle on pouvait lire : « Impunité des élus, c'est fini ».

« Nous exigeons la démission de Christophe Girard de tous ses mandats (NDLR : de conseiller de Paris et de conseiller d'arrondissement du XVIIIe), au nom de l'éthique en politique. Il est un emblème de l'ancien monde qui s'accroche et refuse de voir le changement », explique Casiopé, porte-parole du collectif.

Maxime Cochard également pointé du doigt

Les organisatrices de la manifestation demandent aussi la démission de Maxime Cochard, conseiller de Paris et du XIV e arrondissement, accusé de viol par un jeune militant. L'élu communiste dément toutefois et a porté plainte pour diffamation. La fédération du PCF lui a toutefois demandé de se mettre en retrait du Conseil de Paris.

Ceintes de leurs écharpes tricolores, trois conseillères de Paris, Danielle Simonnet (Parti de gauche) et les écologistes Raphaëlle Rémy-Leleu et Alice Coffin, connues pour leur militantisme, ainsi que la conseillère régionale (EELV) Annie Lahmer, ont pris part à la manifestation.

« Christophe Girard a le droit d'être là aujourd'hui mais si j'étais à sa place, je démissionnerais. Je crois qu'il ne comprend pas en quoi il participe à un discours qui a longtemps aidé la pédocriminalité et la culture du viol à s'installer. On n'a pas la même tolérance sociale aux violences sexistes et sexuelles, au discours qui permet de construire l'impunité », a critiqué Raphaëlle Rémy-Leleu.

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Pour Alice Coffin, « Christophe Girard incarne la toute-puissance de certains hommes de pouvoir qui agissent en toute impunité ». L'activiste féministe s'est félicitée par ailleurs « du virage pris par le groupe Paris en commun qui a demandé l'exclusion » de l'élu.

Une élue LR appelle à créer une commission indépendante

Depuis le début de la nouvelle mandature d'Anne Hidalgo, quatre affaires d'agressions sexuelles ont directement éclaboussé l'Hôtel de Ville. Outre Christophe Girard et Maxime Cochard, l'ancien adjoint chargé de la Seine, Pierre Aidenbaum, accusé par une proche collaboratrice, a été mis en examen pour viols et a démissionné de ses fonctions. Un collaborateur de l'adjointe (EELV) chargée de la Santé, Anne Souyris, accusé de viol par une militante écolo, a pour sa part été renvoyé.

La droite n'a pas non plus manqué l'occasion de réagir, demandant que la classe politique fasse « son examen de conscience ». Nelly Garnier, élue LR et porte-parole du groupe Changer Paris, a ainsi déposé un vœu demandant la création d'une commission indépendante pour « prévenir les violences sexuelles et sexistes au sein de la Ville de Paris ». Mais celui-ci a été rejeté par l'exécutif, qui a rappelé que des actions de prévention des violences sexistes et sexuelles, ainsi que des formations, seraient mises en place pour tous les élus.

Alors que la présidente de l'opposition de droite, Rachida Dati, trépignait depuis son pupitre face à la réponse de l'adjointe chargée de l'égalité femme-homme, Hélène Bidard, Nelly Garnier n'a pas mâché ses mots à l'encontre de l'équipe d'Anne Hidalgo : « Autant d'autosatisfaction me laisse sans voix. J'ai honte pour vous. Pour cette gauche mondaine qui aura tout couvert. Pour cette gauche culturelle qui n'aura jamais hésité à abandonner les plus fragiles quand il s'agit de protéger les siens. Pour cette gauche pour qui ce n'est jamais du viol mais de l'amour. Ce n'est pas de la pédophilie, c'est de la littérature, de la photographie. J'ai honte pour vous. »