Incendie de la rue Erlanger : une funeste commémoration et encore beaucoup de questions

Deux ans après le drame, l’instruction sur l’incendie de la rue Erlanger (XVIe) n’est pas bouclée. Des expertises ont toujours lieu pour déterminer le degré de responsabilité de la présumée incendiaire.

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 Dix personnes ont perdu la vie dans l’incendie qui a ravagé cet immeuble de la rue Erlanger (XVIe) dans la nuit du 4 au 5 février 2019.
Dix personnes ont perdu la vie dans l’incendie qui a ravagé cet immeuble de la rue Erlanger (XVIe) dans la nuit du 4 au 5 février 2019. B. MOSER/BSPP

Deux ans après le drame du 4 au 5 février 2019, qui a coûté la vie à dix personnes, une commémoration sera organisée ce vendredi rue Erlanger ( Paris XVIe). A cette occasion, Le Parisien a rencontré trois femmes dont les vies ont basculé au cours de cette nuit atroce : Julie, qui ne veut pas «gâcher cette chance» d'être en vie; Claire, qui «ne peut pas oublier ceux qui sont partis» et Pascale, qui combat pour le souvenir de sa fille Adèle, qu'elle a accompagnée au téléphone jusqu'au dernier moment.

En ce 5 février, deux ans piles après le tragique incendie de la rue Erlanger (XVIe) qui a fait 10 morts et 96 blessés, le sort judiciaire de l'incendiaire présumée va revenir hanter les familles des victimes. Ce vendredi matin, un hommage sera rendu aux disparus sur les lieux.

Cette funeste nuit du 4 au 5 février 2019, quand les pompiers arrivent, c'est un mur de flammes et de fumée. Les gens, sur la corniche et aux bords des fenêtres hurlent. Certains sautent. A ce jour, la justice n'a pas encore bouclé le dossier. « Il est en cours d'instruction », confirme le parquet de Paris. Et une nouvelle juge a été saisie.

L'incendiaire présumée, Essia B., qui a été placée en détention provisoire, est mise en examen depuis le 8 février 2019 pour « destruction par incendie volontaire ayant entraîné la mort et des ITT ».

« Les expertises sont toujours en cours, prévient Sébastien Shapira, son avocate, pour déterminer l'éventuelle responsabilité pénale de ma cliente. »

L'immeuble était-il mal sécurisé ?

Les experts en psychiatrie ont cependant conclu à une « altération du discernement » mais pas « une abolition du discernement ». La différence est de taille et n'écarte plus sa responsabilité pénale.

Essia B. aujourd'hui 43 ans, avait un lourd passé psychiatrique. Entre 2009 et 2019, elle avait fait treize séjours en hôpital. Et comptait au total une trentaine d'hospitalisations en psychiatrie.

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L'incendiaire présumée avait aussi un problème d'addictions à l'alcool et aux stupéfiants. La nuit du drame, elle présentait un taux de 0,52 mg d'alcool par litre d'air expiré. Elle était également positive au cannabis, à la cocaïne et aux benzodiazépines.

Si Essia B. « conteste toujours sa responsabilité », plusieurs témoins ont cependant déclaré aux enquêteurs qu'elle s'était disputée violemment avec un voisin et qu'ils l'avaient vue ensuite incendier le palier de sa porte d'où est parti le sinistre.

« Existe-t-il cependant d'autres responsabilités, se demande une source proche du dossier pour expliquer un tel carnage, tant dans les interventions que dans la vitesse de la propagation du feu ? » Dans la ligne de mire, d'éventuelles défaillances côté immeuble : « Il n'y avait pas de portes coupe-feu. »

VIDÉO. «J'ai vu qu'elle allait mettre le feu»

Côté parties civiles, Antoine Vey, l'avocat d'une maman « absolument dévastée » qui a perdu sa fille, s'interroge aussi : « Est-ce que cet incendie qui s'est propagé aussi rapidement peut être de l'unique responsabilité de l'incendiaire présumé ? »

Le dossier Erlanger n'est pas prêt d'être clos… « Avec ma cliente, poursuit Antoine Vey, nous avons initié un travail pointilleux et minutieux visant à identifier une chaîne de responsabilités. On sait déjà que certaines composantes n'étaient pas aux normes. Nous allons saisir le juge d'instruction afin que toutes les investigations soient conduites sur ce volet. »