Immobilier à Paris : une chambre de 6,51 mètres carrés en vente pour 134000 euros !

Cette annonce immobilière qui propose une petite chambre située quai de Gesvres, dans le quatrième arrondissement de la capitale, a mis le feu aux poudres sur les réseaux sociaux.

 Paris (IVe), ce vendredi. Une chambre de 6,51 m² est en vente 134 000 euros quai de Gesvres (IVe). La mention indiquant que la location était autorisée grâce au volume a finalement été enlevée par l’agence.
Paris (IVe), ce vendredi. Une chambre de 6,51 m² est en vente 134 000 euros quai de Gesvres (IVe). La mention indiquant que la location était autorisée grâce au volume a finalement été enlevée par l’agence. LP/A.-L. A.

Peut-on tout vendre et à n'importe quel prix ? Oui, même si cela peut sembler choquant à certains… Mais on ne peut pas en faire ce que l'on veut en termes d'usage. C'est en tout cas ce qui ressort de la polémique qui entoure l'annonce d'un bien à vendre dans le IVe arrondissement de Paris. Le texte, qui propose une chambre de 6,51 mètres carrés à 134 000 euros quai de Gesvres, a enflammé le réseau social Twitter.

Avec un débat sur le caractère « décent », et donc légal, du logement et aussi sur la possibilité ou non pour l'acheteur de le louer. Century 21 répond que « tous les biens peuvent être vendus quelle que soit leur surface » et que le prix « est probablement dû à son emplacement ainsi qu'à son potentiel ».

Vue sur la tour Eiffel

Ce que confirme un membre de l'agence : « L'emplacement est exceptionnel. On est plein sud avec une vue sur la Seine et plusieurs monuments de Paris, dont la tour Eiffel, Notre-Dame… » Dans le quartier, le prix au mètre carré peut varier de 9000 à 30000 euros selon le responsable !

Quelques vues de l’annonce concernant la chambre de 6,51 mètres carrés mise en vente à 134 000 euros./DR
Quelques vues de l’annonce concernant la chambre de 6,51 mètres carrés mise en vente à 134 000 euros./DR  

Située au 6e étage, la chambre aux murs blancs et au sol en tomettes cuites, fait 8,41 mètres carrés au sol, mais 6,51 mètres carrés loi Carrez. Grâce à sa hauteur sous plafond, elle est équipée d'une mezzanine de couchage une place, d'une kitchenette, d'une douche, d'un WC sanibroyeur séparé et bénéficie même d'un ascenseur jusqu'au 5e étage, plaide l'agence.

«Le pire c'est que ce genre d'annonce ne nous choque plus»

Mais les Twittos n'en démordent pas : « Il faut 9 m² pour avoir le droit d'appeler une pièce « chambre » », insiste une « chasseuse » dans l'immobilier. « Le pire c'est qu'en tant que Parisien, ce genre d'annonce scandaleuse ne nous choque même plus… On marche sur la tête », enchérit une autre utilisatrice.

Selon Charlie Cailloux, juriste chez Pap.fr (le site De particulier à particulier), l'annonce est bien légale car on peut vendre à n'importe quel prix « même si on trouve cela honteux ». Ce qui est plus contestable, c'est de mentionner ce bien comme pouvant être loué, ce qui était le cas dans l'annonce initiale. Celle-ci indiquait « Le volume est de plus de 20 m3 ce qui autorise une location. Idéal pied à terre ou bureau […] RARE ».

Or, si on peut acheter ce bien pour son usage personnel ou celui d'un proche, il y a un risque à le louer comme logement. Selon le juriste, on a deux textes qui s'opposent. Un décret de 2002 sur les caractéristiques d'un logement décent et les règlements sanitaires départementaux. Le décret précise qu'il faut qu'il y ait une pièce principale d'au moins 9 mètres carrés avec une hauteur sous plafond au moins égale à 2,20 mètres, soit un volume habitable au moins égal à 20 mètres cubes. Ce dernier point a servi d'argument à l'agence.

La mention sur la location a été retirée de l'annonce

Mais il y a aussi les règlements sanitaires départementaux qui sont parfois plus stricts que le décret. Celui de Paris stipule qu'au moins l'une des pièces principales du logement doit avoir une surface supérieure à 9 m². Dans une affaire opposant un locataire à son bailleur dans les Hauts-de-Seine, la Cour de cassation a ainsi estimé en 2015 que c'est le règlement sanitaire qui prévalait. « Je déconseille d'acheter ce bien pour un investissement locatif », prévient Charlie Cailloux.

Paris, ce vendredi. La mention indiquant initialement que la location était autorisée a finalement été enlevée de l’annonce par l’agence. LP/A.-L. A.
Paris, ce vendredi. La mention indiquant initialement que la location était autorisée a finalement été enlevée de l’annonce par l’agence. LP/A.-L. A.  

Le service juridique de Century 21 a alerté l'agence et cette dernière a rapidement enlevé la mention sur la location dans l'annonce. « J'ai eu une formation. Je pensais que le décret s'appliquait. Je ne savais pas que le règlement sanitaire local prévalait et je pense que je ne suis pas le seul », glisse le responsable. Ce dernier précise avoir communiqué l'information aux cinq agences de son réseau.

Il prévoit évidemment un désintérêt de la clientèle d'investisseurs pour ce bien, mais ce dernier peut, selon lui, intéresser des acheteurs souhaitant y faire un bureau ou un point de chute à Paris « pour éviter l'hôtel ». « Une dame a visité la chambre hier dans cet objectif », confirme une collaboratrice. Selon l'agence, la propriétaire ne comprend pas tout le bruit qui est fait autour de ça. « Elle s'en servait elle-même comme pied à terre ou pour son fils et y a été très heureuse », reprend le responsable. Ce dernier précise avoir un à deux biens sous les 9 mètres carrés à vendre par an.