Immersion dans le Paname de la Belle Epoque avec la série «Paris police 1900»

Chaque lundi sur Canal+, la série créée par Fabien Nury reconstitue la capitale en pleine affaire Dreyfus, s’inspirant de faits et de personnages réels.

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 Jérémie Laheurte (Jouin), dans l’épisode 1 de la série «Paris police 1900».
Jérémie Laheurte (Jouin), dans l’épisode 1 de la série «Paris police 1900».  Rémy Grandroques 2019

Des calèches sur les quais de Seine, la crasse dans les faubourgs, le luxe dans les hôtels particuliers. Et une capitale à l'atmosphère explosive alors que la République vacille, en pleine affaire Dreyfus. La série « Paris police 1900 », lundi sur Canal + (à 21 heures) immerge les téléspectateurs au cœur de Paname en 1899, à une époque pas si belle où l'antisémitisme a pignon sur rue et les anarchistes sont à l'affût.

Son créateur Fabien Nury, auteur de bandes dessinées et de la série « Guyane », s'est inspiré de faits véridiques pour imaginer ce thriller politico-historique qui démarre avec la découverte d'un tronc féminin enfermé dans une valise dans ce Paris brillamment reconstitué sur huit épisodes.

Un fait divers et des personnages réels

« La première clé du travail, c'est la documentation », défend Fabien Nury, qui a passé un an à collecter des éléments sur la fin du XIXe siècle et à traquer les détails pour alimenter des scènes. « Il s'agissait d'essayer d'extrapoler sur la base de la réalité, ajoute-t-il. L'affaire de la valise sanglante, non résolue en avril 1899, est bien renseignée. Comme celle du Fort Chabrol. Elles n'ont rien à voir et j'ai essayé d'inventer un lien ».

Parmi les personnages réels portés à l'écran, Jules Guérin, président de la Ligue antisémitique et directeur du journal « l'Antijuif », s'est effectivement retranché 38 jours, du 12 août au 20 septembre 1899, dans un immeuble, 51, de la rue de Chabrol (Xe) alors qu'il allait être interpellé. À ses côtés dans la série, les bouchers de la Villette antidreyfusards qui servirent de gros bras et le député Édouard Drumont, l'une des figures de l'antisémitisme de la France d'alors.

On découvre aussi le préfet de police Louis Lépine, rappelé pour remettre de l'ordre dans la capitale, qui créa en 1924 une « brigade spéciale » rebaptisée « brigade criminelle » vingt ans plus tard. Il fut également à l'origine des brigades cynophiles et fluviales et équipa des policiers de vélos Hirondelle, vus dans la fiction. C'est grâce à lui qu'a vu le jour le musée de la Police, situé depuis 1909 rue de la Montagne-Sainte-Geneviève (Ve). « Je me suis demandé s'il y avait des femmes à la préfecture de police à cette époque, raconte Fabien Nury. Il n'y en avait pas avant 1914, à l'exception de 12 nones qui s'occupaient des détenus. »

Chef du service de l'identité judiciaire, Alphonse Bertillon a pour sa part contribué à l'avènement de la police scientifique et de l'anthropométrie judiciaire, cette méthode de fichage des criminels. Quant à Jeanne Chauvin, elle fut la première femme avocate – elle prêta serment au barreau de Paris le 19 décembre 1900 – et la première à plaider en 1901.

Antisémitisme et violences

« La barbarie de l'époque m'a sauté aux yeux : la violence politique insensée, la haine antisémite, la dictature masculine, les violences conjugales, la dureté du droit avec ces constats d'adultère notamment. On pouvait répudier une femme infidèle alors qu'il y avait des bordels partout dans Paris », confie le créateur de la série.

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Les violences antisémites ? « Quand j'ai découvert le siège de Fort Chabrol avec des émeutes dans toute la ville, j'ai halluciné, poursuit Fabien Nury. Le journal l'Antijuif se vendait à 30 000 exemplaires, l'Assemblée nationale comptait 23 députés antisémites en 1899. » La scène où Jules Guérin harangue les foules dans son théâtre et égorge un cochon ? « Il faisait ce genre de discours trois fois par semaine et j'ai repris des verbatims », argue le scénariste.

Pas simple de tourner dans Paris

« On a essayé d'aller au maximum vers le vrai Paris plutôt que de tout reconstituer en studio », insiste le chef décorateur, Pierre Quéfféléan, césarisé pour le film « Au revoir là-haut ». L'équipe a tourné rue Malebranche, dans le Ve arrondissement, la moins abîmée par la modernité mais qui a subi un lifting façon XIXe siècle. La façade d'une boutique a été rhabillée, le sol goudronné recouvert de terre et de paille, un échafaudage de l'époque installé pour masquer un immeuble contemporain.

Pour les bureaux du 36, quai des Orfèvres, reconstitués en partie en studio, le chef décorateur s'est inspiré de photos. Notamment pour recréer le laboratoire de Bertillon, équipé grâce aux trésors dénichés chez des collectionneurs et au musée de la Police. Outre un hôtel particulier à l'abandon à Crèvecœur-en-Bry (Seine-et-Marne), une usine de filage abandonnée à Balagny-sur-Thérain (Oise) a été investie et sa grange transformée en abattoirs de la Villette.

REPÈRES

La série. «Paris Police 1900» est diffusé depuis le 8 février sur Canal+, à 21 heures le lundi. La saison 1 comporte huit épisodes de 52 minutes.

L’histoire. 1899, la République est au bord de l’explosion, prise en étau entre les ligues nationalistes et antisémites et la menace anarchiste. Le cadavre d’une inconnue retrouvée dans la Seine va propulser un jeune inspecteur ambitieux au cœur d’une enquête criminelle qui va révéler un lourd secret d’État. Il va croiser la route de Lépine, de retour à la tête d’une Préfecture vérolée par les luttes de pouvoir, de la première femme avocate et d’une courtisane reconvertie en espionne… Ces personnages que tout oppose vont s’unir pour affronter un coup d’État.

Le casting. Jérémie Laheurte, Évelyne Brochu, Thibault Evrard, Marc Barbe, Eugénie Derouand…

Le tournage. À Paris, rue Malebranche et rue Le Goff, sur les Quais de Seine…. En Ile-de-France au Château de Crèvecoeur-en-Brie dans les studios de Bry-sur-Marne.