Paris : «Il y aura un responsable propreté dans chaque quartier», assure l’adjointe Colombe Brossel

Nouvelle adjointe en charge de la propreté à la Ville de Paris, Colombe Brossel annonce en exclusivité au Parisien une réorganisation de ses services à l’échelle des quartiers et le doublement des brigades «urgence propreté».

 Hôtel de Ville (IVe), le 8 octobre 2020. Colombe Brossel, adjointe (PS) à la maire de Paris en charge de la propreté de l’espace public, du tri et de la réduction des déchets, du recyclage et du réemploi.
Hôtel de Ville (IVe), le 8 octobre 2020. Colombe Brossel, adjointe (PS) à la maire de Paris en charge de la propreté de l’espace public, du tri et de la réduction des déchets, du recyclage et du réemploi. LP/Delphine Goldsztejn.

Elle a la tâche, exposée et délicate, de lutter contre la saleté dans les rues de la capitale. Un sujet au coeur de la dernière campagne des municipales et qui, selon plusieurs sondages ces derniers mois, reste la principale préoccupation des Parisiens. Nouvelle adjointe d'Anne Hidalgo, maire (PS) de Paris, en charge de la propreté de l'espace public, Colombe Brossel présente sa feuille de route pour le mandat qui s'ouvre. Et ses premières mesures.

La propreté reste un sujet d'insatisfaction majeur des Parisiens. Quels changements allez-vous mettre en place ?

Colombe BROSSEL. Le plus urgent, c'est de descendre d'un cran en appréhendant la propreté et l'entretien de l'espace public à l'échelle des quartiers. Nous allons désigner un responsable de la propreté dans chacun des 121 quartiers de Paris (NDLR : selon la cartographie des Conseils de Paris) qui sera chargé de repérer ou de récupérer tous les signalements sur les problèmes de propreté, qu'ils relèvent de la Ville ou pas : une corbeille qui déborde, une poubelle pas rentrée après la collecte, une rue sale mais aussi la malpropreté d'un chantier, des tags ou des affiches sauvages… Il sera aussi en lien avec les habitants et les acteurs du quartier : les syndics de copropriété, les amicales de locataires, les établissements scolaires, les commerçants, les maires d'arrondissement. Et aura une adresse mail et un numéro de téléphone sur lequel il sera joignable.

Quels autres engagements prenez-vous ?

Sur les espaces que l'on va rendre aux piétons ou aux mobilités douces ( les rues aux écoles, les espaces végétalisés), on se posera la question de l'entretien et de la propreté de la rue dans sa globalité, en se coordonnant notamment avec les services des espaces verts. Un exemple : aujourd'hui, les éboueurs ne sont pas responsables du nettoyage des jardinières! Il n'est pas acceptable qu'une rue soit balayée, lavée, aspirée mais que les jardinières restent pleines de canettes ou qu'il reste des tags ou des affiches sauvages sur les murs, parce que ces opérations manquent de coordination. Cela donne l'impression que l'environnement n'est pas propre.

Vous allez embaucher des agents supplémentaires ?

Nous allons doubler les effectifs des brigades « urgence propreté », qui vont passer de 84 à 168 agents d'ici à la fin de la mandature. Ces équipes, qui interviennent en journée dans tous les arrondissements pour nettoyer les salissures imprévues ou ramasser les dépôts sauvages, sont connectées directement à l'application de signalement Dans ma rue. Elles sont plébiscitées.

Quid du tri des déchets ?

L'objectif, c'est de déployer des poubelles de tri partout dans les rues de Paris, comme on l'a fait dans les espaces verts. En ce qui concerne les déchets ménagers, les chiffres montrent que les Parisiens trient mieux et réduisent même leurs déchets. On va les aider à continuer, notamment en installant des Trilib sur des places de stationnement, ces bennes qui permettent l'accès au tri aux Parisiens qui n'ont pas de poubelles jaunes en raison de l'exiguïté de leur local à poubelle. Il y en a déjà 88, on sera à 120 à la fin novembre.

Dans la précédente mandature, votre majorité a enchaîné quatre plans de propreté sans arriver à faire taire les récriminations…

Paris n'est pas sale tout le temps mais il y a des endroits ou des moments dans la journée où nous ne sommes pas à la hauteur du service que nous devons aux Parisiens. C'est maintenant qu'on doit engager ce choc de propreté, sur le traitement des points noirs. Il faut qu'on profite de cette période où on observe une baisse de fréquentation sur l'espace public (avec le nombre de touristes qui décroît et la hausse du télétravail) pour gagner la bataille de la propreté au quotidien.

Les critiques de l’opposition

Philippe Goujon (LR), maire du XVe considère la nomination d’un responsable propreté par quartier comme de la « poudre aux yeux ». Renvoyant la maire de Paris à sa promesse de campagne de doubler le budget consacré à la collecte des ordures et au nettoyage des rues, il lui suggère même d’en faire « la priorité numéro un de la collectivité ».

La maire du Ve, Florence Berthout (DVD, qui siège aujourd’hui avec les élus LREM), qui avait présidé une mission d’information et d’évaluation (MIE) sur la propreté est aussi dubitative : « Aujourd’hui, on n’a pas besoin d’un nouvel échelon d’encadrement qui va venir s’additionner aux autres. Mais de moyens humains et matériels. La réalité, c’est qu’en soirée et le week-end, il n’y a pas assez d’équipes pour intervenir dans les rues », constate-t-elle. L’élue pointe aussi le manque de matériel : « On a besoin de laveuses supplémentaires et d’agents pour les faire rouler mais aussi d’aspirateurs Glutton qui permettent de nettoyer correctement les trottoirs et les caniveaux ».

Sans jouer les Cassandre, la maire du Ve met en garde la majorité : « Il y a une forme de ras-le-bol des Parisiens à qui on annonce une refonte de la propreté tous les ans mais qui ne voient pas d’amélioration ».