«Il est hors de question de renoncer à ces logements sociaux» : à Paris, la majorité se (re)déchire

Ian Brossat, l’adjoint (PCF) d’Anne Hidalgo en charge du logement, reproche à ses alliés écologistes de la majorité d’avoir fait capoter un projet de logements sociaux dans le 16e arrondissement.

 Le permis de construire de ce programme de logements sociaux rue Erlanger, à Paris (16e), a été annulé par le tribunal administratif.
Le permis de construire de ce programme de logements sociaux rue Erlanger, à Paris (16e), a été annulé par le tribunal administratif. DR

Après la polémique autour de la dénomination d'une rue Samuel-Paty dans la capitale, les écologistes parisiens traversent une nouvelle tempête. Ils se voient purement et simplement reprocher par une partie de la gauche d'avoir aidé la droite à remporter la bataille contre un projet de construction de logements sociaux dans le très cossu 16e arrondissement. Au moment où la maire (PS) de Paris, Anne Hidalgo, tente de remettre dans le rang ses alliés écologistes, l'affaire met de l'huile sur le feu.

Au cœur de la polémique, un projet de construction de 80 logements sociaux, dont 25 réservés à l'hébergement de sans-abri, d'une crèche et d'une école dans une cour de récréation au 58, rue Erlanger (16e), à 200 mètres du bois de Boulogne. Lancé par la Ville en 2016, avec son bailleur social Paris Habitat, le projet est contesté localement.

Logement social contre bétonisation

La semaine dernière, le tribunal administratif, saisi par des associations, a ainsi prononcé l'annulation du permis de construire déposé par Paris Habitat. Ironie de l'histoire, le juge a notamment fondé sa décision sur le fait que le Conseil de Paris avait voté l'abandon du projet en 2019. Une décision rarissime arrachée de justesse à l'époque par la droite parisienne qui avait obtenu le soutien des alliés écologistes d'Anne Hidalgo, opposés pour leur part à la « bétonisation » de la capitale.

Ce nouveau rebondissement judiciaire rouvre des cicatrices profondes au sein de la majorité municipale depuis la réélection d'Anne Hidalgo. Si la maire de Paris s'est bien gardée de nourrir la polémique, se contentant de réaffirmer mercredi, lors de ses vœux, sa volonté de poursuivre la construction de logements sociaux dans la capitale, ses proches n'ont pas manqué de réagir sur les réseaux sociaux.

Même Emmanuelle Cosse, l'ancienne ministre EELV du Logement sous Hollande, désormais présidente de l'Union sociale de l'habitat, qui fédère 700 organismes HLM, a tenu à exprimer sa « honte » de voir que les « écologistes rejoignent les recours délétères de la droite conservatrice du 16e contre le logement social et l'accès au logement des sans-logis ».

Le communiste Ian Brossat à boulets rouges

Mais la charge la plus rude vient de l'adjoint (PCF) au logement à la mairie de Paris, Ian Brossat, joint au téléphone, qui ne mâche pas ses mots. « Il est hors de question de renoncer à ces logements sociaux pour familles et cette résidence sociale pour SDF », prévient cet allié fidèle d'Anne Hidalgo, en balayant d'un revers de main les arguments des opposants, y compris écologistes. « Le 16e est l'un des arrondissements les plus déficitaires en logements sociaux (NDLR : avec seulement 7 % du parc) et le moins dense de Paris », rappelle-t-il.

« Le projet sur lequel nous avons été élus n'est pas de faire de Paris un petit paradis vert réservé aux riches mais de mener de front le combat pour l'écologie et pour la justice sociale. Le logement social est l'un des fondamentaux de notre majorité municipale depuis 2001. Je ne veux pas qu'on sacrifie le social sur l'hôtel d'une certaine conception de l'écologie », attaque encore l'élu communiste, en demandant à ses collègues écologistes de la majorité de clarifier leur vision de la ville.

Les élections régionales en ligne de mire

« On n'atteindra pas le seuil de 25 % de logements sociaux en 2025, fixé par l'ancienne ministre écologiste Cécile Duflot, si on ne construit pas », insiste encore Ian Brossat. Sous la précédente mandature, entre 3000 et 5000 logements sociaux neufs ont été construits, ce qui porte le pourcentage à 21 %.

Avec les élections régionales en ligne de mire, Ian Brossat ne manque pas d'interpeller Julien Bayou, candidat EELV en Ile-de-France et secrétaire national du parti écologiste. « Il a commencé comme militant du droit au logement. Il occupait des immeubles avec Jeudi noir. Comment peut-il accepter que ses amis fassent alliance avec les amis de Madame Pécresse (NDLR : présidente de la région Ile-de-France, Libres !) pour empêcher un projet de logement social. »

Newsletter L'essentiel du 75
Un tour de l'actualité à Paris et en IDF
Toutes les newsletters

Face à la polémique naissante sur les réseaux sociaux, le groupe EELV au Conseil de Paris avait anticipé la charge de « l'allié » communiste dans un communiqué : « Le tribunal administratif vient d'annuler le projet de la rue Erlanger, qui prévoyait la construction d'un immeuble de huit étages sur un espace de respiration, car il ne respectait pas les règles que la Ville de Paris s'est fixées dans le cadre de son PLU en matière d'intégration dans le paysage architectural avoisinant. »

La cour de récréation au cœur de la polémique

« Nous avons regretté, insistent les Verts, la part trop importante prise par la densification dans le projet, son impact pour les écoliers qui passeraient de 150, avec une cour de récréation de 1000 mètres carrés, à 450, se partageant une cour réduite à 500 mètres carrés. Le tout avec l'installation d'un filet pour éviter la chute d'éventuels objets par les fenêtres des futurs immeubles entraînant une dégradation de la qualité de la cour des écoliers. »

« Cette décision du tribunal administratif, concluent les Verts, doit être l'occasion d'une révision du projet permettant d'allier véritablement les différentes composantes du projet porté par la municipalité : justice sociale et respect de la nature en ville. »

De son côté, le nouveau maire (LR) du 16e, Francis Szpiner, dénonce « non pas la volonté de créer des logements sociaux mais le déséquilibre du projet ». L'adjoint au logement Ian Brossat promet bien de travailler avec les équipes de Paris Habitat pour adapter son projet avant de déposer un nouveau permis de construire.