Harcèlement : quel bilan pour la cellule d’écoute de la Ville de Paris ?

Créé en 2016 à destination de ses agents, le «Service d’accompagnement et de médiation» de la Ville de Paris reçoit en moyenne cinq appels par jour, dont une minorité pour des affaires de harcèlement.

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 Quatre affaires d’agissements sexistes et de harcèlement sexuel ont été traitées en 2019 par la cellule. Tandis que 133 appels pour « ressenti de harcèlement moral » avaient été reçus (Illustration).
Quatre affaires d’agissements sexistes et de harcèlement sexuel ont été traitées en 2019 par la cellule. Tandis que 133 appels pour « ressenti de harcèlement moral » avaient été reçus (Illustration). LP/Arnaud Journois

L'« affaire Baupin » avait, en juin 2016, incité à sa création. Alors que plusieurs élues et collaboratrices de l'ex-adjoint de Bertrand Delanoë, maire (PS) de Paris de 2001 à 2014, avaient accusé le député EELV de harcèlement sexuel (l'affaire a été classée sans suite le 6 mai 2017, pour prescription), la Ville avait décidé de mettre en place une « cellule » d'écoute. Objectif : permettre à son personnel de s'exprimer sur de potentielles affaires de harcèlement sexuel ou moral.

Mais en quatre ans, et alors que ces questions perturbent encore la vie du Conseil de Paris, à quoi a-t-elle servi? « Nous n'avons jamais eu de retour sur la cellule », regrette Danielle Simonnet, élue LFI.

Ce que l'on nomme le « Service d'accompagnement et de médiation » comprend 19 membres : 3 agents à la cellule d'écoute, 9 psychologues, 4 conseillers en addictologie, 1 médiateur des conflits au travail, 2 agentes.

Ces trois dernières années, le nombre d'appels reçus est resté relativement stable : 2757 en 2018 (dont 1400 concernant le strict périmètre de la Ville), 2445 en 2019 (1407) et 2439 en 2020 (1142). Soit une moyenne de cinq appels par jour pour les affaires municipales.

« Beaucoup sont aussi de simples demandes de renseignements dans le cadre de la vie professionnelle, précise Antoine Guillou, adjoint d'Anne Hidalgo, la maire (PS) de Paris, chargé des ressources humaines. Les situations graves sont heureusement minoritaires. Il peut s'agir d'un malaise ressenti au sein d'un service, parfois de pressions de la part de l'encadrement, de situations personnelles compliquées… »

Le processus est toujours le même : la personne contactant la cellule est orientée vers le dispositif où elle est reçue par la référente et une psychologue pour une évaluation. Si la présomption se confirme, et avec l'accord de l'agent, sa situation est présentée en « Equipe pluridisciplinaire » pour des préconisations (enquête administrative, formation, rappel du cadre…). Parfois, un signalement au service des ressources humaines suffit ; parfois, les « victimes » ne souhaitent pas de démarches particulières.

62,5 % des appels proviennent de femmes

En cas de situation grave, une « procédure d'urgence » peut être activée avec signalement au procureur de la République. Une mesure de protection immédiate est alors demandée dans les 72 heures. Ce fut notamment le cas en septembre dernier lorsque la collaboratrice de Pierre Aidenbaum, ex-adjoint à la Seine, avait révélé des faits de harcèlement sexuel. En parallèle, le plaignant peut être orienté pour une prise en charge psychologique.

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En 2019, 62,5 % des appels provenaient de femmes et 37,5 % d'hommes. Quatre affaires d'agissements sexistes et de harcèlement sexuel ont été traitées cette même année contre 11 en 2018. Tandis que 133 appels pour « ressenti de harcèlement moral » avaient été reçus.

Entre janvier 2017 et octobre 2019, 22 enquêtes administratives et deux procédures d'urgence ont été déclenchées par l'équipe du service. Avec, parfois, des sanctions à la clé. En 2019, un conseil de discipline avait ainsi eu lieu pour des faits de harcèlement sexuel (révocation car récidive) et trois pour propos sexistes avec sanction allant jusqu'à une exclusion de quatre mois. En 2020, il y a eu trois conseils de discipline pour des faits de harcèlement sexuel (exclusion allant jusqu'à 9 mois) et un pour propos racistes (exclusion de 6 mois).

Des procédures anonymes

Des élus ont-ils été ciblés par des appels d'agents se sentant harcelés ? Motus et bouche cousue. Motif invoqué : l'anonymat des affaires soulevées par les appels. « Je n'en ai pas connaissance pour une simple et bonne raison : je ne dois pas en avoir connaissance. Le but est que le service fonctionne de manière anonyme et sécurisée pour les agents qui appellent », rétorque Antoine Guillou.

« Sur les trois dernières années, les sollicitations sont plutôt stables mais nous continuons à travailler pour que le service soit bien connu des agents, ajoute Antoine Guillou. Et nous continuons aussi la formation sur la prévention autour des comportements interdits ou nocifs, que ce soit à l'égard des agents, des collaborateurs de cabinet et aussi des élus. »