Grand froid : Paris ouvre un gymnase pour héberger les sans-abri

Quelques heures après le déclenchement du plan « grand froid », la mairie de Paris a ouvert ce mardi 45 places d’hébergement pour les sans-abri dans un gymnase du XXe arrondissement.

 Rue des Pyrénées (XXe), mardi soir. La ville de Paris a aménagé à la hâte un centre d’hébergement de 45 places dans un gymnase.
Rue des Pyrénées (XXe), mardi soir. La ville de Paris a aménagé à la hâte un centre d’hébergement de 45 places dans un gymnase. LP/Benoit Hasse

« Normalement je dors à droite, à gauche. Dans des halls d'immeubles, des entrées de parking… Je me débrouille quoi. Mais là, il fait vraiment trop froid. Rester dehors, c'est l'horreur. Alors aujourd'hui, quand on m'a dit qu'ils ouvraient des places ici, j'ai immédiatement demandé à venir. »

Ce mardi soir, Brendon, 28 ans, a été l'un des premiers sans-abri à se présenter au gymnase des Pyrénées (XX e ), transformé quelques heures plus tôt en un centre d'hébergement d'urgence pour les hommes isolés à la rue. « Nous avons équipé ce site dans le cadre du plan grand froid qui a été déclenché aujourd'hui », explique un agent du CASVP (Centre d'action sociale de la Ville de Paris) qui va gérer ce site provisoire.

« Il y avait urgence »

Normes sanitaires obligent, seulement 45 lits de camp espacés de deux mètres ont pu être installés sur le terrain de sport. Ils vont accueillir des hommes à la rue — orientés par le 115, le CASVP, l'Unité d'assistance aux sans-abri de la mairie ou encore les différentes maraudes associatives — tant que le mercure se maintiendra largement sous la barre du zéro degré. « Ce n'est pas qu'un accueil de nuit. Les personnes hébergées pourront rester durant la journée si elles le souhaitent », précise un des nombreux travailleurs sociaux qui s'affairent à l'installation du centre d'accueil.

« Il y avait urgence », indique Anne Hidalgo, qui vient visiter le gymnase en début de soirée, accompagnée de son premier adjoint et d'Eric Pliez, maire du XX e et ancien président de l'association sociale Aurore qui vient en aide aux sans-abri. Lundi, la mairie de Paris s'était inquiétée de la lenteur de la préfecture à déclencher le plan grand froid (qui permet la mobilisation de moyens d'hébergements supplémentaires).

Anne Hidalgo maintient la critique à demi-mot. « Le plan grand froid a finalement été déclenché aujourd'hui (mardi) à 14 heures. Tant mieux… Mais on savait depuis plusieurs jours que cette vague de froid arrivait », note la maire de Paris en insistant sur la participation de la Ville au dispositif d'hébergement d'urgence « qui est une compétence de l'Etat ».

Le dispositif d'hébergement hivernal mis en place par la préfecture dès la mi-octobre avait abouti à l'ouverture de 5 200 places en Ile-de-France (la moitié dans la capitale). Depuis lundi, 600 places supplémentaires sont venues renforcer le dispositif. « Dont 120 mises en place par la mairie de Paris », insiste l'entourage d'Anne Hidalgo.

« La situation sociale est très dégradée »

« Dans le cadre de l'aide alimentaire, nous distribuons désormais 22 000 paniers-repas par jour. Deux fois plus que l'an passé à la même période. La situation sociale est très dégradée », conclut la maire de Paris avant de partir accompagner une des maraudes renforcées qui vont aller au-devant des sans-abri.

Ce n'est pas Brendon, l'un des premiers hébergés du gymnase, qui dira le contraire. Le jeune homme, ancien animateur périscolaire pour la ville de Paris, a perdu son contrat (et son logement) durant le 1er confinement, il y a bientôt un an. Un ami qui se repose sur le lit de camp voisin explique, lui, qu'il a perdu ses petits boulots sur les marchés à la même époque. Il est à la rue depuis.

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A l'autre bout du gymnase, loin d'être rempli en tout début de nuit, Samuel, 67 ans, explique qu'il est à la rue depuis plus de 8 ans. Malgré son statut de prioritaire Dalo (droit au logement opposable). Le sexagénaire qui vit du RSA espère juste « souffler » quelques jours dans le gymnase avant de retrouver la rue. L'équipement provisoire restera ouvert « au moins » jusqu'à dimanche… et plus si les températures polaires se maintiennent.