Etalages de rue gratuits à Paris : les commerçants séduits, mais...

Mardi, la Ville a annoncé qu’elle offrira aux commerçants le droit d’étendre leur activité sur la voie publique, du 1er décembre au 3 janvier. Une annonce séduisante mais qui ne sera pas utilisée par tous. Réactions.

 Comme les restaurants, les commerçants vont avoir le droit d’occuper gratuitement le trottoir ou les places de parking, du 1er décembre au 3 janvier.
Comme les restaurants, les commerçants vont avoir le droit d’occuper gratuitement le trottoir ou les places de parking, du 1er décembre au 3 janvier. LP/Olivier Arandel

Alice, cofondatrice de la boutique Alma Grown in town, est emballée par l'initiative, qu'elle a découverte mardi dans les médias. A partir de mardi prochain et jusqu'au 3 janvier, les commerçants de Paris qui le souhaitent pourront s'étendre sur la voie publique — trottoirs ou places de parking —, gratuitement et à condition de signer une charte de bonne conduite en ligne.

Avec son associée, Marion, la gérante de cette jardinerie urbaine de la rue Keller (XIe arrondissement) compte bien investir dès mardi prochain « une place et demie de parking » devant sa boutique. « Ça me permettra de tripler ma surface de vente à l'extérieur », se réjouit la trentenaire qui occupe déjà une petite place payante sur la voirie. Sur cet emplacement qu'elle compte aménager légèrement avec des palettes, Alice proposera à la vente « une trentaine de sapins de Noël ». De quoi donner une belle visibilité à son activité en cette période difficile, même si la commerçante a eu la chance de pouvoir garder portes ouvertes pendant le confinement.

Occuper les places… avant les automobilistes

Seule contrainte : il faudra dès lundi soir être à l'affût pour pouvoir occuper la place… dès sa libération par une voiture. Et donc éventuellement, négocier avec les automobilistes qui ont l'habitude de s'y garer. « On va surveiller ça de près », annonce la chef d'entreprise, pas trop inquiète sur ce point.

Philippe, lui, dirige Mini Arty, un magasin de jouets qui a pignon sur rue, rue Caulaincourt, dans le XVIIIe, au pied de la butte Montmartre. Et pour lui aussi, l'idée d'un stand à l'extérieur est tentante. « C'est même très sympathique. Avec ma compagne, nous réfléchissons à ce que l'on pourrait en faire. Notre seule crainte, c'est que les jouets soient mouillés par la pluie ou la neige. Abîmés. Et puis aussi les vols : on ne peut pas avoir un œil partout. Mais pourquoi ne pas faire de l'espace offert un lieu de confection des paquets cadeaux ? Ou un espace d'accueil où les clients prendraient un café ou un vin chaud ? C'est assez enthousiasmant. Surtout après une pareille crise », annonce-t-il.

A la tête d'une boutique de 52 m2, Philippe réfléchit à son aménagement potentiel. « Le trottoir est assez large, après tout, et je fais 25 % de mon chiffre d'affaires de l'année entre novembre et décembre. » De l'avis de beaucoup de commerçants interrogés, cette extension provisoire pour les fêtes est une bonne idée. Pour autant, tous ne sont pas prêts à l'utiliser.

«Pas trop adapté au standing des Champs-Elysées»

Sur les Champs-Elysées (VIIIe), aux trottoirs larges, « l'idée pourrait surtout servir à gérer les files d'attente de façon plus organisée. La vente directe à l'étalage? C'est plutôt pour la bonne franquette. Ce n'est donc pas trop adapté au standing des Champs-Elysées », souligne-t-on chez les représentants des commerçants. « Les commerces de luxe ne pourraient pas s'étaler sur la rue. Je ne me vois pas vendre mes montres sur le trottoir », réagit Benjamin Cymerman, président du comité du faubourg Saint-Honoré voisin, lui aussi dans le VIIIe arrondissement.

«Franchement, cela dépend de la marchandise»

Dans le quartier plus populaire des Halles, Dominique Baudry, à la tête de sa boutique El Paso Booty, n'imagine pas non plus se lancer dans l'aventure. « Franchement, cela dépend de la marchandise. Pour de la fripe, c'est adapté. Mais pas pour les marchandises de qualité qui prendrait la pluie, le vent et la poussière. Sans parler du personnel supplémentaire qu'il faudrait pour surveiller l'intérieur et l'extérieur. ».

Yannick, caviste, responsable de Nysa, rue Ordener dans le XVIIIe, a la même réflexion. « C'est une bonne idée pour certains professionnels, Mais je ne compte pas en bénéficier personnellement. Je suis seul dans la boutique, et je ne vois pas comment je pourrais gérer les deux. Il faut évidemment surveiller un espace extérieur ».

«Ce n'est pas cette année qu'on va recruter des renforts»

« Agrandir le magasin sur l'extérieur ? Ce serait une très bonne chose. Malheureusement, ça ne va pas être possible. Pour des questions pratiques », renchérit la vendeuse d'un petit magasin de jouets situé dans l'étroite et très fréquentée rue de la Roquette (XIe). « Il faut qu'il reste suffisamment de places entre les étals et la rue pour permettre le passage d'une poussette. Et là, ça ne passerait pas », explique-t-elle en soulignant qu'il faudrait en outre une personne de plus pour gérer le stand extérieur.

« On est deux. Une à la caisse, une dans la boutique pour conseiller les clients… et ce n'est pas cette année qu'on va recruter des renforts », conclut la vendeuse qui se contentera, ce samedi, de retirer la table posée en travers de l'entrée pour laisser rentrer les clients. Six au maximum selon les nouvelles règles sanitaires.

«Si toutes les places sont occupées par nos tables, cela ne va pas arranger nos affaires»

Au nord-ouest de la capitale, Jean-Claude Janan, président des commerçants de l'avenue Clichy et Bessières (XVIIe), estime que « tout ce qui est favorable aux commerçants pour refaire leur trésorerie, est une bonne chose. Mais c'est sans doute plus adapté aux traiteurs ou vendeurs de fruits et légumes que pour les autres commerces, qui risqueraient du vol à l'étalage. »

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Rive gauche, d'autres commerçants pensent aussi… à leurs clients automobilistes. « Il faut déjà que les gens de la banlieue viennent et qu'on leur laisse les places de stationnement. C'est la priorité. Si toutes les places sont occupées par nos tables, cela ne va pas arranger nos affaires », réagit Jean-Loup Becker, depuis 54 ans à la tête de la boutique Merode avenue du Général-Leclerc, dans le XIVe arrondissement.