Etalage de rue des commerçants à Paris : «N’oublions pas de laisser la priorité aux piétons»

Les associations de piétons redoutent que l’extension des étals ne réduise encore l’espace disponible sur les trottoirs. Une « denrée » rare dans la capitale.

 Les piétons craignent de ne plus pouvoir circuler si les commerçants s’étalent davantage sur les trottoirs, déjà bien encombrés…
Les piétons craignent de ne plus pouvoir circuler si les commerçants s’étalent davantage sur les trottoirs, déjà bien encombrés… LP/Benoit Hasse

« S'ils rajoutent encore des obstacles, je passe où moi ? » Christiane, 72 ans, qui marche sur le trottoir de la rue du Faubourg-Saint-Antoine, côté impair (le plus étroit), vient de zigzaguer entre des poubelles pas encore rentrées, des encombrants pas encore ramassés et un vélo stationné le long d'une devanture. La retraitée avoue redouter l'installation d'étals provisoires devant les magasins non-essentiels autorisés à rouvrir ce samedi.

«Dans certaines rues, ça risque de devenir un peu plus compliqué de se déplacer»

Pour leur permettre de relancer leur activité malgré le protocole sanitaire renforcé, la mairie de Paris va leur permettre de s'agrandir en extérieur, en s'installant temporairement sur le trottoir ou sur des places de stationnement à partir de mardi prochain. « Dans certaines rues, ça risque de devenir un peu plus compliqué de se déplacer », en conclut Marie, une nounou qui déambule en donnant la main à deux enfants en bas âge dans la rue de Charonne. Le trio qui occupe toute la largeur du trottoir serait contraint de passer en file indienne s'il y avait un obstacle sur son chemin.

« Du calme ! Les commerçants ne vont quand même pas bloquer les trottoirs à partir de ce week-end », corrige Mehdi, un habitant du XIIe qui revient du marché par la rue d'Aligre (déjà réservée aux étals des commerçants et aux piétons tous les matins). Dans la rue Crozatier voisine, les commerces alimentaires qui sont restés ouverts disposent déjà tous d'étalages extérieurs. « Les commerces non alimentaires vont s'aligner dessus et ça se passera très bien », pronostique le riverain.

Jean-Paul Lechevalier, président de l'association 60 millions de piétons, n'en est pas aussi sûr. Son association avait déjà tiré le signal d'alarme sur les risques de réduction de l'espace dévolu aux piétons lors du premier déconfinement et de l'installation des terrasses provisoires pour les cafés et les restaurants. Les « étalages de Noël » seront installés selon le même principe; avec une simple déclaration et la signature d'une charte de bonne conduite par les commerçants concernés.

Un cheminement libre d'au moins 1,60 m

Pas de quoi rassurer Jean-Paul Lechevalier qui espère qu'il n'y aura pas d'abus. Le responsable associatif applaudit l'idée de réquisitionner les places de stationnement mais se dit très vigilant pour l'utilisation des trottoirs… déjà très encombrés par le mobilier urbain.

« Le règlement parisien impose de laisser un cheminement libre d'au moins 1,60 m. Sur les 3 000 km de trottoirs de la capitale, beaucoup ne sont guère plus larges et ne peuvent plus accueillir aucun équipement supplémentaire », note Jean-Paul Lechevalier. « En tout cas, s'il n'y a pas assez de place pour tout le monde, il faut laisser la priorité au piéton », conclut-il.