Espérance de vie : à Paris, c’est dans le 18e arrondissement que l’on meurt le plus jeune

A Paris, dans le populaire XVIIIe arrondissement, on vit moins bien et moins vieux que dans le XVIe, révèle une enquête de l’Observatoire régional de la santé. Une fatalité ? Les élus n’y croient pas.

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 A Paris, tous ne sont pas égaux devant la mort. L’espérance de vie est moins élevée dans les arrondissements populaires comme le XVIIIe.
A Paris, tous ne sont pas égaux devant la mort. L’espérance de vie est moins élevée dans les arrondissements populaires comme le XVIIIe. LP/Delphine Goldsztejn

Non, on ne vit pas aussi bien ni aussi longtemps dans tous les arrondissements de Paris. Les conditions sociales, sanitaires, éducatives, le niveau de vie, la pollution, la prévention médicale, l'occasion, ou pas, d'une pratique sportive, peuvent même être radicalement différents. Au point d'obérer l'espérance de vie. Surtout celle des hommes.

Et c'est même un monde qui sépare le populaire XVIIIe arrondissement de son voisin, pas si lointain, du XVIe.

Dans le premier, selon une enquête à paraître de l'Observatoire régional de santé (ORS), le XVIIIe, véritable patchwork qui mixe pourtant les quartiers populaires de la Chapelle ou de la Goutte d'or, et ceux plus « gentrifiés » de Caulaincourt ou de la butte Montmartre, le constat est accablant : l'âge moyen du décès pour un homme s'établit à 79,9 ans, alors que dans le XVIe, il est de 84,7 ans.

Cinq ans d'écart. Edifiant. Tout comme le sont les critères de vie dans ces deux arrondissements, diamétralement opposés, de la capitale. Alors que le taux de pauvreté est évalué à 21,2 % dans le XVIIIe, il n'atteint que 10,6 % dans le XVIe. Et il en va ainsi de l'éducation des enfants, de leur progression jusqu'au cycle supérieur, du dépistage des cancers, de la monoparentalité, de la prise en charge médicale…

« Le XVIIIe concentre malheureusement beaucoup des inégalités économiques, sociales et sanitaires de la capitale, souligne Pierre-Yves Bournazel, élu d'opposition dans cet arrondissement et député (Agir) de Paris. C'est pourquoi je plaide depuis plusieurs années pour un plan d'urgence du nord-est parisien, impliquant l'Etat, la Ville, la région et tous les acteurs publics mais aussi privés. »

Anne-Claire Boux, nouvelle élue (EELV) dans le XVIIIe, en a fait son cheval de bataille. « La crise sanitaire a été un véritable révélateur de ces inégalités. On sait maintenant que ce sont les publics les plus fragiles qui sont touchés de plein fouet. Nous savons que ces quartiers populaires sont de véritables déserts médicaux, notamment. C'est pourquoi nous lançons une aide à l'installation des médecins. »

«L'Etat s'est désengagé de ces sujets sociaux»

L'alerte a été bien entendue par Anne Hidalgo, car « la situation est grave », a récemment souligné la maire (PS) de Paris : « Santé et isolement des seniors sont notre priorité absolue ».

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Et il est vrai que l'heure est grave. Le taux de chômage, évidemment, n'arrange rien. Dans le XVIIIe, il s'établit à 12,6 % alors que, dans le XVIe, il n'est « que » de 9,6 %. Un monde. Il en va de même pour le suivi médical. Un exemple : un habitant du XVIe a accès à 70 % à un médecin traitant, contre 67 % dans le XVIIIe.

« L'Etat s'est désengagé de ces sujets sociaux, s'agace Anne Souyris, l'adjointe à la Santé de la maire de Paris. Mais, heureusement, l'alerte a été entendue. Nous avons procédé à une analyse très fine de ces quartiers, et constaté qu'il y avait beaucoup de familles monoparentales, que les enfants allaient à l'école moins longtemps. Qu'il existait, aussi, des déserts médicaux. Nous n'avons pas attendu l'étude de l'ORS. Dès le mois de mars, nous allons présenter nos propositions, qui contrebalanceront celles du gouvernement. Car l'Etat a bel et bien abandonné les quartiers populaires. »