Covid-19 : en Ile-de-France, le recensement des variants à la traîne

Dans la région, tous les indicateurs sont à la hausse. Mais on mesure encore mal la propagation des variants. Décryptage.

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 Suite à la découverte d’un cas de contamination par le variant anglais à Bagneux (Hauts-de-Seine), un dépistage géant avait été proposé aux habitants.
Suite à la découverte d’un cas de contamination par le variant anglais à Bagneux (Hauts-de-Seine), un dépistage géant avait été proposé aux habitants. LP/Philippe Lavieille

Alors que le discours gouvernemental se veut plus rassurant ces derniers jours sur l'épidémie de Covid-19, les données disponibles en Ile-de-France montrent au contraire une augmentation des hospitalisations. Quant aux variants, il est bien difficile d'avoir une idée précise de la situation.

Indicateurs à la hausse dans les hôpitaux

Une épidémie au ralenti, moins d'entrées dans les hôpitaux ? Pas en Ile-de-France, région la plus touchée avec les Hauts-de-France et Auvergne-Rhône-Alpes. Non seulement les indicateurs sont à un niveau élevé mais ils continuent à augmenter, pointe Santé publique France dans son bilan épidémiologique hebdomadaire paru ce jeudi. Taux d'incidence en hausse (238 cas pour 100 000 habitants, contre 207 en moyenne nationale), taux d'hospitalisation et de réanimation aussi.

La Seine-Saint-Denis (8,6 %) et le Val-d'Oise (8,3 %) se distinguent dans le peloton de tête des plus forts taux de positivité (nombre de cas positifs parmi les personnes testées) avec l'Ardèche, le Jura et les Alpes-Maritimes.

Covid-19 : en Ile-de-France, le recensement des variants à la traîne

La semaine dernière, un passage aux urgences sur cinq pour suspicion de Covid était signalé en Ile-de-France. Mardi, 5393 personnes étaient hospitalisées pour Covid (soit un lit sur quatre toutes spécialités confondues), dont 724 en réanimation. « On surveille les indicateurs, les entrées, les clusters, l'incidence… matin, midi et soir. Le plan blanc reste activé. Depuis une quinzaine de jours, nous sommes sur un plateau haut qui oscille entre 700 et 730 malades en soins critiques, détaille Didier Jaffre, directeur de l'offre de soins à l'agence régionale de santé (ARS) d'Ile-de-France. On n'est jamais redescendu en dessous de 600 depuis novembre. »

Quant aux déprogrammations d'opérations, elles oscillent autour de 10 % selon l'ARS. « Tout est fait pour ne pas déprogrammer, et il est très important que ceux qui doivent subir une opération ne déprogramment pas d'eux-mêmes », ajoute Didier Jaffre. L'Ile-de-France a accueilli quelques malades du Covid d'autres régions en tension, six la semaine dernière et deux ce vendredi.

Variants : un recensement à la traîne

L'intervention de Caroline Gutsmuth sur le plateau de BFM cette semaine n'est pas passée inaperçue : « 37 % de cas positifs en Ile-de-France, avec un record de 52 % dans les Yvelines », assurait la responsable d'un laboratoire Biogroup. Ces résultats, qui émanent de l'examen de 7000 tests réalisés entre le 1er et le 7 février dans les 180 laboratoires franciliens du groupe, sont toutefois à relativiser. Ils ne représentent qu'un quart des contaminations hebdomadaires en Ile-de-France. « Statistiquement, c'est quand même significatif », persiste Laurent Kbaier, biologiste, selon qui le variant sera la norme « dans un mois ».

« Il faut être prudent, certains laboratoires qui font état de leurs chiffres ont pu capter des clusters, mais cela ne représente pas l'entièreté de la situation », réagissait ce vendredi l'épidémiologiste Daniel Lévy-Bruhl, lors du point presse de Santé publique France. Sauf que « l'entièreté » de la situation est bien difficile à saisir. « Nous, on donne nos chiffres, je ne comprends pas pourquoi les autorités ne donnent pas les leurs », réagit Laurent Kbaier.

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En effet, les dernières données officielles remontent toujours à la dernière enquête « flash » nationale du 27 janvier, qui a mis en lumière le variant britannique dans 22 % des contaminations en Ile-de-France (17,5 % en moyenne en France).

Et depuis deux semaines? La méthode de criblage consiste à repasser à la loupe tous les tests positifs pour déceler les variants rapidement, afin d'isoler au plus vite les cas contacts et rompre la chaîne de contamination de mutant ultra-contagieux. Force est de constater que la situation patine par manque de tests. Alors qu'environ 20 000 nouveaux cas positifs de Covid sont dépistés chaque jour en France, 84 000 tests de criblage ont été saisis dans la base de données Sidep depuis le 25 janvier, assure le ministère de la Santé ce samedi. Soit moins d'un quart du volume total de cas positif. « A date, nous ne disposons pas encore de données ventilées par région remontées par Si-Dep », affirme la direction générale de la santé. En Ile-de-France, le nombre de variant actuellement décelés oscillerait, selon nos informations, entre 300 et 1000 par jour.

Or, tous les tests PCR ne sont pas repassés au criblage. A titre d'exemple, le 2 février, 5655 tests de criblage ont été réalisés à l'échelle du pays, soit un quart environ du volume global de tests positifs. Chaque jour, un peu plus de 20000 nouvelles contaminations sont recensées. Selon nos informations, 12000 criblages auraient été effectués le 10 février à l'échelle nationale et 3000 variants révélés. En Ile-de-France, le nombre de variant décelés oscillerait, toujours selon nos informations, entre 300 et 1000 par jour.

Comment dans ce cadre avoir une vision exhaustive de la situation et agir rapidement sur la propagation? « Personne ne joue le jeu! C'est pourtant de cela que va dépendre si on doit être reconfiné ou pas », fulmine une source médicale qui accuse le public de freiner des quatre fers et le privé de bouder la concurrence. Sur le terrain du criblage, c'est Eurofins Biomnis et son plateau à Ivry (Val-de-Marne) qui a une longueur d'avance.

2,2 % de Franciliens vaccinés

Concernant la vaccination, 44203 résidents d'Ehpad (soit 65 %) ont reçu une première injection, et 5353 les deux doses. Du côté des professionnels d'Ehpad, la proportion est moins forte : 26,4 % du personnel a reçu une première injection et 3,3 %, les deux. En population générale, personnes à risques et plus de 65 ans, 268 889 Franciliens ont pu se faire vacciner, soit 2,2 % de la population, dont 37147 personnes avec les deux doses.

Beaucoup de personnes éligibles au vaccin ne peuvent encore le faire. Comme Dany, 77 ans, en Seine-et-Marne, qui appelle vainement chaque jour son centre de vaccination depuis le 23 janvier. En attendant, elle s'abstient, même pendant les vacances, de retrouver ses petits-enfants.