Dotation horaire globale en baisse à Paris : pour les enseignants et parents, «c’est irresponsable»

Au collège Valmy (10e) comme à la cité scolaire Bergson (19e), fortement impactés par la crise sanitaire, parents et enseignants s’inquiètent des coupes budgétaires pour la rentrée de septembre.

 Paris (10e). Les parents d’élèves du collège Valmy ne comprennent pas la baisse de la dotation horaire globale pour la rentrée de septembre.
Paris (10e). Les parents d’élèves du collège Valmy ne comprennent pas la baisse de la dotation horaire globale pour la rentrée de septembre.  LP/Olivier Arandel

« Tout s'accumule. Au moment où nous pointons les absences d'enseignants non remplacés, les cours aléatoires, les élèves en déshérence, voici les coupes dans la dotation horaire globale! », s'agace le père d'une élève de 4e scolarisée au collège Valmy, à Paris (10e). Les établissements du second degré perdront en effet 2072 heures d'enseignement et 99 professeurs à la rentrée de septembre. Une baisse, la plus importante de France, encore jamais observée dans la capitale.

« Nous pensions ne pas être trop touchés, puisque l'établissement, qui compte 36 % d'élèves boursiers, bénéficie d'une convention académique de priorité éducative (CAPE), mais le verdict est tombé : les classes d'UPE2A, où sont scolarisés les enfants qui ne maîtrisent pas le français, perdent 9 heures, poursuit le parent d'élève. Tout cela s'ajoute au tableau désastreux que nous présente le rectorat… On doit se battre sur tous les fronts en même temps. »

«Nous nous inquiétons énormément»

Les parents d'élèves de Valmy, qui envisagent une action devant le tribunal administratif pour non-respect du droit à l'éducation, constatent, avec la crise sanitaire, que les cours non assurés se multiplient depuis des mois : aujourd'hui, 61 % des heures manquant au programme de leurs enfants correspondent aux quatre matières principales : le français, les mathématiques, l'histoire-géographie et l'anglais.

« Nous nous inquiétons énormément, assure la mère d'un élève de 5e. Bien sûr, il est compréhensible que les professeurs vulnérables assurent leurs cours à distance, mais cela a laissé bien des enfants au bord du chemin, voire complètement déscolarisés. Et maintenant, Valmy perd de nouvelles heures d'enseignement, alors que son quota diminue chaque année. C'est totalement irresponsable. »

Les élèves vulnérables impactés ?

Dans la difficile et surpeuplée cité scolaire Henri-Bergson (19e) — 2000 collégiens et lycéens —, qui a récemment organisé une journée « lycée mort » et obtenu du rectorat une enquête sur les risques psychosociaux, la baisse de la dotation horaire globale fait aussi grincer les dents. « Nous ne sommes pas les plus impactés, mais c'est un budget bien peu ambitieux, tacle une enseignante en langue. Avec les parents d'élèves, nous avons d'ailleurs rédigé une motion dans ce sens. Les résultats en français, maths et langues ne sont pas bons… Et le petit coup de pouce que nous accorde le rectorat ne va servir qu'à combler ici et là les carences. En aucun cas à développer un véritable projet pour nos élèves, parmi lesquels beaucoup sont en difficultés. Nous ne pourrons même pas limiter les effectifs en seconde, sauf à renoncer aux demi-groupes, alors que la cité scolaire affiche les pires résultats de l'académie au brevet et au baccalauréat. »

Et d'enchaîner : « Quant aux UPE2A, qui accueillent les jeunes les plus fragiles, elles vont perdre 5 heures au collège et deux heures au lycée, alors qu'ils n'ont que trois ans pour apprendre le français et préparer le bac. C'est vraiment mettre des bâtons supplémentaires dans les roues aux élèves vulnérables. »

A Valmy, les parents d'élèves ont fait les comptes : entre la Toussaint et Noël, 838 heures, soit près du quart des cours, n'ont pas été assurées et presque aucun remplacement n'a été proposé. « Avec ces nouvelles coupes budgétaires, j'ai l'impression que le rectorat fait comme si cette crise sanitaire, dont on ne sait pas quand elle prendra fin, n'existait pas, se désole la mère d'un collégien. Comme cela se passera-t-il à la rentrée, avec encore moins d'enseignants, moins d'heures, et peut-être toujours la pandémie avec son lot d'absences ? »

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L'enseignante de la cité Bergson croit le savoir : « Faute de professeurs en nombre suffisant, le rectorat fera de plus en plus souvent appel à des contractuels sous-payés… »