Maintien de l’ordre, moto et Gilets jaunes : plongée dans les coulisses d’une BRAV-M

Les Brigades de répression des actions violentes motocyclistes de la préfecture de police de Paris auront deux ans en mars. Elles suscitent toujours de la crainte et de la haine chez les manifestants. Nous avons suivi la section 1 ce samedi entre Nation et République.

AbonnésCet article est réservé aux abonnés.
 Paris, le 30 janvier 2021. Une section de BRAV-M intervient ici lors de la manifestation contre la loi Sécurité globale.
Paris, le 30 janvier 2021. Une section de BRAV-M intervient ici lors de la manifestation contre la loi Sécurité globale. LP/Fred Dugit

Le cortège est calme ce samedi après-midi avenue de la République, à Paris. Il y a les chants traditionnels des manifs, quelques pétards qui explosent, des percussions, de la musique. Mais en quelques secondes, une agitation gagne les rangs. Des voix s'élèvent. « Honte à vous », ici. « Assassins », là. Viennent les jets de pierres, de canettes de bière à moitié pleines, de bouteilles de verre. La raison du courroux de la foule tient en cinq lettres : BRAV-M pour Brigades de répression des actions violentes motocyclistes. Entre eux, les policiers parlent de BRAV « mike ».

Vêtus de noir, casqués et avec pour seule note de couleur le brassard orange estampillé « police », ces agents de la DOPC (Direction de l'ordre public et de la circulation) de la préfecture de police de Paris reçoivent alors l'ordre de se retirer et repartent dans les rues qui permettent de suivre le défilé sans être vus. Le cortège se calme aussitôt. Une maman passe et dit à son enfant : « Ça, ce sont les BRAV, des policiers qui ne rigolent pas. »

Tournant dans la doctrine du maintien de l'ordre

Dans les manifestations, ils traînent une sale réputation. « La preuve qu'on dérange », lâche l'un de ces fonctionnaires. Cette unité a été créée en mars 2019 dès l'arrivée du préfet de police Didier Lallement pour répondre aux débordements lors des différents actes des Gilets jaunes. « Sur ces manifestations, on a connu des choses inimaginables », confie l'un des membres de la section 1 mobilisée en ce jour de manifestation dans Paris.

Les BRAV n'existaient pas encore lorsque le 1er décembre 2018, l'Arc de Triomphe est pris d'assaut. La création de ces unités marque un tournant assumé par le préfet dans la doctrine du maintien de l'ordre. « Avant, il y avait du laisser-faire, confie un agent. Notre boulot est d'identifier les personnes à interpeller et d'aller les chercher. » Les premières manifestations sur lesquelles sont engagées les BRAV au printemps 2019 scellent leur réputation.

Paris, le 30 janvier 2021. Les BRAV-M sont constituées de binômes à moto, intervenant lors de violences urbaines.LP/Fred Dugit
Paris, le 30 janvier 2021. Les BRAV-M sont constituées de binômes à moto, intervenant lors de violences urbaines.LP/Fred Dugit  

Ils s'appellent Nicolas, Fred ou Arnaud et en temps normal font partie des compagnies d'intervention. Le maintien de l'ordre est leur boulot. Quand ils ne sont pas de manifs, vous pouvez entre autres les croiser aux abords des stades de foot ou en protection pour un déplacement officiel. Ils ont tous été volontaires pour être passagers des motards qui leurs servent de chauffeurs.

« Les motos ne sont que des vecteurs, décrit le commissaire Nicolas B. Ils n'entrent pas dans la foule à moto. » Grosse différence avec les voltigeurs qui ont officié entre 1969 à 1986 et dont l'unité a été dissoute après l'affaire Malik Oussekine du nom de ce jeune tué en pleine manifestation étudiante.

Contrôles des sacs

C'est donc à pied que les BRAV font du maintien de l'ordre. Ces policiers sont plus mobiles que les CRS avec moins de protections qui alourdissent l'équipement. Leurs seules protections sont leurs blousons et pantalons de motos équipés de coques. « Certains mettent des protège-tibias de foot perso, note un de ces policiers. Quand c'est vraiment chaud, on ajoute des protections. » Car le principe est d'aller au contact pour interpeller des casseurs et de les extraire de la foule ou de protéger des commerces ou des banques. S'ils ont des craintes par rapport aux attaques dont ils peuvent être les cibles de la part des black blocs? « Non, c'est notre métier, on est formés pour ça », répond l'un de ces policiers.

Ce samedi 30 janvier, il est 10 h 45 quand la première section de BRAV « mike » vrombit sur le boulevard Voltaire. Le rassemblement statique contre la loi Sécurité globale doit commencer à 13 heures. En attendant, les forces de l'ordre doivent passer le temps. Des gendarmes mobiles passent avec un sac rempli de croissants. Un policier d'une BRAV, ticket à la main, retourne au tabac Le petit centre récupérer les quelques euros qu'il vient de gagner à un jeu de grattage. Certains commencent à manger aussi. Un agent de la BRAV termine sa ration de combat fournie par la préfecture de police : riz au curry et poulet. « Ça tient au corps », sourit-il.

Newsletter L'essentiel du 75
Un tour de l'actualité à Paris et en IDF
Toutes les newsletters

Ils partent en patrouille réaliser des contrôles. Avant la manifestation, ils fouillent les sacs aux abords. La station de métro Oberkampf a été fermée. Celle de République reste ouverte. « Cela permet de mieux contrôler les arrivées », explique un policier. Dans les sacs, ils vont chercher à confisquer ce qui sert à protéger comme des lunettes de piscine, des casques. Et ils vont traquer ce qui peut servir d'arme comme des boules de pétanque ou des feux d'artifice. Ceux qui transportent ces objets sont immédiatement placés en garde à vue. Mais personne n'est pour l'heure interpellé.

«Tout le monde déteste la police»

Midi. A la radio, un message grésille. Au même moment, une autre manifestation doit partir de Nation et rejoindre la place de la République. Le départ est tendu. Des Gilets jaunes ont investi la chaussée. Les motards prennent leurs passagers et se rendent en quelques minutes à Nation en se faufilant dans la circulation parisienne sirènes hurlantes. A Nation, la place est cernée. Gendarmes mobiles, CRS et compagnie d'intervention ont repris le dessus. Le but est que le cortège suive l'itinéraire déposé par l'avenue Philippe-Auguste jusqu'à République. Quelques bouteilles de verre sont jetées et explosent aux pieds de gendarmes. « Tout le monde déteste la police » est repris en chœur. Mais les BRAV n'interviennent pas. « Quand on y va, c'est que ça chauffe vraiment », note un des agents.

Paris, le 30 janvier 2021. Le principe des BRAV-M est d’aller au contact pour effectuer des interpellations. LP/Fred Dugit
Paris, le 30 janvier 2021. Le principe des BRAV-M est d’aller au contact pour effectuer des interpellations. LP/Fred Dugit  

Le cortège est suivi discrètement. Dans la rue Saint-Hubert en légère courbe, une BRAV est tapie en colonne dans un angle mort. Au cas où. Etonnamment, l'itinéraire passe par une brocante sur laquelle tous les objets pourraient devenir des projectiles. Mais rien.

Il faut attendre la dispersion prévue à 17 heures pour que les hommes (et la femme) de la « mike 1 » entrent en scène. « On s'équipe », sonne comme un top départ. Ils quittent l'avenue de la République, suivent une compagnie d'intervention dans la rue de Malte et débouchent sur la rue du Faubourg-du-Temple. Un camion sono rouge crache des bass. La manifestation se transforme en « free party ». Les majeurs sont levés bien hauts, en face, sous le monument à la République.

Prochainement, les BRAV-L

Derrière les canons à eau, les BRAV attendent. L'avenue de la République est la sortie de la manifestation. Tous les autres accès à la place sont bloqués. Les gendarmes mobiles repoussent la foule. La BRAV se faufile à travers les boucliers. Ils avaient hâte. « Laissez-moi passer », plaisante l'un d'eux. Deux sapeurs-pompiers, casque sur la tête, leur collent au train avec des extincteurs en cas de jets de cocktails Molotov.

Des canettes volent. Les lanceurs sont identifiés. Les policiers fondent sur eux et les sortent des groupes. C'est rapide, ça ne fait pas de pli. A trois, ils descendent les quelques marches de la place pour se mettre à l'abri. Des manifestants tentent de s'interposer. L'un des jeunes interpellés après avoir tapé dans le dos d'un policier ne se sent pas bien. L'étreinte se relâche. Il rouvre un œil et tente de fausser compagnie à la BRAV qui le rattrape. En 30 minutes, la démonstration de force a fait se vider la place. La section 1 de la BRAV a au final interpellé trois manifestants, dont un qui a été rattrapé après avoir porté un coup à un des policiers.

Dans les prochains mois, de nouvelles BRAV devraient voir le jour à Paris, les BRAV-L, « lima », pour légères, qui circuleront dans des 5008.