A Paris, des féministes réclament «que les élus accusés de viol ne perçoivent pas d’indemnités»

C’était l’une des revendications d’un groupe de féministes qui a manifesté ce lundi soir devant la mairie du 18e où se tenait le conseil d’arrondissement, en l’absence de l’ex-adjoint d’Anne Hidalgo, Christophe Girard.

 Paris (18e), lundi 21 septembre 2020. Une trentaine de féministes se sont rassemblées devant la mairie du 18e pour demander le retrait de tous les mandats et l’indemnité de Christophe Girard.
Paris (18e), lundi 21 septembre 2020. Une trentaine de féministes se sont rassemblées devant la mairie du 18e pour demander le retrait de tous les mandats et l’indemnité de Christophe Girard.  LP/Christine Henry

« Pas de violeurs d'enfants payés par nos impôts », « La honte! », « Pédo en commun », « Déni à la mairie de Paris », « Pas d'adjoint à la culture du viol ». Ce sont quelques-uns des messages écrits sur les pancartes brandies par une trentaine de féministes rassemblées ce lundi soir devant les fenêtres de la mairie du 18 e. Alors que les élus d'arrondissement tenaient leur premier conseil de rentrée, ces femmes, membres de plusieurs collectifs, ont pris la parole dans la rue pour demander la démission de Christophe Girard de ses mandats de conseiller de Paris et de conseiller du 18e.

Le Monsieur Culture d'Anne Hidalgo a démissionné de son poste d'adjoint à la maire (PS) de Paris le 23 juillet à cause de ses liens avec l'écrivain pédophile Gabriel Matzneff. Depuis, il est aussi visé par une enquête pour viol après les accusations d'un ancien employé, entré à son service alors qu'il était mineur. Mais Christophe Girard reste élu conseiller municipal dans le 18 e et conseiller de Paris.

«Nous respectons la présomption d'innocence»

« Nous ne faisons pas justice, nous réclamons justice. Nous respectons la présomption d'innocence. Nous demandons simplement que les élus accusés de viol soient suspendus de leurs fonctions le temps d'une enquête, qu'ils ne perçoivent pas d'indemnités. Ça s'appelle de la déontologie, de l'éthique, de la logique », dénonce Amélie Hennes, fondatrice du collectif Les attentives visant à défendre les droits des femmes à travers le théâtre.

Les manifestantes n'ont pas évoqué le cas de Pierre Aidenbaum, l'ancien maire du 3 e qui a également dû démissionner de son poste d'adjoint à la maire de Paris chargé de la Seine après avoir été mis en cause par une collaboratrice et actuellement sous le coup d'une enquête pour agression sexuelle. Lui aussi est toujours conseiller de Paris.

Paris (18e), lundi 21 septembre 2020. Une trentaine de personnes ont brandi des pancartes sous les fenêtres de la mairie d’arrondissement. LP/Christine Henry
Paris (18e), lundi 21 septembre 2020. Une trentaine de personnes ont brandi des pancartes sous les fenêtres de la mairie d’arrondissement. LP/Christine Henry  

Faut-il priver les élus mis en cause de leurs mandats et de leurs indemnités comme le demandaient ce lundi les manifestantes ? La question divise les Parisiens interrogés dans la rue. « Les élus se doivent d'être exemplaires. Dès lors qu'il y a des doutes sur leur comportement, ils devraient démissionner. Ce n'est pas faire honneur à la République que de se maintenir à un poste dès lors qu'il y a une présomption de culpabilité. Et puis ces deux élus ont fait leur temps. C'était le mandat de trop. Qu'ils laissent la place à la jeune génération », argumente Claude, un habitant du 18e.

«Eviter le lynchage public»

« Ils ont été élus et n'ont pas été inculpés. C'est donc à eux de prendre cette décision au regard de leur morale personnelle. S'ils étaient des hommes d'honneur, ils démissionneraient de leur mandat de conseiller de Paris compte tenu de la lourdeur et de l'importance des accusations dont ils font l'objet. C'est mon avis. S'ils refusent, leurs électeurs se feront une opinion. En attendant que ces affaires soient jugées, prenons garde à la vox populi et laissons la justice faire son travail », tempère Christophe, un habitant du 16e.

Affaire Christophe Girard : la chute d'une éminence culturelle parisienne

« En dépit des forts soupçons, ces deux élus parisiens ne doivent pas être l'objet d'un lynchage public. C'est le tribunal qui doit déterminer s'ils sont coupables ou non. En attendant que justice soit faite, ces élus sont libres de conserver leur mandat », reconnaît Valérie, qui vit dans le 5e.

« Démissionner pourrait passer pour un aveu de culpabilité. On peut donc comprendre qu'ils ne le fassent pas. Mais ils pourraient bloquer leurs indemnités sur un compte en attendant que toute la lumière soit faite sur leur responsabilité ou pas », suggère Pierre, dans le 18e.

3415 euros net comme conseiller de Paris

Interrogée, la Ville précise que « la maire de Paris ne peut pas retirer le mandat de ces deux anciens adjoints, car ils ont été élus, ni donc les priver de leur indemnité ». En revanche, c'est elle qui leur a confié leur poste d'adjoint dont ils ont démissionné.

Les deux élus, qui touchaient 4500 euros net (avec prélèvement à la source et sans retenue de la retraite complémentaire) en tant qu'adjoint à la maire de Paris, vont voir leur indemnité passer à 3415 euros en tant que simples conseillers de Paris.

En revanche, s'ils ne se présentent pas au Conseil de Paris, ils encourent des sanctions financières. Le règlement prévoit une baisse de 10 % de leur indemnité en cas d'absence non excusée à une séance plénière, 20 % à la deuxième. La retenue atteint 50 % à la cinquième et les conseillers de Paris ne touchent plus que la moitié de leur indemnité s'ils continuent à sécher. Christophe Girard, lui, était bien absent ce lundi soir au conseil d'arrondissement du 18e.