Dans le Grand Paris, 126 espèces d’oiseaux ont fait leur nid !

La Ligue de protection des oiseaux a mobilisé 78 bénévoles pendant quatre ans pour dresser l’inventaire des oiseaux nicheurs de la Métropole. Voici le résultat.

AbonnésCet article est réservé aux abonnés.
 Pendant quatre ans, la Ligue de protection des oiseaux a mobilisé 78 bénévoles pour établir un atlas de ces volatiles dans la région.
Pendant quatre ans, la Ligue de protection des oiseaux a mobilisé 78 bénévoles pour établir un atlas de ces volatiles dans la région. ISTOCK

Citez trois espèces d'oiseaux familiers du Grand Paris, en dehors des pigeons et moineaux… Une colle? Si vous ne prenez pas le temps d'observer les volatiles du coin et leurs couleurs parfois chatoyantes, d'autres le font pour vous. Près de 80 bénévoles ont sillonné le territoire de 814 kilomètres carrés pendant 4 ans, de 2015 à 2018 inclus, à la recherche des oiseaux nicheurs de la métropole, pour établir l'Atlas des oiseaux nicheurs du Grand Paris fraîchement édité par la LPO Ile-de-France.

On savait que l'Ile-de-France compte 167 espèces d'oiseaux nicheurs et Paris 60, on sait désormais qu'ils sont 126 dans le Grand Paris. Mieux, ce nouvel Atlas, premier du genre à cette échelle, a repris exactement la même méthodologie sur la surface de Paris intra-muros que lors de la réalisation de l'inventaire consacré à la capitale entre 2005 et 2008. « Nous avons donc un élément de comparaison à 10 ans d'intervalle », se réjouit Frédéric Mahler, délégué régional de la Ligue de Protection des Oiseaux en Ile-de-France.

Moins de pesticides, davantage d'oiseaux

Surprise, « si la population de la plupart des couples nicheurs des parcs et jardins est constante, celle des plus communs a nettement augmenté, se réjouit le spécialiste. Ce sont en général des espèces en bonne santé au niveau régional, stables ou en hausse. Mais leur évolution dans Paris est souvent nettement plus positive qu'en Île-de-France : + 100 % pour le Troglodyte à Paris mais stable dans la région. Rouges-gorges familiers : + 150 % contre + 34 % ; Fauvette à tête noire : + 100 % contre stabilité en Île-de-France, etc.

Il est raisonnable de considérer que ces espèces ont profité de l'évolution des pratiques des jardiniers des espaces verts municipaux, qui ont banni les pesticides et herbicides depuis 2009 (2015 pour les cimetières) et ont développé la gestion différenciée, qui permet le développement de zones de végétation spontanée dans de nombreux grands parcs.

Dans le Grand Paris, 126 espèces d’oiseaux ont fait leur nid !

Une évolution qui a entraîné dans son sillon d'autres administrations comme le Sénat pour le Jardin du Luxembourg, le ministère de la Culture pour le jardin des Tuileries ou des propriétaires privés (dont certains bailleurs sociaux) à faire de même. » Certes, il n'y a pas « la preuve absolue de ce lien entre « zéro phyto » et développement de certaines espèces d'oiseaux, mais sa réalité a été établie pour les papillons » conclut Frédérick Mahler.

De l'autre côté de l'échiquier, les chasseurs d'insectes aériens (l'hirondelle de fenêtre ou le martinet noir), et les granivores qui dépendent de la végétation spontanée des friches pour les graines et les insectes qu'elles y trouvent souffrent de la disparition des friches parisiennes ou de leur transformation en espaces verts moins désordonnés. En plus de leur régime alimentaire, ils ont un autre point commun puisque leurs nids sont facilement détruits ou obturés lors d'opérations de ravalement.

Newsletter L'essentiel du 75
Un tour de l'actualité à Paris et en IDF
Toutes les newsletters

Cet Atlas (Atlas des oiseaux nicheurs du Grand Paris, 231 pages, 25 euros. Commande en ligne sur lpo-idf.fr), premier du genre, permettra aussi de « comparer les capitales à l'échelle européenne », s'impatiente Philippe Clergeau, professeur d'Écologie urbaine au Muséum national d'Histoire naturelle.

Le pigeon biset féral

Impossible de savoir le nombre de précis de pigeons en Ile-de-France. Le dernier recensement à Paris date de 2018 et faisait état de 23000 oiseaux./Olivier Boitet/LE PARISIEN
Impossible de savoir le nombre de précis de pigeons en Ile-de-France. Le dernier recensement à Paris date de 2018 et faisait état de 23000 oiseaux./Olivier Boitet/LE PARISIEN  

L'incontournable pigeon biset féral est partout. « Sans surprise, il est répandu sur l'ensemble du Grand Paris et les zones les plus densément peuplées sont aussi celles qui sont les plus urbanisées, dont Paris intra-muros et la banlieue nord », constate la LPO. Impossible, en revanche, de chiffrer la population de couple nicheur. « Aucune estimation de la population d'Ile-de-France ni du Grand Paris n'est disponible : tous les chiffres avancés sont donc purs inventions, sauf pour Paris intra-muros, détaille l'Atlas. Une opération de comptage des pigeons parisiens a eu lieu en 2018 grâce aux associations Arheo et Espaces. Le résultat obtenu, 23 000 individus, est donc le premier chiffre crédible. Il est difficile cependant d'estimer la proportion de non-nicheurs parmi ces individus. »

La perruche à collier

Le nombre de perruches ne cesse d’augmenter ces dernières années particulièrement dans les parcs franciliens. /ISTOCK
Le nombre de perruches ne cesse d’augmenter ces dernières années particulièrement dans les parcs franciliens. /ISTOCK  

Présente partout elle aussi, la perruche à collie r enregistre une croissance exponentielle. Le volatile exotique très populaire dans les animaleries s'est massivement évadé d'un entrepôt d'Orly en 1974, puis de Roissy en 1990. Sa population estimée à 1 000 en 2008, grimpe à 2 700 en 2012 puis 5 000 en 2015, soit une hausse annuelle de 25 %. Et même 40 % au Parc de Sceaux (Hauts-de-Seine) passé de deux couples à 80 entre 2002 et 2014. Intra-muros, la première nidification remonte à 2008, au Parc Montsouris. Elle a ensuite poursuivi son expansion dans les vieux parcs : jardins du Luxembourg en 2010, Kellermann en 2011, le Val-de-Grâce en 2013, le Jardin des plantes l'année suivante, puis les Buttes-Chaumont, le Père-Lachaise…

Les oies bernache du Canada

Les oies sauvages prolifèrent dans les parcs et les bases de loisirs./LE PARISIEN
Les oies sauvages prolifèrent dans les parcs et les bases de loisirs./LE PARISIEN  

Elles ont envahi les bases de loisirs franciliennes, et plus largement tous les plans d'eau bordés de vastes pelouses : les oies bernache du Canada prospère en grande couronne et occupent presque tout le Grand Paris : elle occupe les parcs de La Courneuve et du Sausset (Seine-Saint-Denis), celui de Sceaux (Hauts-de-Seine), le lac de Créteil et le parc de la Plage-Bleue à Valenton (Val-de-Marne), niche dans les deux bois parisiens et même intra-muros. Sa prolifération est telle que la Driee suit les principaux sites de nidification pour procéder à la stérilisation des œufs. En 2018, 171 nids ont été stérilisés (947 œufs).

Le martinet noir

Le martinet noir est en forte baisse en Ile-de-France. /Liszt Collection/Daniele Occhiato/Naturimages
Le martinet noir est en forte baisse en Ile-de-France. /Liszt Collection/Daniele Occhiato/Naturimages  

Le martinet noir a beau être au cinquième rang des espèces nicheuses les plus fréquentes, sa population est elle aussi en forte baisse. « Il est confronté à la baisse des effectifs des insectes due à l'utilisation d'insecticides, au comblement de ses sites de nidification lors de travaux de réfection d'habitats, au dérèglement climatique induisant des périodes de canicule critique pour les jeunes situés sous les toits », énumère la LPO.

Le moineau domestique

Le nombre de moineaux est en chute libre à Paris./Olivier Boitet/LE PARISIEN
Le nombre de moineaux est en chute libre à Paris./Olivier Boitet/LE PARISIEN  

Hécatombe chez les moineaux domestiques, dont la population a chuté de 73 % en 15 ans à Paris intra-muros. Il serait une victime directe de la gentrification et des transformations de quartiers populaires qui en découlent, avec l'arrivée de catégories sociales plus favorisées qui réhabilitent certains logements : les cavités des vieilles façades sont comblées notamment lors des opérations d'isolation thermique par l'extérieur… et les moineaux n'ont plus d'endroits où nicher. Les friches disparaissent au profit de projets immobiliers les privant de la végétation et des insectes qui vont avec… A Paris, « l'espèce est donc plus abondante dans une large moitié est, tandis que certains secteurs du XVIe frôlent le désert complet ! constate la LPO. La corrélation négative entre niveau social d'un quartier et densité du moineau, mise en évidence il y a une dizaine d'années, reste visible. »

Le faucon crécerelle

Le faucon crécerel est le rapace le plus répandu dans le Grand Paris./ISTOCK
Le faucon crécerel est le rapace le plus répandu dans le Grand Paris./ISTOCK  

En bout de chaîne, le faucon crécerelle, privé de sa proie privilégiée pour nourrir les jeunes, perd aussi des effectifs : la population estimée de 35 à 50 couples il y a dix ans serait maintenant comprise entre 25 et 35. Il niche aussi bien à la cathédrale Notre-Dame qu'à l'Arc de Triomphe ou au Dôme des Invalides que dans des endroits plus discrets. Cet occupant habituel des plaines franciliennes reste le rapace le plus répandu du Grand Paris où « il s'est très vite adapté aux constructions élevées, tours de château et d'églises, voire de château d'eau comme dans le parc du Sausset en Seine-Saint-Denis, et même en haut d'une pile de pont sous le tablier du viaduc de Gennevilliers », ont constaté les observateurs de la LPO qui l'ont vu également sur des immeubles des cités de Bobigny ou Aulnay-sous-Bois.

Le faucon pèlerin

Le faucon pélerin est de retour en Ile-de-France. /ISTOCK
Le faucon pélerin est de retour en Ile-de-France. /ISTOCK  

D'autres se portent mieux, comme le faucon pèlerin. Après « plusieurs dizaines d'années marquées par l'absence de nidification de l'espèce, les années 2000 ont signé le retour du Pèlerin comme nicheur en Ile-de-France : d'abord en 2006 dans la vallée de la Seine dans les Yvelines, puis dans le Grand Paris à Ivry-sur-Seine en 2011 et enfin à Paris intra-muros pour la première fois en 2013.

La mésange bleue

Le nombre de mésanges bleues augmente plus à Paris que dans le reste de l’Ile-de-France./Istock
Le nombre de mésanges bleues augmente plus à Paris que dans le reste de l’Ile-de-France./Istock  

La mésange bleue gagne aussi du terrain. L' Atlas des oiseaux nicheurs d'Ile-de-France, sorti en 2017, donne une fourchette de 95 000 à 120 000 couples pour la région. À Paris, elle est estimée à 680 couples qui nichent aussi bien dans les grands parcs que les petits squares ou les arbres d'alignement. Soit une hausse de 40 % en dix ans. Comme « sa cousine la mésange charbonnière dont la population croit de plus de 60 % », elle est un « exemple de bonne santé des espèces communes (roitelet huppé, rouge-gorge familier, grimpereau des jardins, troglodyte mignon, fauvette à tête noire, etc.) qui augmentent plus à Paris que dans le reste de la région », analyse la LPO pour qui il « n'est pas interdit d'y voir les résultats de la politique zéro-phyto décrétée par la mairie de Paris depuis 2007, et 2015 pour les cimetières. »

Le goéland brun

Arrivé à Paris en 2005, le goéland brun est en pleine expansion./ISTOCK
Arrivé à Paris en 2005, le goéland brun est en pleine expansion./ISTOCK  

Le goéland brun ne se limite pas au bord de mer. Il est arrivé à Paris en 2005 où il occupe certains toits du centre et de Bastille. « Les effectifs sont passés de trois ou quatre couples à 15 en dix ans, estime la LPO. L'augmentation est donc réelle mais il est encore trop tôt pour dire si cette croissance va se poursuivre. » L'espèce a « probablement niché en couple mixte avec des goélands argentés », moins rares puisque une centaine de couples nicheurs seraient recensés intra-muros.

Le goéland pontique

Encore plus rare, le goéland pontique : « un mâle s'est reproduit sur les toits de la rue Buffon (Paris V). C'est le premier cas connu de reproduction de cette espèce en France. » Mais pourquoi seulement un mâle ? « Comme souvent chez les goélands colonisateurs pionniers, il s'est apparié à une femelle d'une autre espèce, en l'occurrence un goéland argenté », décrypte la LPO. La bague qui lui a été posée lorsqu'il était poussin en mai 2012 a même permis de savoir qu'il nous arrive de Pologne.