Covid-19 : Paris, 22 heures, une dernière gorgée (amère) avant la fermeture des bars

Comme au Corcoran’s, un pub irlandais des Grands boulevards, les bars de la capitale et de la petite couronne se plient depuis ce lundi soir à la fermeture à 22 heures. Une mesure destinée à ralentir l’épidémie de Covid-19 mais critiquée.

 Boulevard Poissonnière, Paris (IIe), ce lundi soir. Pauline et Saïd trinquent une dernière fois avant la fermeture du pub irlandais Corcoran’s, qui doit baisser le rideau à 22 heures en raison des nouvelles restrictions anti-Covid 19.
Boulevard Poissonnière, Paris (IIe), ce lundi soir. Pauline et Saïd trinquent une dernière fois avant la fermeture du pub irlandais Corcoran’s, qui doit baisser le rideau à 22 heures en raison des nouvelles restrictions anti-Covid 19. LP/J.D.

« Désolé, mesdames messieurs mais on ferme : c'est la loi. » Il est 22 heures passées de dix minutes lorsque les serveurs passent parmi les tablées déjà très dégarnies du Corcoran's pour siffler définitivement la fin de la soirée… et transvaser les bières dans des gobelets en plastique.

A l'image de tous les bars de la capitale et des départements de petite couronne, ce pub irlandais du boulevard Poissonnière (IIe) a dû se plier à la nouvelle obligation de fermeture anticipée décidée pour quinze jours par le gouvernement dans les « zones d'alerte renforcée » afin de freiner l'expansion du Covid-19.

« Pour des fêtards comme nous, c'est vraiment triste, grimacent Pauline et Saïd, 23 et 28 ans, en finissant leurs cocktails au-dessus du billard. 22 heures, c'est le début de la soirée ! » La veille, cette étudiante en droit et ce cadre dans le digital ont veillé jusqu'à 2 heures du matin dans un bar de Châtelet (Ier), comme pour faciliter le sevrage à venir.

Une mesure mal comprise par les clients…

« Je ne comprends pas la logique de cette mesure, soupire Pauline. Le virus n'est pas plus actif à 22 heures dans un bar que la journée dans les rames du métro où on est serrés comme des sardines, ou bien encore dans les amphis de ma fac. »

Devant sa pinte de bière en terrasse, Sashka, 21 ans, étudiante en philosophie peste aussi contre une mesure « stupide ». « Quand je finis les cours à 21 heures, j'ai besoin de décompresser dans un café, fait-elle valoir. Ça ne nous empêchera pas de continuer à voir nos amis mais dans nos appartements après être passé à l'épicerie prendre une bière. »

Chloé, 27 ans, qui travaille dans la mode, est plus compréhensive. « C'est une mesure symbolique pour envoyer un message à la population : dire que la situation n'est pas normale, qu'il faut faire attention ». Son ami Jean-Benoît se dit pessimiste : « je vois ça comme une première interdiction avant quelque chose de plus dur ».

…et les patrons d'établissements

Dans l'immense salle du pub où la voix de Freddie Mercury résonne dans le vide, Mak, le manager de l'établissement, se morfond. « C'est la catastrophe et je suis en colère, souffle-t-il. Depuis le déconfinement, on a tout fait pour respecter les règles, plaide-t-il : on a enlevé énormément de tables pour les espacer de 1,50 m, on ne fait plus de commandes aux bars, les clients mettent leur masque pour aller aux toilettes… J'ai l'impression que l'on paye pour d'autres bars qui ont été beaucoup plus négligents. »

Boulevard Poissonnière, Paris (IIe), ce lundi, 22h10. Les derniers clients quittent la terrasse du pub irlandais le Corcoran's . LP/J.D.
Boulevard Poissonnière, Paris (IIe), ce lundi, 22h10. Les derniers clients quittent la terrasse du pub irlandais le Corcoran's . LP/J.D.  

La « belle époque » où l'établissement accueillait des centaines de noctambules par soir jusqu'à 2h30 voire 5 heures du matin, semble très loin. De 35 il y a un an, le nombre de salariés du pub est passé à 12. « 2020 est vraiment une année noire », reconnaît Mak.

« On a perdu 70 % de notre chiffre d'affaires depuis le début de l'épidémie », confirme Liam Porisse-Corcoran, patron et cofondateur avec ses frères du pub en 1997. Il confie avoir dû vendre un petit immeuble que la famille possédait à Montmartre (XVIIIe) pour continuer à payer le loyer et ne pas mettre la clé sous la porte. « Beaucoup de cafetiers n'ont pas notre chance, reconnaît-il. Mais on survivra : j'aime bien ce pub. Je n'ai pas envie qu'il devienne une pharmacie ou une agence bancaire. »

VIDÉO. Coronavirus : les nouvelles mesures en zone d'alerte renforcée