Covid-19 : la consommation d’alcool pourrait être interdite dans d’autres rues de Paris

Ayant constaté des abus, la préfecture de police a prohibé les rassemblements entre amis dans deux rues de la capitale, afin de lutter contre la propagation du virus. Et menace d’ores et déjà d’étendre le périmètre.

AbonnésCet article est réservé aux abonnés.
 Rue de Buci, Paris (VIe), ce week-end. A la faveur de la météo ensoleillée, des attroupements se sont créés devant les bars faisant de la vente à emporter.
Rue de Buci, Paris (VIe), ce week-end. A la faveur de la météo ensoleillée, des attroupements se sont créés devant les bars faisant de la vente à emporter. AFP/Bertrand Guay

La préfecture de police a sonné la fin de la récréation. Ce lundi soir, afin de lutter contre les attroupements devant les bars et restaurants qui font de la vente à emporter, un arrêté interdisant la consommation d'alcool dans deux rues de Paris a été décidé.

Celui-ci, valable quinze jours jusqu'au week-end du 7 mars, entre 11 heures et 18 heures, cible la place de la Contrescarpe (Ve) et la rue de Buci (VIe). Là où la police a dû intervenir ce week-end pour disperser la foule, de sortie pour profiter des premières chaleurs de l'année.

« Pourquoi ces deux seuls arrondissements ? » s'agace Ferdinand (le prénom a été changé), membre d'une association de riverains de la rue Oberkampf (XIe), où « certains bars qui n'ont pas de cuisine font semblant de vendre des planches de fromages pour en fait débiter des tonnes de bière et créer des attroupements. Le préfet a-t-il oublié le reste de Paris ? »

Clairement, non. Ce mardi, la préfecture de police a menacé en effet d'étendre le périmètre de son interdiction. « En fonction des comportements constatés par les forces de police dans les prochains jours, la liste des rues concernées pourra être étoffée », prévient-elle.

Il faut dire que la situation sanitaire inquiète dans la capitale, où le taux d'incidence, correspondant au nombre de cas pour 100 000 habitants sur la semaine écoulée, atteint désormais 291, contre 202 en moyenne en France.

«Ce week-end, c'était une marée humaine»

Sur la jolie petite place de la Contrescarpe, située au cœur du Quartier latin et visée par l'arrêté, le calme transpirait toutefois ce mardi matin. Les nombreux cafés étaient fermés, leurs terrasses repliées. Seul Gaston, un restaurant de burgers qui fait de la vente à emporter, s'agitait en cuisine.

Une voiture de police patrouillait… Nathalie et sa fille remontaient la rue Mouffetard. « Ce week-end, s'insurge la riveraine, c'était une marée humaine. Surréaliste en pleine pandémie. Il y avait bien 300 personnes sur la place, à touche-touche, majoritairement des jeunes, un verre en carton de bière à la main. Beaucoup fumaient. Certains grignotaient. Et quasiment personne ne portait de masque. »

Newsletter L'essentiel du 75
Un tour de l'actualité à Paris et en IDF
Toutes les newsletters

Ce sont d'ailleurs ces images et celles de la rue de Buci, relayées par les médias, qui ont déclenché l'arrêté du préfet. « Evidemment, c'est triste d'en arriver là, regrette Florence Berthout, la maire (LR) du Ve, que le préfet n'a pas prévenue avant l'annonce. Je comprends que les jeunes en souffrance aient besoin de se retrouver, d'échanger. Mais ces attroupements, même bon enfant, durent depuis des semaines et peuvent créer des clusters. » La maire a d'ailleurs été « sollicitée par des riverains qui n'en peuvent plus et qui ont peur de la contamination ».

L'élue aurait cependant préféré « des interventions de policiers pour disperser. Le problème, c'est qu'ils sont en sous-effectif. Quand je les ai appelés ce week-end, le commissariat du 56 (NDLR : qui gère les Ve et VIe arrondissements) m'a dit qu'ils ne pouvaient pas venir parce que, justement, ils se trouvaient rue de Buci ! »

«Une décision discriminatoire, injuste»

Là-bas, l'arrêté du préfet est perçu comme « une décision discriminatoire, injuste ». Eric Venezia, le patron du Molière, qui fait bar à vin et restaurant, s'indigne : « Il y a autant de monde sur les quais de Seine, le canal Saint-Martin, à Montmartre… » A vrai dire, aucun arrondissement ne semble avoir été épargné. Dans le XVII e, par exemple, le maire (LR), Geoffroy Boulard, dit avoir dû gérer un attroupement rue Cardinet.

« La vente à emporter, c'est ce qui nous sauve, répond Eric Venezia à ceux qui pourraient critiquer le comportement des gérants de bars et restaurants. C'est comme ça que j'arrive à payer les charges, tout juste. Heureusement, on a encore le droit de vendre, mais pas de laisser les clients consommer dans la rue. »

Florence Berthout compte donc sur le civisme des Parisiens : « Cet arrêté pourrait être un coup de semonce. On va voir si, dans quinze jours, à la reprise, les clients sont plus raisonnables… »

En attendant, Geoffroy Boulard craint que la décision de la préfecture, surtout si elle venait à être étendue, ne fasse qu'empirer la situation. « Le problème va se déplacer », pense-t-il. Jean-Pierre Lecoq, maire du VIe, abonde : « Ceux qui buvaient dans la rue vont continuer à le faire, toujours en groupe, mais dans leurs appartements parisiens exigus. N'est ce pas plus dangereux en termes de cluster ? »