Confinement à Paris : Léa, 17 ans, nouvelle rock star de la rue Alexandre-Dumas

Dans le prolongement des applaudissements en faveur du personnel soignant, la lycéenne pousse la chansonnette tous les soirs depuis sa fenêtre dans le XIe et redonne vie au quartier.

C'est devenu un rendez-vous incontournable de la rue Alexandre-Dumas dans le XIe. Tous les soirs depuis le début du confinement, Léa, 17 ans, se poste à la fenêtre du n° 21, guitare à la main et micro posé, et pousse la chansonnette pour le plus grand plaisir des voisins. Son père Sébastien l'accompagne parfois avec sa guitare.

« J'ai eu l'idée pour prolonger les applaudissements de 20 heures en faveur des soignants qui se battent pour nous et sauvent des vies, raconte la lycéenne en terminale scientifique. Je voulais mettre un peu d'ambiance et de bonne humeur, que l'art et la créativité continuent de s'exprimer malgré le confinement. Les premiers jours, c'était très improvisé. Puis ça s'est révélé être une vraie organisation. »

La famille a ainsi installé un ampli « assez puissant pour qu'un maximum de monde de la rue entende », précise le papa. Celui-ci a également créé un groupe Facebook - d'abord privé et désormais public - « La rue Alexandre Dumas » qui diffuse en live ces mini-concerts. Il a rapidement recensé près de 200 membres. « Il y a les gens de la rue, et aussi des amis de New York, Rome, Londres, dans le Jura qui se connectent et suivent, précise le responsable expérience client pour Aéroport de Paris, au chômage technique. C'est devenu un point de rendez-vous, que tout le monde attend désormais à sa fenêtre. C'est sympa, on ne se voit pas pour certains, on ne se connaît pas, mais on communie. Ça fait vivre la rue. »

Questions pour un balcon : Le «Questions pour un champion» du confinement

De Brassens à Bowie, en passant par les Beatles ou Lomepal, Léa reprend deux chansons différentes par soir, non sans un certain talent. Mercredi, elle a mis le feu au quartier avec Paris s'éveille de Jacques Dutronc et Clandestino de Manu Chao.

Des chansons et des devoirs

« J'essaie d'alterner une chanson française et une dans une langue étrangère. Sur les choix des chansons, ça vient comme ça ou ce sont des demandes de voisins. J'ai pas mal de devoirs et quand c'est le rush, je choisis celles dont je maîtrise les paroles et les partitions. Quand j'ai le temps et que je ne les connais pas bien, je les travaille. J'hésite encore à faire du vrai rap, avec des gros mots, car il n'y a pas tant de jeunes de mon âge dans la rue », sourit la lycéenne. « Les voisins demandent aussi des chansons pour les anniversaires, embraye le papa. La petite Lilou, qu'elle ne connaissait pas, lui a envoyé un dessin pour la remercier. »

La rock star en herbe, qui a fait du théâtre plus jeune, ne paraît pas intimidée de se retrouver sur le devant de la scène. « La musique, c'est de famille, souligne son père. Léa joue et chante depuis toute petite, et tout le temps, même au petit-déjeuner. » De là en faire son métier ? Il y a encore un pas. « C'est un passe-temps. Passe ton bac d'abord ! », rigole Sébastien.

«Léa chante tout le temps»

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L'intéressée, qui a passé le concours de Sciences-po, se verrait plus s'orienter vers le droit ou le journalisme. « Je n'ai jamais été tentée par The Voice ou La Nouvelle Star, assure-t-elle. Devenir chanteuse est un rêve, mais je garde les pieds sur terre. C'est mon côté pragmatique et réaliste. »

En attendant, elle apporte de la joie de vivre à la rue Alexandre-Dumas. « Après le déconfinement, annonce le papa, on a l'idée avec les voisins de bloquer la rue pour organiser un grand concert. » Rendez-vous est pris.

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