Ces parents de jumeaux lancent des cirés haute visibilité pour mieux protéger les enfants

Un couple de parents parisien, effrayé par la vulnérabilité des enfants piétons, a créé Oscar et Sacha, une marque de vêtements haute visibilité adaptés aux petits.

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 Paris XIIe. Pour ce papa de jumeaux, les enfants sont les plus vulnérables face aux dangers de la route, et les moins équipés pour être visibles. Les cirés de sa première collection le sont à 200 mètres le jour et 100 mètres la nuit.
Paris XIIe. Pour ce papa de jumeaux, les enfants sont les plus vulnérables face aux dangers de la route, et les moins équipés pour être visibles. Les cirés de sa première collection le sont à 200 mètres le jour et 100 mètres la nuit. LP/Élodie Soulié

C'est une frayeur qui ne vous lâche pas et que partagent tous les parents, surtout en ville. L'enfant qui déboule sur la chaussée, inconscient du danger, alors qu'arrive un bus, un automobiliste ou un deux-roues sur sa lancée. Souvent le drame est évité par un coup de frein in extremis, parfois c'est l'accident : selon le Conseil national de la sécurité routière, près la moitié des enfants blessés ou tués sont des piétons, et les enfants de moins de 15 ans sont la 2 e catégorie de piétons la plus touchée par les accidents.

Cette frayeur, Yann et Yoannah Zidi, jeunes parents parisiens, la vivent au quotidien depuis que leurs jumeaux de 5 ans se servent de leurs petites jambes. Et plus encore depuis qu'ils vont à l'école. « On oublie combien le chemin de l'école est dangereux, quand on mesure à peine 1 m ou 1, 10 m, souligne Yann. Les enfants sont des usagers de la route très vulnérables, avec leur petite taille et leur immaturité, ils ne perçoivent pas le danger de la même façon qu'un adulte. Chaque jour dans le monde, 500 enfants meurent sur le trajet de l'école! »

«Pourquoi les technologies de vêtements développées pour la sécurité d'adultes ne sont-elles pas utilisées pour les enfants ?»

Ils ne bénéficient pas non plus de la panoplie de sécurité minimale adoptée par les cyclistes, de nombreux joggeurs, les personnels routiers, les livreurs, motards etc. « Pourquoi les technologies de vêtements développées pour favoriser la sécurité d'adultes, comme les tenues haute visibilité, ne sont-elles pas utilisées pour les enfants ? », déplore ce papa, que plusieurs expériences effrayantes ont conduit à imaginer des solutions.

« Un soir d'automne, dans Paris, nous avons assisté à un accident qui aurait pu être dramatique, raconte Yann. Un homme a stoppé de justesse la course d'un enfant qui avait échappé au contrôle de sa mère et courait vers la chaussée. Un bus roulait dans sa direction, dont le chauffeur, comme la majorité des passants, n'avait pas remarqué le comportement impulsif et imprévisible de cet enfant. Il était en effet peu visible, plutôt une ombre qui défilait… Cette scène a profondément marqué nos esprits de jeunes parents », explique-t-il gravement.

Un ciré visible à 200 mètres

Une autre scène, beaucoup moins anxiogène, a provoqué le déclic qui transforme aujourd'hui ce professionnel du digital en entrepreneur, et en Géo Trouvetou du prêt-à-porter junior : la vue d'un petit garçon si impatient de partir au ski qu'il avait déjà mis sa combinaison. « Elle était jaune fluo et avait attiré notre attention à plusieurs dizaines de mètres, et celle d'autres automobilistes qui ont eu le réflexe de ralentir, comme nous qui passions devant cette gare », se souvient Yann.

Visibles à 200 mètres de jour, 100 mètres de nuit, les cirés ont été testés et adoptés par les enfants de Yann et Yoannah. DR
Visibles à 200 mètres de jour, 100 mètres de nuit, les cirés ont été testés et adoptés par les enfants de Yann et Yoannah. DR  

Ce soir-là fut un peu l'acte de naissance d' Oscar & Sacha, les prénoms de leurs enfants et le nom qu'a donné le couple à la marque de vêtements haute visibilité qu'il vient de lancer. « Pour qu'ils deviennent partie intégrante de la garde-robe de tous les enfants, et non plus un accessoire comme le gilet jaune qu'ils planquent au fond du cartable, il fallait des vêtements à la fois faciles à porter, confortables et amusants, tout en accordant une place essentielle à la sécurité », explique Yann.

Parti de ses esquisses de cirés, il fait appel à une entreprise spécialisée dans les technologies textiles haute visibilité. Le résultat est un ciré visible à 200 m de jour, 100 m la nuit. « C'est moins que le gilet jaune, qui est visible à 300 m le jour et 150 la nuit, admet Yann, sauf que peu de gens le mettent, alors que ces cirés sont vite adoptés par les enfants. C'est un peu le vêtement protecteur qui traverse les époques et les saisons ». Les jumeaux l'ont testé, et adopté. « Quand on a deux garçons pleins d'énergie, il faut les suivre et on n'a pas des yeux partout, raconte Yann. Dans la rue ou au parc, c'est le meilleur moyen de les repérer ».

Après les cirés, les cartables ?

La première collection Oscar & Sacha, un ciré créé en 5 coloris, toutes tailles de 4 à 16 ans et vendu 75 euros, a été en partie financée fin 2020 grâce à une campagne de financement participatif. « L'engouement a été vraiment fort, nous avons vendu 100 cirés, en moyenne un par jour, et atteint 115 % de l'objectif ! » raconte Yann. Pour la confection, il a dû néanmoins renoncer à son rêve de « made in France » après un an de recherches. Trop coûteux, trop compliqué. La fabrication a donc été confiée à une société belge de vêtements de protection, d'uniformes militaires et de combinaisons antibactériologiques, séduite par cette diversification inédite.

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Encore fragiles dans leur succès, Yann et Yoannah n'ont toutefois pas l'intention de s'arrêter là, et planchent déjà sur une collection… de cartables haute visibilité. « Tout dépendra de l'accueil fait à nos cirés, mais c'est une piste qui pourrait par exemple amener des partenariats avec des villes, des écoles etc. », imaginent-ils.