Bientôt des purificateurs au secours de la qualité de l’air dans toutes les écoles parisiennes ?

La mairie du IXe arrondissement à Paris en a déployé dans toutes les classes de ses établissements. Mais la mesure peine à convaincre la Ville de Paris, qui insiste au contraire sur les éventuels effets nocifs de ces dispositifs.

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 Pas moins de 300 de ces purificateurs d’air ont été installés dans les 150 classes du IXe arrondissement de Paris.
Pas moins de 300 de ces purificateurs d’air ont été installés dans les 150 classes du IXe arrondissement de Paris. DR

L'heure est au bilan. Il y a un an, la mairie du IXe arrondissement investissait près de 30 000 euros pour installer des purificateurs d'air dans toutes les salles de classe de ses écoles publiques. A la prochaine rentrée, en mars, des tests vont être menés dans deux établissements afin de mesurer l'efficacité de l'initiative.

« Il s'agit là d'un enjeu de santé publique fondamental. L'air est huit fois plus pollué en intérieur qu'à l'extérieur. Je ne doute pas que ce dispositif, pour lequel nous sommes pionniers, fasse… école » sourit Delphine Bürkli. La maire (DVD) veut surtout amplifier la démarche.

Un appel d'offres va être lancé pour que des purificateurs soient installés dans les crèches municipales de l'arrondissement. D'autres sont en cours de déploiement dans les réfectoires des cantines scolaires. « Je souhaite qu'il en soit de même dans les établissements recevant du public, comme les salles de sport ou les équipements culturels, ajoute Delphine Bürkli, qui enjoint l'Etat à l'aider financièrement. J'ai rencontré la semaine dernière la ministre de la Culture, Roselyne Bachelot. Elle semble également convaincue par la mesure. »

Car l'objectif est aussi d'aider à la reprise d'une vie normale malgré le coronavirus. Et les purificateurs ont un rôle à jouer, pense l'élue. Pourtant, une note de la direction de l'action sociale, de l'enfance et de la santé de la Ville de Paris, publiée le 21 décembre dernier, sème le doute. Elle explique que les purificateurs pourraient au contraire accentuer les risques de contamination.

« Les éléments scientifiques ne démontrent aucune efficacité des purificateurs en condition réelle pour les particules, les composés chimiques et les micro-organismes (dont les virus). Dans un communiqué de presse de novembre 2020, l'INRS (NDLR : Institut national de recherche et de sécurité) précise que dans le contexte de crise sanitaire liée au Covid-19, ces appareils génèrent un brassage d'air susceptible de disperser les gouttelettes potentiellement vectrices de virus », maintient aujourd'hui la Ville de Paris.

Une efficacité qui prête à débat

« S'il s'agit de purificateurs qui ne réalisent qu'un brassage de l'air, qui aspirent les aérosols pour seulement les expirer sans les retenir, la qualité de l'air peut effectivement s'en trouver dégradée. Mais ceux installés dans les écoles du IXe disposent des filtres nécessaires afin d'au contraire renvoyer de l'air sain », rassure Thierry Rocci, président fondateur de NatéoSanté, entreprise choisie par Delphine Bürkli et ses équipes pour fournir les purificateurs. « Ils peuvent éventuellement diminuer la concentration de virus dans l'air », admettait timidement la note de décembre de la Ville de Paris.

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L'argumentaire de Thierry Rocci et de la mairie du IXe semble tout de même convaincre les représentants de parents d'élèves de l'arrondissement, présents à une visioconférence organisée mardi midi, jugeant la mesure « très intéressante ». Olivier Blond, président de Respire, association nationale pour l'amélioration de la qualité de l'air, également présent à cette réunion, a même salué une « initiative exemplaire ».

Quid de la promesse d'Anne Hidalgo (PS) qui, lors des dernières élections municipales, annonçait la mise en place d'un plan d'action sur mesure dans chaque école pour lutter contre toutes les formes de pollution ? « Un projet d'accompagnement des équipes avec des capteurs de CO2 dans les établissements scolaires » sera prochainement dévoilé, annonce la Ville.

Mais au moins tous se rejoignent sur un élément. Le meilleur moyen, sur le long terme, de lutter contre la pollution dans les écoles, reste de « prendre le problème à la source », appuie Delphine Bürkli. Et notamment, souligne la Ville de Paris, en passant « par la réduction du trafic routier au profit des mobilités actives et des transports en commun, ainsi que par la mise en œuvre d'une des premières zones à faible émission de France ».