Avec les policiers qui traquent les restaurants clandestins dans Paris

Nous avons pu suivre ce mercredi deux agents du commissariat du XVe arrondissement à la recherche de restaurants clandestins. Ils ont fait fermer une brasserie.

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 Le restaurateur annonce à es clients que les policiers viennent de fermer son établissement. Des personnes prenaient un café sur la terrasse et un client était attablé à l’intérieur.
Le restaurateur annonce à es clients que les policiers viennent de fermer son établissement. Des personnes prenaient un café sur la terrasse et un client était attablé à l’intérieur. LP/Florian Loisy

En jean et manteau noir, une chemise porte-documents sous le bras, ils ressemblent à n'importe quel employé sortant du bureau pour déjeuner. A la différence près qu'ils ne scrutent pas les propositions de menus à emporter. Leur regard se porte un peu plus loin, scrutant les devantures et baies vitrées des bars et restaurants et tentant de voir à l'intérieur des commerces de bouche pour dénicher ceux qui ouvrent clandestinement. Ils rencontrent régulièrement des gérants qui jouent, parfois sans le savoir, avec la loi. L'un d'eux en a fait l'amère expérience ce mercredi midi.

Deux des huit agents de l'unité de police administrative du commissariat du XVe arrondissement ont parcouru plusieurs quartiers ce mercredi midi, comme chaque jour depuis mi-janvier, pour traquer les éventuelles infractions dans les bars et restaurants. « Il y a plus d'un millier d'établissements accueillant du public dans notre arrondissement, très peu enfreignent les règles », assure l'un de ces deux policiers.

«On cible nos contrôles»

Une douzaine de commerces ont néanmoins fait l'objet d'une fermeture en deux mois sur le XVe arrondissement. « Pour plusieurs centaines de contrôles en tout, précise Damien Valot, le commissaire. Car l'unité administrative n'est pas la seule à traquer les bars et restaurants ouverts, cette mission est aussi assurée par toutes les patrouilles en plus de leur travail quotidien. » Et ce malgré l'activité judiciaire soutenue depuis l'agression de Yuriy dans le quartier de Beaugrenelle, à Paris (XVe).

Les membres de l’unité de police administrative passent leur pause méridienne à traquer les bars et restaurants ouverts clandestinement. /LP/Florian Loisy
Les membres de l’unité de police administrative passent leur pause méridienne à traquer les bars et restaurants ouverts clandestinement. /LP/Florian Loisy  

Arrivés dans le quartier de Montparnasse, boulevard de Vaugirard, Ils descendent de voiture et parcourent la rue à pied. « On connaît déjà bien les commerçants et les habitudes, détaillent les policiers. Donc on cible nos contrôles, on en a déjà repéré certains où des indices nous laissent penser qu'ils peuvent ouvrir parfois, mais on n'était pas venu au bon moment. »

Des dénonciations aiguillent les policiers

Parfois, les policiers sont aussi aiguillés dans leurs recherches par des dénonciations de concurrents ou de riverains. « Les gens peuvent s'émouvoir de constater le non-respect des lois, nous traitons ces informations et nous procédons à des vérifications dès que nous le pouvons, martèle le commissaire Damien Valot. Peu importe la motivation de cette dénonciation. Il s'agit d'un acte de citoyenneté. Pourquoi s'en féliciterait-on dans le cadre de violences conjugales et pourquoi ce serait honteux dans le cas des restaurants ? Certes l'infraction est moins grave, mais cela peut amener à la propagation du virus. »

Lors du premier contrôle qui dure moins de 5 minutes, les deux fonctionnaires notent que des clients attendent dans la terrasse couverte du restaurant asiatique. « On ne leur a rien donné à manger ou boire pour patienter, ils ont le masque sur la bouche et il y a une certaine distanciation », approuve l'agent. Il pousse quand même la visite dans l'arrière-salle. Les chaises sont sur les tables, rien n'est nettoyé. « On est uniquement dans la vente à emporter, aucun souci », estime-t-il avant de quitter les lieux trente secondes plus tard.

Un client est attablé alors que d’autres boivent debout, sur place, sans attendre une éventuelle commande à emporter. « Ce monsieur a fait un malaise », rétorque le gérant. /LP/Florian Loisy
Un client est attablé alors que d’autres boivent debout, sur place, sans attendre une éventuelle commande à emporter. « Ce monsieur a fait un malaise », rétorque le gérant. /LP/Florian Loisy  

Trois autres échoppes sont détaillées de l'extérieur, mais les policiers ne s'attardent pas. Car la mise en place d'un comptoir à l'extérieur empêche les clients d'entrer. « On sait aussi qu'ils n'ont pas l'espace nécessaire à l'intérieur pour se cacher, » glisse l'un des deux enquêteurs.

Car la plupart des restaurants et bars clandestins qui « sont pleins tous les midis » comme nous avions pu le constater, profitent d'une mezzanine ou d'un sous-sol à l'abri des regards. Et les habitués passent souvent par l'entrée de service.

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La patrouille pédestre se poursuit. Discrètement le duo s'approche d'un attroupement sur la terrasse d'une brasserie un peu plus bas dans la rue. Une demi-douzaine de clients prennent leur café en discutant devant l'entrée. A l'intérieur, un autre est au comptoir et une personne âgée est, elle, carrément attablée.

«Il y a de mauvaises habitudes qui ont été prises ici…»

Le gérant fait face aux policiers. « Ils consomment sur place ? » interroge le fonctionnaire. « Ce monsieur assis a eu un malaise, il est diabétique et dehors, ils attendent leur commande », répond le restaurateur. Mais aucune commande n'a été enregistrée. Et les clients partent lorsqu'ils comprennent qu'il s'agit d'un contrôle, preuve qu'ils n'attendaient pas leur repas.

Quelques instants plus tard, alors que le gérant est sommé de fournir plusieurs documents administratifs, un autre client entre directement à l'intérieur de la brasserie, alors que le comptoir de la vente à emporter est situé sur la terrasse. « Il y a de mauvaises habitudes qui ont été prises ici, assène l'agent. Il est 12 h 13, votre établissement est fermé à partir de maintenant. Vous devez cesser toute activité commerciale Et dès que votre client ira mieux, il devra partir. »

Le gérant fait des signes à un autre client qui arrive qu'il a fini son service. Puis se tourne vers les policiers. « Je ne vends plus rien, alors ? Là, c'est la mort pour moi, lâche-t-il. Vous faites votre travail. Mais ces gens étaient dehors, en plein air. » Les deux agents font de la pédagogie : « Vous ne pouvez pas laisser faire, vous êtes responsables de votre clientèle et vous ne pouvez pas les servir sur place, ils doivent s'en aller. Nous engageons une procédure pour exercice d'une activité interdite. Vous allez être convoqué au commissariat cet après-midi. »

Dans ce restaurant asiatique en revanche, rien n’a attiré l’œil des policiers qui ont pourtant visité l’arrière-salle./LP/Florian Loisy
Dans ce restaurant asiatique en revanche, rien n’a attiré l’œil des policiers qui ont pourtant visité l’arrière-salle./LP/Florian Loisy  

Les deux agents retournent dans leurs bureaux pour rédiger leur rapport. En chemin un autre restaurateur est aperçu en train de boire un verre de vin avec deux clients, debout, sur sa terrasse. Un peu plus loin, devant le McDonald's, tous les jeunes mangent leurs burgers agglutinés les uns aux autres. « La loi est la même pour tous, grandes enseignes ou petit bar de quartier, là personne ne porte de masque, il n'y a pas de distanciation et les gens consomment sur place, nous allons y retourner, promettent les deux fonctionnaires. Le problème c'est que la plupart ne se cachent même pas, car ils n'ont pas conscience de ce qu'ils font, pour eux tout est normal. »

Pourtant, la prévention a été poussée au maximum au début du couvre-feu puis du confinement, selon le commissaire. « On a expliqué les règles à plusieurs gérants, dans la rue du Commerce ou dans la rue de Cambronne, plusieurs d'entre eux servaient jusqu'à 18h40 au lieu de s'arrêter à 18 heures. On n'a pas verbalisé, on comprend leurs difficultés. Mais la loi est la même pour tous. On le doit à ceux qui respectent les règles. Et ces contrôles ont un intérêt, ils permettent d'éviter de nombreux passages à l'acte. Certains cessent de jouer avec la loi par peur d'être verbalisés. »