Au musée du Louvre , le plafond de la discorde

Le plafond de la salle des Bronzes, peint par l’Américain Cy Twombly, se mariait avec des murs et un sol blancs. Le Louvre les a remplacés par un parquet et des murs « rouge sang ». Shocking !

 Plafond peint par l’Américain Cy Twombly dans la salle des Bronzes du Louvre, avant que celle-ci ne soit rénovée.
Plafond peint par l’Américain Cy Twombly dans la salle des Bronzes du Louvre, avant que celle-ci ne soit rénovée. Musée du Louvre/Angèle Dequier

Le Louvre a-t-il commis un crime de lèse majesté ? Un « sacrilège » sur une œuvre d'art ? A-t-il bafoué un artiste ? Violé le droit moral ? S'est-il assis sur un contrat ? Ou est-il libre et souverain ?

Depuis quelques jours, les questions se posent. Au centre de ces turbulences, une œuvre d'art monumentale de 400 mètres carrés, signée Cy Twombly, le célèbre peintre américain expressionniste abstrait (1928-2011).

En 2010, le Louvre lui avait demandé de réaliser une fresque de 34 mètres de long et 11 de large, couvrant le plafond de la salle des Bronzes - le cœur historique du musée, ce qui fut les anciens appartements royaux. Cette œuvre un tantinet rock and roll dans ce musée ancien et académique sera d'ailleurs sa dernière œuvre avant sa mort.

La fresque, sur un fond « bleu Méditerranée » ponctué de disques, planètes et références grecques - boucliers, lettres -, se marie alors avec du marbre blanc au sol et des murs crème.

Seulement voilà, dix ans ont passé. Et le Louvre se devait de rénover la salle, fermée au public comme le reste du musée pour cause de Covid.

Si le plafond n'a pas été touché - « on en est très fiers », assure-t-on du côté du Louvre -, il côtoie désormais des parquets neufs à la place du marbre blanc et des murs rouge sang - « un marron patiné de rouge » - plutôt que blancs.

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Plusieurs avocats de la fondation Cy Twombly ont crié au scandale. Selon eux, la rénovation constituerait « un changement complet de la qualité de la lumière du jour, qui est absorbée par le rouge au lieu d'être reflétée par le blanc et d'éclairer ainsi les couleurs choisies pour le plafond. Le résultat est que celui-ci a perdu l'atmosphère délicate et aérienne propre au projet de l'artiste et est désormais alourdi par ce dispositif chromatique nouveau et artificiel. »

« Il n'y a pas violation du contrat »

Le Louvre, qui marche sur des œufs et craint pour son image, confirme la polémique des avocats américains mais tente de désamorcer. « Nous n'avons pas touché au plafond. Il n'y a pas atteinte à l'intégrité de l'œuvre. Il n'y a pas violation du contrat. » Quant aux travaux menés, « dans le contrat, il est mentionné que le Louvre est souverain dans l'aménagement ».

D'ailleurs, le musée brandit le cas de la Joconde. Dans la pièce qui expose la Mona Lisa, « on est passé d'un beige jaune sur les murs à un bleu profond et personne ne s'en est ému ». Mais il admet : « On aurait dû prévenir la famille, même si selon le contrat, on n'a pas à le faire. »

Reste le droit moral, plus délicat… « Il ne semble pas que ça tienne la route », mais si procédure judiciaire il y a, prévient le musée, « le Louvre pourrait être amené à payer ».

« Ce serait la première fois que l'on reconnaîtrait une violation du droit moral sans atteinte à l'intégrité et sans atteinte à la destination, s'étonne Jean Aittouares, l'un des ténors du barreau dans le domaine de l'art. Ca voudrait dire aussi qu'un propriétaire privé qui commande à un artiste une fresque chez lui ne peut plus changer la décoration de son appartement. »

Selon lui, les avocats américains pourraient exploiter une mini brèche auprès du Louvre. « Leur procédure ressemble à une procédure levier. Cela consiste à invoquer un droit pour obtenir autre chose. » De l'argent ?