Ali, le plus célèbre vendeur à la criée de Paris, se reconvertit dans le foodtruck

Cette figure du quartier Saint-Germain, connue pour clamer des titres humoristiques sur l’actualité auprès des passants, vient de signer un contrat pour installer un stand de nourriture à emporter aux abords du Luxembourg.

 Ali, dernier vendeur de journaux à la criée et « figure » du quartier Saint-Germain-des-Près, va bientôt abandonner son gagne-pain et se reconvertir dans la vente de plats et boissons à emporter. Un emplacement lui a été attribué devant le jardin du Luxembourg.
Ali, dernier vendeur de journaux à la criée et « figure » du quartier Saint-Germain-des-Près, va bientôt abandonner son gagne-pain et se reconvertir dans la vente de plats et boissons à emporter. Un emplacement lui a été attribué devant le jardin du Luxembourg. LP/M.-A. G.

Ca y est! Ca y est! Ali a signé! Le célèbre vendeur de journaux à la criée qui arpente le quartier Saint-Germain depuis 47 ans va bientôt pouvoir poser définitivement sa pile de quotidiens sur le trottoir et installer une petite échoppe devant le jardin du Luxembourg (Ve/VIe).

Ce mardi, cette figure parisienne a signé un contrat grâce auquel il dispose désormais d'un emplacement pour vendre de la nourriture à emporter aux portes du jardin. Un projet qu'il a mis des mois à monter avec l'aide du maire (LR) du VIe, Jean-Pierre Lecoq, et les coups de main d'anciens clients.

Un trader lui a ainsi soufflé l'idée d' une cagnotte pour financer son projet de foodtruck et le trésorier de l'association des anciens de Sciences-po, François Chmelewsky l'a épaulé dans les démarches de cette campagne de crowdfunding. « C'est la cagnotte participative la plus chic qui existe! » s'amuse ce dernier.

Un ancien Premier ministre a mis la main à la poche

Car si le quidam et les touristes riaient sous les acclamations d'Ali lorsqu'il débarquait dans les cafés et restaurants pour écluser ses exemplaires du Monde, le vendeur de journaux a aussi côtoyé les « grands » de ce monde.

Les ministères, l'Assemblée nationale et le Sénat faisaient partie du terrain de vente d'Ali. Et, en apprenant son projet, plusieurs élus ont mis la main à la poche pour l'aider dans sa reconversion et faire monter le montant de la cagnotte. « Des députés, des ministres et même un ancien Premier ministre ! Des célébrités aussi qui habitent le quartier », confesse François Chmelewsky.

Le pactole affiche 14 889euros auxquels il faut ajouter les chèques remis par ses fidèles clients. « Nous avons fait imprimer des tracts qu'Ali distribuaient et plusieurs personnes qui ne sont pas très connectées sont venues lui remettre de l'argent directement. Au final, le montant s'élève à 22 000 euros », précise l'ancien de Sciences-po.

Une belle prouesse alors que l'initiative avait été lancée quelques semaines avant le premier confinement du mois de mars. Un confinement qui a mis Ali à l'arrêt, pour la première fois de sa vie. « Je travaille depuis 48 ans et je n'avais jamais connu de week-end. Cette année 2020, c'était un peu mon long week-end à moi ! » arrive-t-il encore à plaisanter.

Présent tout au long de l'année

La cagnotte va permettre à Ali d'acheter son stand de marchandises alimentaires : un triporteur électrique. « Il remplacera un des deux marchands de glace qui était installé à la sortie du Luxembourg et pourra travailler toute l'année, y compris l'hiver », se félicite Jean-Pierre Lecoq.

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Aujourd'hui, Ali débarque toujours de sa banlieue vers 12 h 30 pour prendre quelques exemplaires du Monde sous le bras et les vendre aux habitués qu'il croise encore « Si j'en vends 10 dans la journée, c'est déjà bien ! Beaucoup de mes clients sont partis à la campagne. Très vite, les rues se vident et à partir de 17 heures, j'ai l'impression de marcher dans un cimetière. Mais ça me fait ma petite sortie quotidienne », raconte le vendeur de 67 ans.

Casquette sur la tête, deux masques sur le visage, Ali cherche toujours à faire rire le passant avec ses titres d'actualité fantaisistes. « Ca y est ! Ca y est ! C'est officiel : Marine Le Pen n'est plus raciste ! » lâche-t-il ce jour-là aux passants qui lui sourient. « Il faut toujours garder la pêche. »

Sa bonne humeur, Ali en fera profiter ses nouveaux clients très vite devant le Luco. « L'activité se mettra en place progressivement dans le mois qui vient », annonce son ami François.