Le périphérique parisien (provisoirement) en panne d’essence

Les deux dernières stations-service encore en activité sur le périphérique ont fermé leurs portes. Mais pas définitivement. Elles rouvriront en 2021 avec une offre de carburants «plus écolos».

 Porte d'Aubervilliers (XIXe). Les deux dernières stations-services en activité sur le périphérique ont fermé durant l'été.
Porte d'Aubervilliers (XIXe). Les deux dernières stations-services en activité sur le périphérique ont fermé durant l'été. LP/Benoit Hasse

Plus possible de faire le plein ou même de prendre quelques litres en dépannage sans sortir du périphérique ! Depuis trois semaines, les 36 km de l'anneau parisien ne comptent plus une seule station-service.

Le périphérique parisien (provisoirement) en panne d’essence

Une réouverture début 2021

Les deux dernières en activité – les stations Total, situées de part et d'autre de la voie au niveau de la porte d'Aubervilliers (XIXe) – ont successivement fermé leurs pistes aux automobilistes dans le courant de l'été… avant d'être rasées.

Cette pénurie de carburant sur le périph' ne sera que provisoire. Total Marketing France va investir plus de 10 millions d'euros pour reconstruire totalement les deux stations qui rouvriront dans le courant du 1 er semestre 2021 avec une offre « multi-énergies ». Mais la disparition (même temporaire) des dernières stations de l'autoroute urbaine à la fois la plus mal-aimée et la plus fréquentée de France est cependant symbolique du recul de la place de la voiture dans la capitale.

Porte d'Aubervilliers (XIXe). Les deux dernières stations-services en activité sur le périphérique ont fermé durant l'été.LP/Benoit Hasse
Porte d'Aubervilliers (XIXe). Les deux dernières stations-services en activité sur le périphérique ont fermé durant l'été.LP/Benoit Hasse  

Seulement 36 % des ménages y possèdent une voiture (contre 81 % au niveau national) et le taux de motorisation, en baisse constante depuis quatre décennies, a diminué de près d'un tiers ces 25 dernières années. Le nombre de stations-service dans Paris a suivi la même courbe, mais avec une pente beaucoup plus vertigineuse.

98 stations-service dans Paris intra-muros

L'Apur (Atelier parisien d'urbanisme), qui a réalisé en 2019 une étude sur l'évolution du réseau des stations-service, en recense 98 dans Paris intra-muros. Il y en avait… 280 en 1995. Soit -61 % en un quart de siècle. C'est que la baisse de la demande en carburant n'est pas le seul facteur explicatif de ce « gros coup de pompe ».

De nombreuses stations, parmi les plus importantes, implantées sur le domaine public, ont ainsi été victimes des grands projets d'urbanisme et du non-renouvellement de leur concession. Les stations du périphérique, BP à la porte de Vincennes (fermée en 2018) ou Shell à la porte de Champerret (vide depuis 2009) ont fait les frais de cette politique.

Vers l'interdiction du Diesel

Autre raison au déclin des stations-service : la lutte contre la pollution et le plan climat de la capitale qui vont conduire à l'interdiction des véhicules diesel dans la Métropole du Grand Paris dès 2024 et à celle des véhicules à essence à l'horizon 2030. C'est précisément ces échéances qui ont conduit le groupe Total (le pétrolier qui compte encore le plus de points de distribution à Paris) à refaire totalement les sites de la porte d'Aubervilliers.

8 bornes de gaz naturel

La concession municipale arrivait à expiration pour ces deux emplacements. La Ville de Paris a conditionné son renouvellement (pour les 10 prochaines années) à l'obligation d'aménager dans chaque sens du périph' au moins 3 bornes de distribution de GNV (Gaz naturel pour véhicule).

Plus économique et moins polluant que les produits pétroliers, ce carburant peine pourtant à décoller faute de points d'approvisionnement. Il n'existe actuellement qu'une seule station GNV ouverte au grand public dans l'ensemble de la capitale (dans la zone de fret de la gare de Bercy). Pour une clientèle estimée de 7 000 véhicules – surtout des poids lourds – en circulation.

A la porte d'Aubervilliers, Total, qui a remporté l'appel d'offres, aménagera au total 8 bornes GNV, des points de recharge électrique, un toit photovoltaïque… et devra couper ses pompes Diesel dans quatre ans. Des mutations nécessaires pour rester en zone dense ? Selon le rapport de l'Apur, sur les 402 stations-service encore en activité à Paris et en petite couronne, un peu plus de la moitié (220) sont « mutables » aux énergies alternatives.