Vers l’interdiction de la pêche au vif à Paris

L’association Paris Animaux Zoopolis se félicite d’une «étape majeure dans la considération des poissons», les associations de pêcheurs la déplorent et rappellent leur « rôle de sentinelle » sur le milieu aquatique.

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 Le Conseil de Paris a voté, cette semaine, l’interdiction de la pêche avec des poissons vivants comme appâts dans les eaux de la Seine et dans les canaux. (Illustration)
Le Conseil de Paris a voté, cette semaine, l’interdiction de la pêche avec des poissons vivants comme appâts dans les eaux de la Seine et dans les canaux. (Illustration) LP/Benoit Hasse

«C'est une étape majeure dans la considération des poissons», s'enthousiasme Amandine Sanvisens, cofondatrice de l'association Paris Animaux Zoopolis (PAZ). Cette semaine, la Ville de Paris a décidé d'interdire la pêche au vif, pratique qui consiste à utiliser un animal vertébré encore vivant (généralement un petit poisson) comme appât pour attirer un poisson carnassier. Technique que la jeune femme juge « particulièrement barbare » : « Une torture pour le poisson qui sert d'appât », selon celle qui se félicite également de l'interdiction de l'utilisation d'hameçon à ardillon (cette pique arrondie qui empêche le poisson pêché de se décrocher facilement).

Pour que cette interdiction entre en vigueur, il faut toutefois que la préfecture prenne un arrêté en ce sens, ce qui n'est pour l'heure pas le cas.

L'interdiction va-t-elle s'étendre à la France ?

« On a tendance à l'oublier alors qu'il y a un consensus scientifique autour de la question : les poissons sont dotés de sensibilité », explique encore Amandine Sanvisens. Elle estime d'autant plus aberrante la pratique de la pêche au vif à Paris qu'il y est interdit de consommer ce que l'on pêche pour des raisons sanitaires. « Pourquoi dès lors blesser un animal pour en pêcher un autre qu'on ne pourra finalement pas déguster? On a le droit de vie et de mort sur eux alors qu'on n'a pas le droit de les manger », déplore Amandine Sanvisens.

D'une manière plus générale, la PAZ souhaite de toute façon l'interdiction de la pêche au vif dans toute la France. La stratégie de l'association est de passer par le local pour accéder au national. Elle se réjouit donc de l'interdiction de la pratique dans la métropole de Grenoble et espère que la décision de la mairie de Paris va pouvoir influencer d'autres villes : Amandine Sanvisens parle d'une « avancée historique qui [leur] donne de la visibilité ». D'autant que la capitale demande un arrêté préfectoral et s'est engagée à appeler le gouvernement : « Du concret » pour la PAZ.

Un manque de concertation de la Ville

Du côté des associations de pêcheurs, on fait grise mine. On déplore le manque de communication de la part de la mairie de Paris : « On regrette qu'il n'y ait pas eu de concertation avec les associations. Nous n'avons pas pu présenter notre point de vue », se désole Charlie, de l'association l'Union des pêcheurs de Paris (UPP).

Pour lui, interdire la pratique revient à « priver de loisir » certains Parisiens qui ne peuvent pêcher que de cette façon. « La pêche au vif peut se faire assise contrairement à d'autres techniques plus physiques qui demandent de lancer un hameçon et de le rapporter en moulinant », détaille Charlie R., qui souhaite que « la pêche soit accessible au plus de monde possible comme aux personnes âgées et handicapées à qui la pêche ne sera désormais plus accessible ».

Le rôle écologique des pêcheurs

Ce que l'UPP reproche également à la Ville de Paris, c'est de « passer autant de temps et d'énergie sur une pratique qui est marginale à Paris ». L'association de pêcheurs souhaiterait en revanche que l'exécutif parisien l'accompagne davantage sur des sujets qu'elle estime plus important, comme les espèces à protéger. « De vrais sujets d'écologie », pour Charlie R. qui rappelle que la pêche a également un rôle à jouer dans la recherche scientifique.

Pour Maria Eugenia Mignot, secrétaire générale de la Fédération de pêche interdépartementale de Paris et la petite couronne, l'interdiction de la pêche au vif est autant décevante. Elle aussi précise que la pêche n'est pas qu'un loisir : « On ne se contente pas de prendre une canne et d'aller pêcher. On observe l'eau, on voit les agressions qu'elle subit à cause de la pollution, des déchets. […] On lutte pour améliorer la biodiversité. » Pour elle, les associations de pêcheurs ont un « rôle de sentinelle » sur le milieu aquatique. Et de conclure : « Après, c'est quoi, l'interdiction totale de la pêche ? Et pourquoi pas l'interdiction de l'équitation ? »