A Paris, cure d’amincissement pour le budget participatif

Le Conseil de Paris a adopté ce mercredi la nouvelle mouture du budget participatif. Parmi les principales évolutions, il y aura moins de projets retenus chaque année et ils devront s’inscrire dans une thématique générale choisie par les Parisiens.

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 Le budget participatif change. Moins de projets mais plus de qualité d’après la Ville de Paris.
Le budget participatif change. Moins de projets mais plus de qualité d’après la Ville de Paris. Sophie Robichon

Bien que décriée par l'opposition, pas question d'abandonner cette mesure phare de la première mandature d'Anne Hidalgo (PS). Le Conseil de Paris a adopté ce mercredi une nouvelle version du budget participatif. Ce dispositif mis en place dès 2014 prévoit de consacrer 5 % du budget d'investissement annuel de la Ville pour financer des projets choisis par les Parisiens eux-mêmes.

Le budget participatif avait été particulièrement critiqué sous la précédente mandature du fait notamment du retard pris par un bon nombre de projets dont certains ne sont toujours pas sortis de terre et du choix même de certaines opérations qui relevaient davantage du budget général. D'où la nécessité de faire évoluer les règles.

Un budget de 110 millions d'euros

« Nous avons entendu les nouvelles attentes des Parisiens », a insisté Anouch Toranian, adjointe (Paris en commun) en charge de la participation citoyenne, lors de sa présentation des dernières évolutions du dispositif. Premier changement de taille, le nombre de projets est revu nettement à la baisse, à 57 à l'échelle des arrondissements et 2 à l'échelle de Paris, contre 200 sous la précédente mandature.

« L'objectif est de faire moins de quantitatif et plus de qualitatif », justifie l'adjointe d'Anne Hidalgo. Ces projets pourront atteindre jusqu'à deux millions d'euros contre 440 000 en moyenne précédemment pour un montant global annuel de 110 millions d'euros.

94, quai de Jemmapes (10e). Le radeau écologique qui vise à dépolluer les eaux et favoriser la biodiversité sur le canal Saint-Martin a été financé dans le cadre du budget participatif de la Ville. LP/J.D.
94, quai de Jemmapes (10e). Le radeau écologique qui vise à dépolluer les eaux et favoriser la biodiversité sur le canal Saint-Martin a été financé dans le cadre du budget participatif de la Ville. LP/J.D.  

Autre nouveauté, une thématique sera choisie chaque année. Ainsi, pour l'édition 2021, les habitants seront invités à « imaginer le Paris de demain ». Et les aménagements publics, comme les pistes cyclables, ne seront plus financés dans ce cadre.

Le processus de vote, enfin, va être revu. Pour voter, il faudra disposer d'une « carte citoyenne » ou s'en faire créer une. L'adjointe a d'ailleurs promis d'associer les Parisiens tout au long du processus, du vote du projet jusqu'à sa concrétisation. Enfin, les quartiers populaires seront incités à contribuer plus largement aux opérations.

La gauche, sans surprise, a applaudi ce marqueur emblématique d'Anne Hidalgo. « C'est une avancée démocratique majeure », s'est félicitée Nathalie Maquoi, présidente du groupe Génération.s. Le socialiste Mahor Chiche a plébiscité, quant à lui, « cet accélérateur majeur de la transformation de la ville, en particulier des quartiers populaires », tandis que Florian Sitbon (PS) a salué pour sa part « la victoire d'une grande idée ». L'opposante de gauche, Danielle Simonnet (Parti de Gauche), souhaite aller plus loin et regrette que « les budgets des directions de la Ville ne soient pas décidés de manière plus participative ».

De nombreux projets jamais concrétisés

L'opposition, elle, a pointé les failles de la nouvelle mouture. Véronique Baldini, conseillère de Paris (LR) du groupe Changer Paris, a énuméré les nombreux projets qui ne sont pas sortis de terre dans le 16e, arrondissement où elle est élue, de la salle de boxe votée en 2015 à la rénovation du théâtre de marionnettes du Ranelagh en passant par la signalisation des accès du bois de Boulogne. « Ces projets sont enkystés dans les méandres de l'administration », a raillé l'élue de droite.

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« La démocratie participative est en panne depuis 2001. Ce n'est pas un retour d'expérience, c'est un retour d'échec », a cinglé David Alphand (LR), en dénonçant « le syndrome de la léthargie ». Maud Gatel, du MoDem, craint que « la reprise en main par la mairie n'entraîne la mort annoncée du budget participatif ».

La nouvelle édition du budget participatif « revu et corrigé » débute ce jeudi.

473 projets réalisés depuis 2014

Fresques, rues ou toits végétalisés, parcours sportifs, ouverture de bagageries ou d’un salon de beauté solidaires, restauration de fontaines comme celle de Louvois, création d’une ressourcerie dans le 2e, aménagement d’un mur d’escalade dans le gymnase Glacière…

Selon la Ville, « 14000 projets ont été déposés depuis 2014, 1000 ont été validés et près de 50 % ont été réalisés, soit 473 projets. Quelque 200 réalisations sont encore à venir en 2021. » Mais 2020 a été une année blanche car la situation sanitaire a mis un coup d’arrêt au dispositif et « retardé la réalisation des projets en cours ».

De son côté, l’opposition n’a cessé de critiquer depuis le début de la mandature les retards et le grand nombre de projets « restés dans les tiroirs » et dénoncé « un gadget ».

Toutefois, en 2019, le vote du budget participatif avait réuni 231 000 personnes, soit plus de 10 % des Parisiens. Le montant consacré au budget participatif est de 5 % des investissements de la Ville. Anne Hidalgo a certes promis pendant la campagne que 25 % du budget d’investissement serait « décidé par les habitants ». Mais cet objectif devrait être atteint par l’intermédiaire d’autres dispositifs, comme les concertations locales ou les « conférences citoyennes », précise la Ville.