«13 ans séparent les plus aisés des plus modestes» : où vit-on le plus vieux en Ile-de-France ?

L’Observatoire régional de santé publie pour la première fois un atlas détaillé des données de santé dans les 1287 communes franciliennes, que nous dévoilons en exclusivité.

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 A l’échelle régionale, la moyenne est de 80,6 ans pour les hommes et 86,1 pour les femmes.
A l’échelle régionale, la moyenne est de 80,6 ans pour les hommes et 86,1 pour les femmes. LP/Delphine Goldsztejn

Une douzaine d'années d'espérance de vie en plus quand on habite le 16e arrondissement de Paris plutôt qu'à Jouarre (Seine-et-Marne)! C'est l'un des enseignements chocs de l'étude inédite commandée par l'agence régionale de santé (ARS) sur les 1287 communes franciliennes et que nous dévoilons en exclusivité. Cette étude, particulièrement détaillée, a été réalisée en partenariat avec l'Observatoire régional de santé (ORS), l'Institut Paris Région et le conseil régional.

Sans réelle surprise, le 16e arrondissement de Paris, particulièrement aisé, détient le record de longévité en Ile-de-France : 84,7 ans pour les hommes. C'est donc près de 12 ans de plus que les 72,8 ans d'espérance de vie masculine à Jouarre, à 70 kilomètres de là. Dans cette petite commune rurale (4437 habitants), l'écart est pire encore pour les femmes, qui vivent en moyenne 79,4 ans, alors qu'elles atteignent 92,2 ans en moyenne au Plessis-Trévise (Val-de-Marne), soit presque 13 ans de plus ! A l'échelle régionale, la moyenne est de 80,6 ans pour les hommes et 86,1 pour les femmes.

13 ans de longévité séparent les plus aisés des plus modestes

« Une étude de l'Insee montre que l'espérance de vie poursuit sa progression, mais de façon plus ou moins rapide selon la position sociale », décrypte l'ORS. « Ce sont toujours les ouvriers qui vivent le moins longtemps et les cadres et professions intellectuelles supérieures qui ont l'espérance de vie la plus longue : chez les hommes, 13 ans d'écart séparent les plus aisés des plus modestes. Ces inégalités sont d'autant plus injustes qu'elles se doublent d'un nombre d'années en bonne santé d'autant plus réduit que l'on descend dans l'échelle sociale », écrivent les auteurs de l'étude.

On le sait, « mieux vaut être riche et en bonne santé que pauvre et malade », mais un des intérêts de cette étude est de le chiffrer de manière aussi précise. En cela c'est une première. Mais comparer les communes entre elles ne suffit pas. C'est pourquoi l'étude de l'Observatoire régional de santé s'attache à synthétiser, pour chaque commune, les principaux indicateurs d'une multitude de bases de données, accessibles via une carte francilienne interactive en ligne sur le site de l'ORS et celui de l'Institut Paris Région.

Aux côtés de l'espérance de vie et de la mortalité précoce, on découvre la part de la population exposée à une pollution de l'air, de l'eau, des sols ou au bruit, les profils sociodémographiques des populations, les contextes de vie, les niveaux d'offre et d'accès aux soins, les principales causes de décès, la prévention et l'accessibilité aux services urbains comme aux activités physiques…

La consommation de tabac et d'alcool mais aussi la pratique sportive passées au crible

De quoi permettre une compréhension plus fine de chaque situation. A Jouarre, par exemple, la population n'est exposée à aucune nuisance et pollution environnementales. Mais elle est plutôt défavorisée et un peu plus âgée que la moyenne francilienne. « Il n'y a pas beaucoup d'habitants et la présence d'une institution de personnes âgées explique cette surreprésentation des seniors », analyse Catherine Mangeney, chargée d'études à l'ORS. Un élément qui explique, aussi, la part plus importante de malades d'Alzheimer et autres démences.

Dans les communes les plus privilégiées, on constate que la plupart des indicateurs sanitaires sont au vert : la consommation de tabac et d'alcool est inférieure à la moyenne, la part d'habitants détenteurs d'une licence sportive est plus importante qu'ailleurs… L'isolement, le nombre de médecins dans la commune et les politiques de prévention jouent aussi un rôle important. « Il est à noter que le niveau d'accès aux soins explique 20 % des inégalités de mortalité », souligne Catherine Mangeney.

Mais comment cette mine d'informations peut changer la donne ? « Si on veut développer des partenariats avec les collectivités locales, il faut que tout le monde dispose de données faciles à trouver et interprétées de façon scientifique », explique Luc Ginot, directeur de la Santé publique à l'ARS. Une façon de « donner aux communes les moyens de comprendre ce qu'il se passe chez elles et de se repérer en se situant par rapport à ses voisines de son EPCI (NDLR : établissement public de coopération intercommunale) et à la région », poursuit-il.

Un outil pour adapter localement les politiques de prévention

Pas question, pour autant, de se limiter à la carte et ses fiches synthétiques. « La discussion va jaillir à partir des données, insiste Luc Ginot. Ce n'est pas la carte qui va nous dire s'il y a moins de cancers du poumon parce qu'il y a moins d'ouvriers exposés ou parce qu'il y a eu une politique antitabac efficace. Il faut ensuite une vision de terrain, issue d'échanges entre les élus, les professionnels de santé, les associations locales… »

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En revanche, ces cartes donnent des indicateurs pour adapter la politique de prévention locale : « Par exemple, si l'obésité est très présente et que la pratique sportive est faible, la ville peut décider de mener une politique incitative, expose Catherine Mangeney. Connaître la part d'enfants scolarisés sur la commune est important puisque cela permet de savoir où développer ces actions de prévention. »

«On a souvent du mal à obtenir des chiffres»

Un « bon outil » attendu avec impatience par les élus locaux. « On a souvent du mal à obtenir des chiffres, alors pour une fois qu'une administration travaille à livre ouvert, on ne peut que s'en réjouir », s'enthousiasme Olivier Klein, le maire (DVG) de Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis). « On a un Atelier santé ville avec lequel on travaille bien sur la prévention des maladies dont la prévalence est supposée ou connue sur nos territoires, comme le dépistage du cancer du sein par exemple », explique l'élu. Avec un certain succès puisque la morbidité liée à cette pathologie est presque inférieure de moitié à celle de la région.

« Avoir des données statistiques solides, collectées en un seul outil, va nous permettre de voir sur quels sujets nous devons mettre l'accent, améliorer notre travail avec l'hôpital intercommunal et les professionnels de santé. » Et, peut-être, mieux mettre en évidence la problématique liée au diabète sur sa commune et le « nombre d'endocrinologues et de diabétologues pas du tout en lien avec nos besoins ». En tant que président de l'Anru (Agence nationale pour la rénovation urbaine), il y voit également d'autres applications. « Post-Covid, il faut aussi regarder la politique de la ville et le renouvellement urbain sous un prisme plus important, en réfléchissant à la densité urbaine par exemple. »

« Les déterminants de la santé sont en partie génétiques, biologiques ou liés au système de santé, mais ils relèvent également largement des contextes de vie, de travail et de la situation sociale des individus », conclut l'ORS. Les densités de population et taux d'urbanisation renseignent aussi… sur le risque de propagation en période d'épidémie.