100 citoyens vont plancher sur le Paris de 2030

Pendant quatre samedis consécutifs, une conférence citoyenne de 100 habitants de Paris et sa petite couronne vont phosphorer sur les grandes orientations urbanistiques des dix ans à venir. Une première.

 Une conférence citoyenne de 100 habitants de Paris et sa petite couronne vont plancher quatre samedis durant pour fixer les grandes orientations du futur plan local d’urbanisme (PLU) de la capitale, qui doit être voté fin 2023.
Une conférence citoyenne de 100 habitants de Paris et sa petite couronne vont plancher quatre samedis durant pour fixer les grandes orientations du futur plan local d’urbanisme (PLU) de la capitale, qui doit être voté fin 2023. LP/Fred Dugit.

Inscrire dans le marbre l'urgence environnementale et imaginer le visage de la capitale pour les dix ans à venir. C'est l'ambition du futur plan local d'urbanisme (PLU) de la Ville de Paris, que la maire (PS) Anne Hidalgo, réélue en juillet, a décidé de remodeler en profondeur avec l'ambition d'en faire le premier PLU « bioclimatique » de France.

Ce document un brin aride, dont la version actuelle remonte à 2006, est essentiel puisqu'il fixe à la fois les grandes orientations d'aménagement de la capitale et réglemente très concrètement les constructions, les équipements publics ou les activités économiques possibles à l'échelle de chaque quartier, voire de chaque rue : hauteur des constructions, espaces verts, place du logement social, implantation des commerces…

Si le processus formel de révision, très encadré par la loi, ne commencera que début 2021 pour un vote final du plan espéré… fin 2023, la mairie de Paris a voulu entamer cette longue gestation par l'organisation d'une « conférence citoyenne » qui débutera ce samedi au Pavillon de l'Arsenal (IVe) et se poursuivra sur les trois samedis suivants.

Celle-ci réunit 100 citoyens, 70 habitants de la capitale et 30 des trois départements de petite couronne, sélectionnés et encadrés par l'agence Etat d'Esprit, indépendante de la municipalité. Une méthode qui n'est pas sans rappeler celle de la Convention citoyenne pour le climat, lancée par le gouvernement et qui a formulé 150 propositions en juillet.

Une concertation «inédite»

« C'est une concertation inédite : on est la première ville à la mettre en place, souligne-t-on à la mairie. Elle n'est pas obligatoire mais elle va permettre aux Parisiens et aux Grands Parisiens de s'emparer du sujet et de définir les grands axes prioritaires qui devront être intégrés au futur plan d'urbanisme. » Paritaire, le panel se veut également représentatif, fidèle à la réalité des catégories socioprofessionnelles, des lieux d'habitation, des compositions familiales et des tranches d'âge.

Après une première session de sensibilisation et de formation ce samedi, les panélistes, encadrés par des experts, vont phosphorer au sein de six groupes thématiques qui recouvrent les différents aspects du PLU : vie quotidienne, espace public et mobilité, habitat et solidarité, cadre bâti et patrimoine, nature, biodiversité et paysage, travail, économie et attractivité métropolitaine.

« Leurs propositions finales seront présentées à l'ensemble des élus du Conseil de Paris courant novembre lors d'une séance exceptionnelle, explique-t-on à la Ville. Et on les retrouvera dans la délibération qui sera soumise au vote en décembre et qui ouvrira la procédure de révision du PLU. »

Les habitants aussi peuvent donner leur avis

L'exécutif parisien a déjà tracé le chemin qu'il veut suivre et la philosophie de ce PLU « bioclimatique » : « insuffler un haut niveau d'exigence environnementale dans la conception même de la ville, dans tous les projets, et à toutes les échelles de son renouvellement ».

De premières propositions ont même émergé comme ce principe de compensation selon lequel pour un mètre carré construit, on devra trouver un mètre carré de sol à désartificialiser. Bref, mettre un coup d'arrêt à la bétonisation de Paris. « On ne doute pas que la végétalisation dans Paris fera consensus » souligne-t-on au cabinet d'Emmanuel Grégoire, premier adjoint en charge de l'urbanisme.

Les cent de la « conférence citoyenne » ne sont pas les seuls à pouvoir donner leur avis. A partir de ce samedi et jusqu'au 17 octobre, en parallèle des rendez-vous des panélistes, les Parisiens et les usagers de la capitale peuvent déposer leur contribution en ligne sur le site idee.paris.fr.

Une consultation qui fait tousser la droite

Avant même le début des débats, les élus de droite du Conseil de Paris ont déjà marqué leur opposition à la « conférence citoyenne » initiée par la Ville s’interrogeant sur les critères de sélection des participants.

Pour le maire LR du 6e Jean-Pierre Lecoq, le fait qu’ils soient payés « entache sérieusement leur liberté de ton. Car c’est bien connu, on ne mord pas la main qui vous nourrit ». A la Ville, on explique que la procédure est classique : « C’est un dédommagement symbolique (NDLR : de 60 euros par journée de travail) car on demande aux personnes de prendre sur leur temps personnel. Et puis cela encourage l’assiduité. ».

La présidente du groupe Changer Paris Rachida Dati a, quant à elle, demandé qu’un représentant de chaque groupe politique assiste cette consultation. « On veut de la transparence et pas des arrangements faits en douce » tacle la maire (LR) du 7e. La Ville a refusé.

« Nous ne souhaitons pas influencer le panel de citoyens par la présence de représentants politiques au cours des séances de travail, d’autant plus si cela inclut une dimension de surveillance et de contrôle, justifie le premier adjoint Emmanuel Grégoire. Leur parole doit rester parfaitement libre. Nous n’avons aucune raison de douter de l’indépendance des panélistes et de la neutralité de l’agence en charge de l’animation. »